Chapitre 947
Chapitre 947
Chapitre 951
Yuder apprit enfin la nouvelle de la réussite par la bouche de Steiber, tout juste revenu.
« Je pensais qu'il s'agissait d'un charabia incompréhensible, mais le Commandant a tout saisi dès qu'il l'a entendu. J'ai vu tout ce que vous avez fait en venant ici, ainsi que la manière dont le Commandant a géré la situation », rapporta Steiber.
Peu après avoir quitté les terres, Steiber était tombé sur les conséquences d'un courant massif provoqué par Yuder. Au départ, les vibrations colossales et les mouvements inhabituels venant des profondeurs lui firent croire qu'un monstre avait enfin réussi à les atteindre. Cela le poussa à plonger plus tôt que prévu, avant même d'avoir rejoint Dover et les membres de la première équipe. En arrivant sur place, il fut accueilli par un spectacle incroyable : une immense nuée de débris indéterminés, pris dans un courant semblable à un tourbillon venu des abysses, était poussée vers le rivage.
Oui, on ne pouvait décrire cela que comme une masse de débris.
Des fragments transparents, à peine discernables, de divers monstres étaient mélangés de façon chaotique à des plantes marines et des branches flottant dans l'océan. La vue de cette eau de mer qui, comme dotée d'une volonté propre, balayait et poussait ces débris, était à la fois merveilleuse et incroyable.
Le flux massif passa nonchalamment sous ses pieds. Stupéfait par cette vision inattendue, Steiber utilisa ses forces pour regagner la terre ferme, impatient de comprendre ce que tout cela signifiait.
Peu après, il fut témoin de la destruction totale de ces débris par une aura d'épée massive venue du rivage.
On dit qu'une véritable aura d'épée fend tout ce qu'elle touche. Celle utilisée par Kishiar fit exactement cela, tranchant même l'épais brouillard au-dessus de la mer.
Le spectacle était net et d'une impressionnante démesure.
Bien qu'il n'ait ressenti le frisson de cette mer fendue par l'aura d'épée que de loin, Steiber pensa qu'il n'oublierait jamais cette scène pour le restant de ses jours.
Même s'il n'avait jamais vu directement l'aura d'un maître d'épée, il reconnut immédiatement ce dont il s'agissait. Quiconque venait de la capitale connaissait les légendes du premier Empereur ayant laissé la Marque de l'Épée Impériale avec l'épée divine Orr, pour avoir grandi en les écoutant.
L'aura d'épée, réputée si immense qu'elle pouvait fendre le ciel et la terre, était d'un bleu éclatant.
Et l'argent resplendissant de l'épée divine Orr, qui l'émettait tout en protégeant son maître.
Steiber avait récemment accompagné Kishiar à la capitale, lorsque ce dernier était allé confirmer son droit de propriété sur la véritable épée divine à la demande du Pape. Bien qu'il soit né et ait toujours vécu dans la capitale, les profondeurs du Grand Temple Impérial, où il pénétrait pour la première fois, étaient aussi belles qu'inconfortablement troublantes.
La plupart des personnes présentes croyaient que Kishiar mentait et n'attendaient qu'une chose : exposer la supercherie, les yeux grands ouverts d'impatience. Cela faisait longtemps que l'autorité de l'Empereur déclinait et que les nobles commençaient à mépriser la famille impériale, mais leur attitude était peut-être trop présomptueuse. Rien qu'en restant en retrait, Steiber sentait ses poings trembler face aux remarques offensantes qui fusaient sans cesse.
C'était insupportable de rester là à regarder ceux qui n'avaient probablement jamais eu une conversation normale avec Kishiar La Orr insulter le Commandant avec autant de perfidie. Si, à la place de Steiber, il s'était agi de jeunes hommes au sang chaud, ils auraient probablement donné des coups de poing sans la moindre hésitation.
Steiber soupçonnait que c'était sans doute pour cette raison qu'il avait été choisi pour ce rôle.
Cependant, le Commandant était resté calme. À ce moment-là, il paraissait un peu plus fatigué que d'habitude, mais il répondit aux remarques absurdes de ses adversaires avec un sourire, élégamment et sans une once de lassitude. Pour un observateur occasionnel, il aurait pu sembler que Kishiar se contentait de rire des commentaires insultants, mais après la conversation, ce furent invariablement ceux qui avaient provoqué l'altercation qui se retrouvèrent penauds.
Et puis, apparaissant en dernier devant le Pape, il ne perdit pas son calme lorsqu'il tira l'épée divine Orr, la présentant devant tous.
En contraste frappant avec son fourreau orné de divers bijoux et symboles magiques, la lame qui en émergea semblait étonnamment banale. Cependant, ce n'était là que l'impression d'un novice comme Steiber, car le Pape et les autres devinrent silencieux et attentifs en un instant.
« ... Puis-je l'examiner de près ? »
La vue du Pape était défaillante. Il porta une loupe épaisse à son œil et inspecta soigneusement la lame de l'épée divine, puis posa lentement sa main sur le corps de l'arme.
Il cherchait à vérifier par lui-même que l'épée divine répondait au pouvoir divin. Tout le monde observait intensément, ne voulant pas manquer le moindre détail.
Le pouvoir divin s'écoula lentement des doigts ridés du Pape. Malgré son titre, la quantité n'était pas aussi immense qu'on aurait pu s'y attendre, surtout comparée à ceux comme Lusan qui utilisaient le pouvoir divin avec prodigalité. Cependant, objectivement parlant, c'était bien plus substantiel que la plupart des prêtres dépourvus de ce don.
Lorsque le Pape retira sa main, une nouvelle lumière apparut sur la lame d'argent. Chacun put ressentir le pouvoir divin unique et mystique qu'elle émettait.
La lumière se brisa, se transformant en une sorte d'écriture avant de finir par s'apaiser. Le Pape, joignant ses mains, déclara :
« C'est sans aucun doute la véritable épée divine Orr. Je suis honoré de rencontrer le nouveau maître de l'épée avant de le présenter à l'étreinte du divin. »
Son affirmation, calme mais sans équivoque, remua l'assemblée. Certains murmurèrent leur incrédulité, tandis que d'autres réclamèrent une méthode de confirmation plus approfondie, demandant comment la simple observation du pouvoir divin infusé dans l'épée pouvait suffire. Cela stupéfia Steiber que, même après avoir été témoins d'un miracle de l'épée divine qu'aucun autre ne pouvait reproduire, un tel scepticisme puisse exister.
Finalement, ce fut Kishiar lui-même qui fit taire la scène bruyante.
« Une vérification, dites-vous ? Cela ne me dérange pas de faire ce qu'il faut. »
« Très bien, procédons donc par une autre méthode... ! »
« Mais j'ai une inquiétude. Et si, en procédant à une vérification supplémentaire, quelqu'un soupçonnait que je doute de l'authenticité du pouvoir divin manifesté personnellement par Sa Sainteté le Pape ? Je n'y verrais aucun inconvénient si ce n'était pas le cas. »
Sa question, accompagnée d'un sourire innocent et d'un léger penchant de tête, semblait presque trop naïve pour son rang. Tous ceux qui entouraient le Pape se turent brusquement.
« ... »
Tout le monde ici savait que les prêtres d'aujourd'hui peinaient à cause de leur pouvoir divin quasi inexistant. Ce n'était pas sans raison que les jeunes prêtres, réputés nés avec un pouvoir divin abondant, étaient convoqués jusqu'au grand temple. Lusan, lui aussi, aurait eu sa place là-bas s'il avait eu cette chance.
Les prêtres qui voulaient garder le secret sur leur manque de pouvoir divin recouraient parfois à la tromperie. Ils dissimulaient la luminescence émise lors de l'utilisation du pouvoir divin à l'aide d'outils magiques et autres artifices.
Ainsi, la déclaration de Kishiar était essentiellement une question pointue, se demandant si le Pape ne s'était pas adonné à un acte aussi honteux. Bien sûr, personne n'avait réellement nourri une telle pensée, mais le fait demeurait qu'il y avait des appels à des méthodes de vérification plus approfondies.
Le Pape, figure de neutralité ayant vieilli dans une profonde quiétude, jugea inutile de s'en préoccuper. Il s'agissait simplement d'un excès de zèle né du désir de ceux qui étaient obsédés par l'idée d'exposer les mensonges du Duc Peletta.
La question de Kishiar exploita cette faiblesse avec acuité, renversant rapidement l'atmosphère.
Peu importe leur impudence, aucun n'oserait affirmer en présence du Pape que le pouvoir divin qu'il maniait personnellement n'était pas authentique. Une telle affirmation transcenderait le Pape lui-même, impliquant l'honneur et l'identité de tout le Temple du Dieu Soleil.
Les badauds grossiers se turent rapidement, et les yeux de ceux qui accompagnaient le Pape devinrent plus sévères. Finalement, les impertinents partirent précipitamment, murmurant l'espoir de se revoir. Peu après, le Pape s'en alla, après avoir passé un moment en conversation privée avec Kishiar.
Steiber ressentit un profond sentiment de satisfaction. Il regrettait seulement de ne pas avoir pu éclater de rire.
Et maintenant, debout face aux mers du sud, Steiber ressentait une émotion encore plus grande en regardant Kishiar manier l'épée, dégageant une aura plus intense que celle de quiconque. C'était là, la « vraie » maîtrise de l'épée dont rêvait quiconque s'était entraîné avec une lame, y compris des gars comme Jimmy qui jouaient aux chevaliers avec des épées en bois avant leur éveil.
Comme il aurait aimé que ces insolents puissent assister à ce spectacle !
Eux, plus que quiconque, auraient dû voir cela !
C'était comme s'il avait entrevu une scène tirée d'un mythe...
À plusieurs reprises, Steiber marqua une pause dans ses explications, semblant incapable d'exprimer pleinement ses émotions par de simples gestes.
« Quoi qu'il en soit, après avoir confirmé la réponse du Commandant, je suis immédiatement revenu. J'ai aussi retrouvé Dover et les autres. »