Chapitre 170
Les femmes semblaient adorer poser ce genre de questions absurdes auxquelles il n’existait aucune bonne réponse.
Elles cherchaient toujours à prouver qu’elles étaient spéciales, uniques au monde.
Mais, pour Jiang Mu, la réponse à une telle question allait de soi. Il n’avait qu’à dire la vérité.
« J’aide ceux qui sont gentils avec moi. » Jiang Mu avait une politique d’une honnêteté désarmante.
Il lui tendit les documents qu’il avait classés, puis ajouta :
« En ce moment, l’inspectrice Ling est celle qui me traite le mieux, alors je l’aiderais sans doute. Si tu pouvais te montrer un peu plus gentille avec moi, je pourrais envisager de t’aider, toi aussi. »
Qiu Yuexin prit les documents en haussant un sourcil. « Et comment faudrait-il que je m’y prenne ?
— Tu pourrais m’offrir un Trésor Magique ou une Technique de cultivation, par exemple. Ou, si tu sais où se cachent des Démons Fiends, tu pourrais me le dire pour que j’aille faire du… hem, je veux dire, pour que j’aille les exterminer.
Prends de mes nouvelles de temps en temps, et arrête de brandir ton pied pour m’intimider à longueur de journée. En gros, pense à moi chaque fois qu’il y a quelque chose à gagner. »
Jiang Mu déclara cela sans sourciller.
Le coin de la bouche de Qiu Yuexin tressaillit. Elle jeta un coup d’œil aux documents retranscrits, les rangea, puis répondit froidement :
« Même pas en rêve.
— Peut-être dans ta prochaine vie. Si tu arrives à te comporter un peu plus humainement, je serai gentille avec toi. »
Sur ces mots, la silhouette de la jeune femme s’évanouit dans un nuage de fumée rouge avant de disparaître de la pièce.
Jiang Mu contempla la chaise vide et secoua la tête en soupirant. Quelle tsundere, ce petit renard aux cheveux roses. Pas très attachante, franchement.
…
…
« Deux jours passèrent en un clin d’œil. »
La veille de son départ, Jiang Mu s’était enthousiasmé à l’idée d’organiser un immense banquet d’adieu animé.
Il avait même espéré que Bai Xiang lui ferait des adieux grandioses, les larmes aux yeux.
Mais, quand l’heure du départ arriva enfin, la mélancolie et le vide l’envahirent, lui ôtant toute envie de plaisanter ou de faire des bêtises.
Le lendemain matin, alors qu’il faisait encore nuit noire, Jiang Mu sortit du lit et se rendit devant la porte de Bai Xiang.
Il entrouvrit doucement la porte et se glissa à l’intérieur avec l’agilité d’un chat.
La pièce était sombre. Seule une faible lueur filtrait par la fenêtre, dessinant les contours flous des meubles.
Mais, grâce aux capacités accrues que lui conféraient ses Capacités Divines de Position Stellaire, Jiang Mu voyait parfaitement.
Bai Xiang était couchée sur le côté, recouverte d’une mince couverture. Sa respiration, régulière et profonde, montrait qu’elle dormait encore à poings fermés.
Ses cheveux noirs s’étalaient sur l’oreiller, accentuant la sérénité de son petit visage.
Jiang Mu s’approcha du lit sur la pointe des pieds, s’accroupit et l’observa dormir en silence.
D’ordinaire, elle affichait toujours une expression sévère.
Soit elle essayait de le tuer du regard, soit elle l’insultait en langue des signes. La voir si paisible et sans défense était rare.
Après l’avoir observée un long moment, Jiang Mu murmura :
« Ah, Xiang’Er, je pars pour un long voyage. Je te confie entièrement la maison.
— Prends-en bien soin pour moi. Veille sur elle et ne laisse pas entrer de cambrioleurs.
— Et si je ne reviens pas… pense juste à m’appeler “papa” quelques fois quand tu viendras sur ma tombe.
— Je t’entendrai de là-dessous. Ça me rassurera et je pourrai reposer en paix. »
Après avoir dit ce qu’il avait sur le cœur, il se pencha et déposa un doux baiser sur sa joue.
Sa peau était fraîche au toucher et dégageait un léger parfum sucré.
Le contact fut bref.
Satisfait, Jiang Mu se redressa, sortit sur la pointe des pieds et referma doucement la porte derrière lui.
Ce ne fut qu’une fois la porte complètement refermée et ses pas évanouis au loin…
… que Bai Xiang, qui était censée dormir à poings fermés, ouvrit les yeux, ses cils recourbés frémissant légèrement.
Elle porta une main à sa joue et effleura du bout des doigts l’endroit où persistait une chaleur diffuse. Elle avait le visage brûlant.
Ce salaud… il recommence dès le petit matin !
Et c’était quoi, cette histoire de l’appeler « papa » ?
Elle se mordit la lèvre inférieure, le regard fixé sur la porte close. Une émotion complexe passa dans ses yeux, puis s’évanouit dans un soupir.
Bah, tant pis. Ce n’était qu’un baiser sur la joue… Pas de quoi en faire toute une histoire.
…
Pour cette mission visant à contribuer à l’éradication des démons à Yan City, le Bureau de l’extermination des démons de Hu State City dépêcha l’élite de quatre salles.
Cinquante-trois personnes au total.
Parmi elles :
Jiang Mu, surnommé le « Dieu du massacre » ; quelques personnages secondaires ; et une foule de figurants trop insignifiants pour avoir un nom.
Le groupe prit la route en grande pompe, dans la faible lumière de l’aube.
À vrai dire, je m’étais imaginé que pour un voyage aussi lointain, destiné à exterminer des Démons Fiends, même si on n’avait pas les vaisseaux spirituels volants ou les navires de guerre flottants qu’on voit toujours dans les romans de fantasy, ça ne devait pas être si difficile de trouver un Ah Kun capable de parcourir mille li par jour, non ?
Et si on n’avait pas d’Ah Kun, on aurait au moins pu nous fournir de majestueuses bêtes spirituelles, non ?
Ce monde ne manquait pourtant pas de bêtes démoniaques.
Mais la réalité était cruelle. Ils n’avaient eu droit qu’à de grands chevaux robustes.
On se serait cru dans une adaptation télévisée où, faute de budget, les puissants cultivateurs qui devraient voler se retrouvaient à cheval.
J’ai quand même eu une idée audacieuse.
Ma petite démone, Qiu Yuexin, est bel et bien membre de la Race des démons. Si on s’entend mieux à l’avenir, peut-être que, quand je devrai partir loin… je pourrai lui demander de se transformer pour me servir de monture…
Ce ne serait pas trop lui demander, si ?
Rien que d’y penser, ça a quand même la classe.
En plus du détachement du Bureau de l’extermination des démons, Ling Ye quitta elle aussi la ville avec eux.
Elle partait à la chasse à Qiu Yuexin et comptait donc faire un bout de chemin en leur compagnie avant de se séparer.
Depuis que Jiang Mu avait été accusé d’être une taupe, Ling Ye était furieuse.
Elle avait non seulement fait un scandale au Bureau, passant Ran Qingshan à un savon mémorable, mais s’était aussi donné beaucoup de mal pour réconforter Jiang Mu.
Jiang Mu, bien sûr, en avait profité pour déverser toutes ses doléances.
Il lui avait décrit combien il avait été injustement traité, combien tout avait été difficile et comment il avait failli mourir en exterminant des Démons Fiends, pour se retrouver récompensé par de tels soupçons.
En l’écoutant, Ling Ye ressentit à la fois de la peine et de la colère.
Son mécontentement face à l’incompétence de Ran Qingshan grandit, et quant au véritable coupable, Wen He, elle le détestait de toute son âme.
Dès le lendemain, Ling Ye trouva sous prétexte qu’il avait « nui à la cohésion interne du Bureau de l’extermination des démons » et roua Wen He de coups devant de nombreux membres de la Troisième Salle.
Il fut si violemment battu que sa propre mère n’aurait pas pu le reconnaître.