En tant que chef de l’Alliance des clans de l’Est et seigneur du territoire de Callogram, Durandor demanda, l’air perplexe, comme n’importe qui l’aurait fait :
« Les démons… se sont autodétruits ? »
« Oui. »
« …Et ils n’ont pas été vaincus par le Royaume sacré ? »
Comme Durandor posait la question, visiblement déconcerté, l’informateur baissa la tête et répondit :
« C’est vrai qu’ils étaient repoussés par le Royaume sacré, mais ils n’ont pas été vaincus. Ils se sont autodétruits à la suite d’un conflit interne entre démons. »
« …Ça n’a aucun sens. »
Durandor pencha la tête, comme s’il n’y comprenait absolument rien.
Pourtant, sachant que l’informateur ne mentait pas, il réfléchit un moment.
« Pour l’instant, restons-en là. À partir de maintenant, gardez un œil sur Lartania. » « Oui. »
Aussitôt après les paroles de Durandor, l’informateur disparut. Durandor se caressa le menton, l’air indéchiffrable.
J’ai beau y réfléchir, je ne comprends pas…
Du moins, à la connaissance de Durandor, il était absurde que le monde des démons, qui partageait ses objectifs, s’autodétruise de cette façon. Il pencha la tête et poussa un profond soupir, mal à l’aise.
Si les démons s’autodétruisent, je vais devoir revoir mes plans.
Durandor regrettait sincèrement l’autodestruction des démons.
Après tout, ces derniers jouaient toujours un rôle essentiel dans une bonne partie du plan parfait qu’il avait conçu.
…Je ne pensais pas qu’ils n’accompliraient même pas le quart de ce que j’avais prévu.
Durandor claqua la langue, déçu, puis soupira. Il sembla réfléchir un moment, avant de finir par secouer la tête, comme s’il n’avait pas d’autre choix.
Les démons stupides s’étant autodétruits, il était désormais difficile de les intégrer au plan.
« …On n’y peut rien. »
Sur ces mots, Durandor murmura à voix basse et saisit l’orbe bleu posé sur son bureau.
Il l’observa. L’orbe bleu dégageait clairement une lumière sacrée. Durandor le souleva aussitôt et l’imprégna de pouvoir magique.
Bientôt, l’orbe s’illumina et une silhouette angélique apparut devant lui.
[Oh, Archange, que me vaut cette visite ?]
À la vue de cette apparence sacrée, Durandor s’agenouilla instinctivement.
« Ô Juge suprême, un problème est survenu. »
Durandor inclina légèrement la tête et prit la parole.
[Quel est le problème ?]
« Les démons se sont autodétruits bien avant d’avoir pu mener leurs tâches à bien, et beaucoup plus tôt que prévu. »
[Voilà qui est… inattendu.]
« En effet. Aussi, ô Juge suprême, je pense devoir agir de mon propre chef. »
[Tu demandes mon autorisation, je vois.]
« Oui. Comment pourrais-je commander l’Armée céleste sans votre permission ? »
Les paroles de Durandor.
Le Juge le fixa attentivement.
[Ô Archange, j’accède à ta requête. Conduis l’Armée céleste et pose les fondations nécessaires à la résurrection de “Lui”.]
Sur ces mots, le Juge disparut dans une vive lumière.
Enfin, la lueur éclatante de l’orbe bleu s’estompa d’elle-même.
« …Maintenant que j’en ai la permission, il est temps d’agir. »
Durandor, l’Archange, se leva en souriant.
Dès que le parchemin de téléportation s’activa, Merilda se retrouva dans une plaine désolée. Elle comprit rapidement où elle se trouvait.
La frontière du Royaume de Calan.
Elle avait atterri assez loin du territoire de Lartania, à au moins cinq heures de course à pleine vitesse. Merilda resta là, stupéfaite.
« C-Ce… c’est… !! »
Le visage écarlate et les traits déformés par la colère, elle se mit à courir vers Lartania de toutes ses forces.
Bien sûr, elle le savait.
Elle savait que, même si elle se mettait à courir, elle n’arriverait pas à temps pour empêcher l’Obscurité Absolue de faire des siennes.
Mais elle courait tout de même, le sang bouillonnant dans ses veines, tandis que des larmes lui montaient aux yeux rouges.
Ce salaud… !!
Kwagagagagagak-!!
Tout autour d’elle se faisait déchiqueter par sa course, mais, dans son état, elle n’en avait cure.
Une seule chose occupait son esprit à cet instant.
La scène qu’elle avait vue juste avant que le parchemin ne la téléporte : Rin et Kim Hyunwoo qui s’embrassaient avec passion.
Euddeuddeuddeuk !
À cette pensée, Merilda serra inconsciemment les dents.
Elle les serra si fort que du sang commença à perler, tandis que des larmes coulaient de ses yeux injectés de sang.
Et Merilda regretta.
Si seulement j’avais pris mon courage à deux mains un peu plus tôt… !
Bien sûr, le moment choisi par Ryu était idéal, mais si elle avait rassemblé son courage un peu plus tôt, cela ne serait peut-être pas arrivé.
Cinq jours ?
Non. Si elle s’était décidée une heure plus tôt — non, une seule minute plus tôt —, cette situation ne se serait jamais produite.
Merilda était furieuse contre elle-même.
Elle en voulait à sa propre personne de toujours se retrouver dans des situations qu’elle regrettait ensuite.
Elle était si en colère qu’elle avait envie de se frapper au visage.
Mais Merilda savait parfaitement que ce n’était pas le moment.
Même si elle avait déjà pris du retard, elle n’avait pas l’intention d’abandonner complètement.
Alors elle courut de toutes ses forces vers le territoire de Lartania.
Environ quatre heures plus tard.
« Ha… ha… ! »
Après avoir couru de toutes ses forces, Merilda arriva enfin aux abords du territoire de Lartania.
Mais à son arrivée, le soleil éclairait déjà la colline.
« …Ha. »
En voyant cela, Merilda laissa échapper un rire incrédule, rongée par le regret, tandis qu’elle atteignait la périphérie de Lartania.
« … ? »
Merilda aperçut Rin.
Elle était assise dans la forêt, près de Lartania, l’air d’avoir perdu tout intérêt pour le monde.
En voyant ses yeux déjà rouges et gonflés comme ceux d’un lapin, et les larmes qui continuaient de couler, Merilda sentit son humeur, jusque-là au plus bas, remonter en flèche.
Car, dès qu’elle vit Rin, elle comprit instinctivement.
Rin et Kim Hyunwoo n’avaient pas fini ensemble… !
À cette réalisation, la chaleur qui avait envahi le corps de Merilda retomba instantanément, et elle se sentit aussi rafraîchie qu’après avoir bu un soda. Contrairement à cinq heures plus tôt, elle se félicita sans la moindre retenue.
J’ai bien fait d’attendre. Si j’avais suivi les conseils de Ryu et foncé tête baissée, j’aurais été dans de beaux draps. Garder mon calme était clairement le bon choix !!
Tout à ses pensées, Merilda rejoignit Rin avec un air triomphant et un sourire narquois.
« On dirait que ça ne s’est pas bien passé, hein ? »
Merilda lui lança ces mots avec un sourire suffisant et assuré.
Mais Rin ne répondit pas.
Elle se contenta de fixer le sol d’un regard vide.
« … ? »
En la voyant ainsi, Merilda eut un léger doute, mais reprit la parole pour se moquer de Rin, qui l’avait envoyée au loin avec le parchemin de téléportation.
« Ton maître te déteste vraiment, hein ? Je le savais. Qui t’a dit d’entrer là-dedans en débarquant comme ça, hein ? »
Merilda, qui semblait avoir déjà oublié qu’elle avait eu exactement le même plan cinq heures plus tôt, se moqua de Rin.
En réponse, Rin leva vers elle un regard vide.
Il n’y avait rien dans ses yeux.
Les moqueries de Merilda ne l’agaçaient pas ; elle n’était pas en colère et ne préparait rien non plus.
Elle se contentait de regarder Merilda sans expression.
Puis.
Flic…
Elle se mit à pleurer.
« Qu-quoi ? »
Merilda, qui affichait un sourire moqueur un instant plus tôt, fut prise au dépourvu en découvrant Rin ainsi pour la première fois, même si elle s’efforça de ne rien laisser paraître.
« Hé… hé ? »
Merilda interpella Rin, quelque peu déconcertée, mais celle-ci pleurait déjà en silence, le visage accablé de chagrin, la tête enfouie entre les genoux.
« …… »
En voyant Rin sangloter sans bruit, Merilda effaça son sourire moqueur et prit un air profondément décontenancé.
Car, à bien y réfléchir, n’était-ce pas elle qui aurait dû pleurer, là, tout de suite ?
Mais malgré cette pensée, Merilda observa en silence Rin qui pleurait sans un bruit, puis poussa un petit soupir.
« Allez, courage… »
Elle murmura doucement.
En réalité, même si Merilda et Rin se chamaillaient sans cesse chaque fois qu’elles se rencontraient, leur lien avec leur seigneur était plus ancien que tout le reste.
Après ces mots, Merilda se gratta la tête et retourna à l’endroit où Ryu devait se trouver.
…Au fond d’elle, elle savait qu’elle avait vraiment bien fait d’attendre.