Chapitre 3
Quartier résidentiel - 43e Rue Vachelon
« Alan Walker, vous êtes actuellement en état d’arrestation pour avoir déserté les murs ! » Des cris lui venaient aux oreilles, l’obligeant à relever la tête.
Plusieurs soldats en bottes étaient apparus de nulle part et criaient des bêtises.
« Déserté ? Je n’ai que 15 ans ! »
Le soldat lui cria dessus en le menottant. « La directive de la Termite oblige quiconque peut se défendre à protéger la Termite, quitte à mourir ! »
« Cela comprend les enfants ? » Alan ricana.
Son apparence était encore enfantine. Des cheveux noirs avec des yeux rubis. Ses membres étaient frêles et il avait survécu de justesse.
Le soldat ne lui répondit pas.
Alan n’avait pas résisté et avait été conduit dans les cachots souterrains. Son corps avait été jeté contre le sol froid et humide. Il toussa même quelques gorgées de sang avant de se poser contre le mur.
Au-delà des barreaux, des centaines de cachots étaient remplis de personnes comme lui.
« Un nouveau venu ? Ehhehe ! »
« Un déserteur, encore ? »
« Il a l’air si jeune ! »
Alan serra les dents.
Ce n’était qu’un orphelin de naissance. Tous ses amis étaient morts contre la marée de monstres mutants et maintenant, il devait pourrir en prison.
Pouvait-il au moins espérer vivre dignement comme à l’époque moderne ? Son ami lui lisait souvent des livres, malgré son manque d'éducation.
Des humains qui avaient leur propre maison et un jardin avec un potager. De la nourriture trois fois par jour sans être obligés de survivre en volant.
Il se détestait tellement.
Mais il détestait encore plus ce monde.
Aucun héros pour les sauver et aucun pour tenter une révolution. L’histoire avait conduit chaque révolution à une Termite encore plus répressive. Sans pouvoir de contrôle, comment les diriger ? Il fallait un contrôle absolu qui ne permettait pas l’opposition.
D’où viendrait ce pouvoir ?
Combien de fois allaient-ils vivre la même histoire ?
Il était né dans une Termite quelconque. Sa mère était morte à sa naissance et il avait été refourgué dans les étages inférieurs pour travailler dans des usines aux conditions déplorables.
Composé de deux mains et de deux jambes.
Ayant fui les usines dès son plus jeune âge, il avait été attrapé puis jeté dans le cortège des abandonnés.
Alan faisait partie des rares chanceux qui avaient survécu à la grande marche. Après avoir été exclus de la Termite, les chances de survie à l’extérieur étaient très faibles, mais, grâce à la chance, ils avaient trouvé un environnement encore vierge de toute intervention humaine.
C’était donc une nouvelle prometteuse pour l’avenir, mais ce rêve fut aussitôt brisé en mille morceaux. Ceux qui parlaient d’avenir les retenaient.
L’histoire recommença de nouveau.
Ils instaurèrent une dictature, séparèrent la population en plusieurs classes et une nouvelle Termite naquit.
Alan Walker était sous-alimenté, sans aucun don manifeste qui lui permettait de monter dans la hiérarchie ou de se démarquer. Un civil complètement désemparé qui suivrait le même schéma.
Néanmoins, c’était avant de devenir fou.
[Vous avez été choisi]
[Fenêtre d’état]
[Veuillez cliquer pour démarrer]
Alan Walker doutait de ses yeux.
Peu importe combien de fois il clignait des yeux, l’écran bleu ne disparaissait pas. Était-ce un pouvoir qu’il venait de manifester ? Non, dans les archives, il était expliqué que la sorcellerie ne pouvait être acquise que dans des situations bien précises.
Et même ceux qui débloquaient ce pouvoir étaient tués, quels que soient les motifs.
Alan lisait les mots et cliquait sur l’écran.
[Fenêtre d’état]
[Alan Walker]
[Rang : Soldat-1]
« Qu’est-ce que c’est ?! »
Alan hurlait en reculant.
Un gardien s’approcha et lui cria dessus.
« Vous voyez ! Cet écran bleu ! » Alan pointait l’écran bleu qui scintillait devant ses yeux. Le garde restait dubitatif, puis grognait en pensant qu’il lui jouait un mauvais tour. Alan fut tabassé puis projeté au sol.
Lorsque le garde fut satisfait, il referma la cellule, mais Alan, toujours recroquevillé, ne quitta pas l’écran des yeux, croyant qu’il disparaîtrait.
[Quête journalière : 0/100 pompes]
[Points d’expérience]
[Quête journalière : 0/100 jumping jacks]
[Points d’expérience]
....
« Gagner de l’expérience ? »
Alan fut étourdi, mais exécuta tout de même les ordres sur l’écran. Il essayait de faire des pompes, mais ses côtes lui faisaient lourdement mal. Il s’effondra plusieurs fois de douleur, mais, après douze heures, il avait accompli la tâche.
[Point d’expérience acquis]
Alan cligna des yeux puis s’effondra.
Le lendemain, un nouveau message apparut.
[Quête journalière : 100/100 pompes]
[Point d’expérience acquis]
[Quête journalière : 100/100 minutes de méditation]
[Point d’expérience acquis]
« Bon sang ! Qu’est-ce qui change au juste ?! »
Un de ses codétenus en face grogna.
« Ce mec est devenu fou ? »
« Laisse-le tranquille. Il vaut mieux éviter de parler à des fous furieux comme lui », prévint le geôlier.
Malgré le fait que l’écran bleu restait le même, il savait que sa musculature s’était renforcée. Il sentait une énergie inconnue en lui qui traversait son corps.
Alan accomplit farouchement la quête.
Sans cette faible énergie, il aurait abandonné.
Plusieurs semaines s’étaient écoulées.
Il se tenait le dos droit.
Les détenus en face de lui pensaient rêver.
Alan les ignorait, même aujourd’hui.
Il était déjà préoccupé par son corps.
Une petite introspection était nécessaire.
Son corps était devenu plus affiné. Il serra ses poings rugueux et frappa le sac de sable contre le mur, qui s’encastrait dans le mur en béton.
« Fenêtre d’état », murmura Alan.
[Fenêtre d’état]
[Alan Walker]
[Rang : Soldat-2]
[Poste : Aucun]
« Enfin, j’ai réussi à changer mon rang !! »
Alan souriait en explosant de joie.
Son corps était devenu plus fort. En accomplissant les missions données par le système, il gagnait de l’expérience qui lui donnait de la force.
En entraînant son corps, il avait comparé plusieurs fois sa force à celle des prisonniers et des geôliers. Ils devaient être aux alentours de Soldat-2 ou Soldat-3. À peine mieux que lui, mais avec de meilleurs équipements.
La moyenne des soldats muraux se situerait vers Soldat-3, voire plus élevée. Il n’avait pas encore vu de grades plus élevés, donc il ne pouvait pas le savoir.
Il savait néanmoins que Soldat-3 était sans doute le minimum pour des soldats muraux.
« Baran, ramène-moi un autre sac de sable ! »
Le geôlier, Baran, se crispa.
C’était lui qui gardait et surveillait Alan la plupart du temps. Au fur et à mesure, ils étaient devenus assez proches malgré l’interdiction de proximité.
« Mon Dieu ! » Alan Walker était excité.
« Tais-toi ! » soupira Baran.
Alors qu’il allait de nouveau s’entraîner, une nouvelle fenêtre s’ouvrit devant lui.
[Quête principale : Combattre la Termite. Renverser la hiérarchie des pouvoirs. Réformer le système social et se rendre sur la falaise de l’arbre.]
[Récompense : Stade Spécialiste-1]
« Stade Spécialiste ? »
C’était la prochaine étape après Soldat ? Alan sentait sa motivation remonter en flèche.
Au même moment, des pas se firent entendre dans les escaliers du cachot. Alan tourna la tête vers le geôlier qui se tenait devant sa cellule.
« Alan Walker, vous avez été purgé de votre peine et devez vous retrouver dans l’usine qui vous a été affectée. »
Le geôlier lui donna ses nouveaux papiers après que la Termite eut été détruite et reconstruite, ainsi que la nouvelle affectation de son lieu de travail.
Alors qu’il sortait de sa cellule, le geôlier tremblait. « Depuis quand ce gamin est-il devenu un colosse ? »
Il avait au moins pris 10 centimètres et son corps était bien plus musclé que celui de la plupart d’entre eux.
« Âgé de seulement 15 ans ? »
Avec la surpopulation, garantir l’exactitude des données personnelles était impossible. Il était probable que l’homme devant lui ait menti.
Le geôlier secoua la tête.
Peu importe son âge, de toute façon, il partirait quoi qu’il arrive à l’usine qui lui avait été affectée.
« Attendez ! Je m’occupe désormais du voyage jusqu’à son usine de destination. » Baran, le souffle court, leur coupa la route.
« Ton ventre a grossi. Si tu continues, tu vas mourir d’un cancer, tu sais ? » Alan soupira d’inquiétude.
« Tais-toi ! » Baran serra les dents en agrippant ses menottes et en regardant son propre corps.
« Tu es responsable de mon diabète ! » rugit-il.
Alan soupira.
Il avait un corps construit avec des abdos et des courbures masculines marquées. Il devait remercier le système qui, au fur et à mesure, avait perfectionné son corps malgré son manque de formation.
Une mauvaise posture ne validait pas une série de pompes ; il avait été obligé de bien se positionner.
Sinon, avec seulement des pompes et des exercices physiques, il n’aurait jamais pu obtenir un tel résultat en quelques semaines d’exercice.
C’était comme être accompagné systématiquement.
En sortant de la prison souterraine, le ciel restait toujours recouvert par un voile sombre. Dans la Termite, les niveaux inférieurs étaient obscurcis.
La malnutrition, les combats de rue et le désordre étaient des habitudes ancrées ici. Le niveau inférieur regorgeait d’imbéciles, d’orphelins et de fous.
Quant à Alan, il les ignora simplement et se dirigea rapidement vers son nouveau dortoir.
« Tu es le nouveau venu, n’est-ce pas ? » Une main attrapa son épaule et Alan faillit le frapper inconsciemment.
Le visage de l’enfant était collé à lui.
Il lui tendit la main et Alan la serra stupidement.
Son visage se décomposa.
Il avait presque le même âge, mais son poignet était plus puissant que le sien, alors qu’il bénéficiait d’un système !
« Attends, doucement, Orion. »
Le vieil homme éloigna l’enfant de lui.
« Excusez-nous. Il est un peu hyperactif. »
« Ce n’est rien… » Alan ne se mettrait pas en colère pour si peu. Il était peut-être un peu choqué par la force de préhension de cet enfant. Ses mains rougissaient.
Et l’homme semblait curieux de son comportement.
« Inhabituel… » Il se grattait la barbe.
« Quoi ? » demanda Alan.
« Rien, ahah. Venez ici ! Votre nouveau dortoir se trouve derrière ce mur. Je suis le supérieur qui gère notre groupe. » L’homme lui rendit son sourire et le guida jusqu’à une salle remplie de lits communs.
« Laissez-moi faire les présentations. Je suis Otin, le grand-père d’Orion. Orion, le plus jeune du groupe, a 15 ans, je crois. Il doit avoir le même âge que vous. »
« Alan Walker. 15 ans également. »
Sa réponse fut courte.
Cependant, Otin ne semblait pas s’en préoccuper.
C’était une habitude pour les enfants d’être sur leurs gardes pour éviter de mourir ou d’être torturés ici.
Orion s’avança. « Laisse-moi te montrer ton lit. »
Alan le suivit à deux pas derrière lui.
Même corpulence, à peu près. Son corps présentait aussi quelques traces d’exercices physiques.
« Ton lit est là ! » Il pointait un lit en hauteur.
Un simple matelas sur des barres de fer.
« Je comprends. » Alan hocha la tête.
« Quant à moi, je suis juste là ! » Il pointait le lit en dessous du sien.
L’état du lit semblait pire que celui du sien.
Il avait eu de la chance, ou plutôt, il avait reçu une marque de considération de la part d’Orion. Mais il n’avait pas envie de le dire ni de se prononcer sur des questions inutiles.
« Je comprends », affirma Alan.
Son colocataire avait l’air bizarre, mais cela ne le préoccupait pas. Chacun avait ses problèmes.
« Y a-t-il un endroit pour faire des exercices physiques, par hasard ? » demanda Alan.
Peu importe où il regardait, la zone semblait quelque peu pire que son ancienne cellule.
« On est des habitants inférieurs, on n’a rien, désolé. » Orion semblait un peu triste.
Alan s’y attendait.
En pinçant le matelas, il constata que le caoutchouc était au moins solide. Le simple lit avec le matelas usé était suffisant pour ces quelques exercices matinaux et du soir.
Comparé à la rue, cet endroit était relativement meilleur. À cause de son identité d’orphelin et de l’absence de pièces justificatives, il avait réussi à échapper à leur contrôle avant que les invasions ne surviennent.
Peut-être aurait-il dû se faire attraper.
Alan secoua la tête.
« Mais tu viens d’arriver, donc ton premier jour commencera demain. Tu peux te reposer pour l’instant et profiter de ton temps libre ! »
L’alarme sonna dans les salles.
« Tout le monde à l’usine ! »
Orion se redressa en lui adressant un papier.
« Je dois partir travailler, on se retrouve ce soir ! »
Tous les ouvriers avaient fui dans la salle des machines et Alan inspecta le bout de papier.
Peu importe comment il le regardait, de haut en bas, rien ne montrait quelque chose de particulier. Alan le rangea dans sa poche puis se posa sur son lit.
Il allait faire quelques exercices puis dormir.
« Hum… c’est du cobalt. »
« Non, on dirait plutôt du sphalte. »
« Si on choisissait de fabriquer de cette manière, est-ce que la production d’énergie serait meilleure ? »
Alan se réveilla de son sommeil, ennuyé par cette voix qui venait de sous son lit, et réagit.
« Orion ? » Il se baissa pour voir ce qui se passait, mais il n’y avait pas de lumière, hormis sa fenêtre d’état.
« Ah, désolé, Alan ! Je me tais ! »
« D’accord. » Alan laissa tomber, puis se rendormit.