Chapitre 15
« C’est tout pour votre rapport ? »
Demande une magnifique jeune fille aux cheveux rouges, de la couleur des flammes. Sa chevelure, qui lui descend jusqu’au bas du dos, scintille à la lueur des bougies tandis que ses yeux rouge vin parcourent le rapport d’enquête. Cette silhouette imposante et sublime fait rougir les joues du chevalier chargé du rapport.
« C-, c’est tout, Iris-sama. Nous allons poursuivre notre enquête. »
Iris hoche la tête, puis fait signe au chevalier de quitter la pièce.
Une fois la porte refermée, seuls Iris et un bel homme aux cheveux blonds restent dans la pièce.
« Marquis Zenon, merci infiniment pour votre aide dans cette affaire. »
« L’incident s’est produit dans l’enceinte de l’académie, je suis donc en partie responsable. Mais plus que cela, je m’inquiète pour Alexia-sama... »
Zenon baisse les yeux et se mord la lèvre inférieure, frustré.
« Vous avez également vos responsabilités en tant qu’instructeur d’escrime. Je suis certaine que personne ne vous tiendrait rigueur de quoi que ce soit. Pour l’instant, nous ne devons pas nous concentrer sur la recherche d’un coupable, mais sur le sauvetage d’Alexia. »
« En effet... »
« Alors. »
Iris referme soudainement le dossier.
« Quelle est, selon vous, la probabilité que cet élève, Sid Kagenou, soit le coupable ? »
« Je répugne moi-même à considérer un élève de l’académie comme un suspect, mais les circonstances font de lui le plus suspect. Cependant, compte tenu de sa force, il est hautement improbable qu’il puisse gagner s’il devait affronter Alexia-sama en combat singulier. »
Zenon pèse ses mots avec soin.
« Dans ce cas, cela signifierait soit qu’il a un complice, soit qu’il a dû utiliser une sorte de drogue. Mais il n’a rien avoué, même après l’interrogatoire des chevaliers, n’est-ce pas ? Êtes-vous sûr de votre coup ? »
« Je veux croire en lui. Vraiment. »
Iris hoche la tête, puis ferme les yeux.
« Vous avez déjà assigné des chevaliers de confiance pour le surveiller, n’est-ce pas ? Dans ce cas, nous ne pouvons rien faire d’autre qu’attendre leur rapport. »
« Je prierai pour la sécurité d’Alexia-sama. »
Avec une révérence, Zenon se tourne pour sortir.
Mais à cet instant précis, une jeune fille se faufile dans la pièce par la porte que Zenon vient d’ouvrir.
« Iris-sama ! S’il vous plaît, écoutez-moi ! »
« Claire-kun, que croyez-vous faire ! Veuillez pardonner son impudence, je vais la faire sortir immédiatement ! »
Zenon saisit la fille qui vient d’entrer, Claire Kagenou, et tente de l’entraîner dehors.
« Marquis Zenon, qui est-ce ? »
Iris arrête Zenon et pose la question.
« Elle... »
« Je m’appelle Claire Kagenou ! Je suis la grande sœur de Sid Kagenou ! »
« Claire-kun ! E-, elle est une élève exemplaire de l’académie, et elle effectue actuellement un stage temporaire au sein de l’Ordre des Chevaliers. »
« Je vois... Très bien, vous pouvez parler. »
« Merci infiniment ! »
Claire Kagenou s’avance devant Iris, suppliante.
« Mon petit frère, Sid, ne ferait jamais une chose pareille, kidnapper la princesse Alexia ! Je suis sûre qu’il y a une énorme erreur ! »
« L’Ordre des Chevaliers mène son enquête avec la plus grande prudence afin d’éviter toute erreur. Il n’est pas encore confirmé que votre frère soit le coupable. »
« Mais si les choses continuent ainsi, si le vrai coupable n’est pas trouvé, c’est lui qui sera exécuté ! »
« L’Ordre des Chevaliers est très vigilant. Ils n’exécuteront pas la mauvaise personne par erreur. »
« Mais quand même ! »
« Claire-kun ! »
Zenon arrête Claire alors qu’elle tente frénétiquement de s’approcher d’Iris.
« Claire-kun, arrêtez ça. En faire plus serait une insulte envers l’Ordre des Chevaliers ! »
« Kuh... ! »
Claire lance un regard noir à Zenon, puis à Iris.
« S’il arrive quoi que ce soit à cet enfant... ! »
« Claire-kun, n’osez pas terminer cette phrase ! »
Couvrant la bouche de Claire de sa main, Zenon l’entraîne hors de la pièce.
BAM.
Fixant la porte refermée brutalement, Iris soupire profondément.
« Alors, notre amour pour notre famille est le même, hein... »
Murmure-t-elle.
« Alexia, sois prudente, je t’en prie... »
Autrefois, ces deux sœurs étaient très proches.
Mais quand ont-elles commencé à s’éloigner l’une de l’autre ?
Combien d’années se sont écoulées depuis leur dernière discussion ?
Se pourrait-il qu’elles ne puissent plus jamais se parler ?
« Alexia... »
Alors qu’elle ferme ses yeux rouge vin, une larme coule le long de sa joue.
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇
Lorsqu’Alexia ouvre les yeux, elle se retrouve dans une pièce sombre.
Pas de fenêtre, et une seule bougie allumée.
Les murs sont en pierre et une porte robuste se trouve juste devant elle.
« C’est... »
Elle n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé après avoir quitté Pochi à la sortie des cours.
Lorsqu’elle tente de bouger, elle entend le tintement du métal contre le métal.
En regardant l’origine du bruit, elle réalise que ses quatre membres sont enchaînés à un piédestal.
« Des chaînes scellantes... »
Elle ne peut plus utiliser sa magie. S’échapper seule serait extrêmement difficile.
Qui l’a enlevée, et dans quel but ? Kidnapping, coercition, trafic d’êtres humains... une série de possibilités défile dans son esprit, mais rien ne peut être confirmé.
Alexia n’est pas dans la ligne de succession au trône. Mais son statut de princesse conserve une certaine valeur utilitaire. Elle le sait.
Cependant, les informations dont elle dispose pour le moment sont bien trop maigres pour tirer la moindre conclusion.
Alexia cesse d’y réfléchir, mais une autre pensée lui traverse soudain l’esprit.
Pochi va-t-il bien ?
Ce garçon au caractère épouvantable qui était récemment devenu son ami. Elle l’apprécie beaucoup, car il lui dit toujours les choses franchement, sans aucune peur.
S’il a vraiment été entraîné là-dedans, alors à l’heure qu’il est, il est probablement... arrêtons-nous là.
Alexia secoue la tête, puis regarde autour d’elle.
Murs de pierre, porte en fer, bougeoir... et un tas noir qui ressemble à des détritus.
Ce tas se trouve juste à côté d’Alexia et, pour une raison inconnue, il est enchaîné.
En y regardant de plus près, Alexia remarque un léger mouvement.
Ça respire.
Le « tas » est une créature vivante vêtue de haillons.
« Hé toi, tu peux entendre ma voi... ! »
La créature bouge et regarde Alexia.
La « créature »... est un monstre.
C’est un monstre extrêmement émacié, entravé par des chaînes.
Son visage noir et purulent ne conserve que ce qui semble être des yeux, un nez et une bouche. Son corps entier est gonflé de manière irrégulière, son bras gauche étant même plus long que la jambe d’Alexia. En revanche, son bras droit est plus court et plus fin que celui d’Alexia, et semble fixé contre sa poitrine comme s’il serrait quelque chose.
Un tel monstre se trouve juste à côté d’Alexia.
Alors qu’Alexia a les quatre membres enchaînés, ce monstre n’est enchaîné que par le cou. S’il tend son long bras, il pourrait peut-être atteindre Alexia.
Afin de ne pas provoquer le monstre, Alexia ralentit sa respiration et détourne le regard.
Mais le monstre la fixe.
Alexia peut sentir le regard du monstre sur son corps.
Après un silence qui semble durer une éternité...
Jyarara, le bruit des chaînes résonne dans l’air.
En jetant un coup d’œil du coin de l’œil, Alexia voit que le monstre s’est recroquevillé et s’est endormi.
Alexia pousse un soupir de soulagement.
Quelque temps plus tard, la porte devant elle s’ouvre.
« Enfin ! Enfin, je l’ai entre mes mains ! »
La personne qui entre est un homme maigre portant une blouse de laboratoire.
Ses joues sont creuses, ses yeux enfoncés et ses lèvres gercées.
Ses cheveux clairsemés collent à sa peau et dégagent une odeur horrible.
Alexia observe l’homme en silence.
« Sang royal, sang royal, sang royal ! »
Sang royal.
L’homme continue de répéter cette phrase tout en sortant un appareil relié à une fine aiguille.
Il semble avoir l’intention de lui prélever du sang. Les médecins royaux l’ont déjà fait plusieurs fois, elle reconnaît donc cet appareil.
Mais.
Elle ne comprend pas pourquoi cet homme veut son sang au point de prendre le risque de l’enlever.
« Puis-je poser une question ? »
La voix d’Alexia est assurée.
« N, nn ? »
L’homme répond à Alexia par un grognement étrange.
« Pourquoi voulez-vous mon sang ? »
« T-, t-, ton sang est un sang démoniaque. Il peut faire revivre les démons de notre époque ! »
Alexia ne comprend pas de quoi il parle, mais elle peut au moins en déduire qu’il n’est pas sain d’esprit et qu’il appartient à une sorte de secte.
« Mais ce serait un problème si vous en préleviez trop. Je ne suis pas encore prête à mourir. »
« Hihi, hi, n-, pas de souci. J’en veux b-, beaucoup, alors je v-, viendrai tous les jours pour en d-, drainer un peu à la fois. »
« Merveilleux, faisons comme ça alors. »
Tant que cet homme a besoin de son sang, les chances qu’elle soit tuée sont faibles.
Ne pas résister, rester coopérative. Alexia a déterminé que sa meilleure option pour le moment est d’attendre les secours.
« Ça, ça n’était pas censé s-, se passer comme ça. C’était la f-, faute de ces i-, idiots ! »
« Je comprends, je déteste les idiots moi aussi. »
« Parce que devoir vous supporter est épuisant », murmure Alexia pour elle-même en regardant l’homme à la blouse.
« M-, mes recherches, tout, tout a été détruit ! Ils ont eu cet idiot d’Olba en premier. »
« C’est vrai, cet idiot d’Olba a été le premier. »
« Après ça, encore et encore et ENCOOOORE ! AAAARRRRRHHHHH ! »
« Quelle horreur. Ça a dû être difficile pour vous. »
« OUI, OUI, ÇA L’A ÉTÉ ! MES, MES RECHERCHES SONT SI PROCHES ! SI PROCHES, SI PROCHES, MAIS SI JE NE LES TERMINE PAS, JE SERAI EXCOMMU-, EXCOMMUNIÉÉÉ... ! »
« Quoi, comment ont-ils pu ! »
« M-, MERDE, SI INUTILE, SI INUTIIIILE ! »
L’homme à la blouse se précipite vers le monstre enchaîné et lui donne des coups de pied violents.
Encore et encore, il le frappe et le piétine.
Le monstre se contente de se recroqueviller sans réagir.
« Vous n’alliez pas prélever mon sang ? »
« Oh, c’est vrai, oh c’est vrai, ton sang, tant que j’ai ton sang, je peux finir... ! »
« N’est-ce pas génial ? »
L’homme ramasse l’appareil et plante l’aiguille dans le bras d’Alexia.
« Avec ça, avec ça ! Je peux finir, je ne serai pas excommunié ! »
« Faites-le sans douleur, d’accord ? »
« Sinon, j’aurais envie de vous frapper », ajoute Alexia dans son esprit.
L’aiguille pénètre dans le bras d’Alexia.
Alexia regarde la scène comme si cela ne la concernait pas, tandis que le récipient en verre se remplit progressivement de sang rouge.
« Hihi, hihihi... »
Lorsque le récipient est plein, l’homme le berce avec le plus grand soin et quitte la pièce.
Alexia attend que la porte se referme avant de pousser un long soupir.
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇
Tout n’était que pour ce jour.
Deux jours après ma libération par les chevaliers, je suis dans ma chambre, en train de trier ma collection de « puissance dans l’ombre » et de choisir ce que je peux utiliser.
Un cigare... il faudra encore attendre un bon moment avant que j’aie l’âge approprié pour l’apprécier.
Un vin millésimé... celui-ci est une rareté de Portau, dans le sud-ouest de la France, qui vaut 900 000 Zeny. Parfait, c’est exactement ce qu’il faut pour cette nuit sans lune.
Ce qui signifie qu’il me faut le verre ultime pour accompagner ça... ah oui, le seul verre fabriqué par Vuitton. Il est aussi de fabrication française et m’a coûté 45 000 Zeny.
Ensuite, il y a cette lampe antique... et ceci... cela aussi... oh, et ce tableau légendaire appelé « Le Cri » que j’avais ramassé par hasard à l’époque. Il va sur le mur comme ceci, et... ahh, parfait.
Mon cœur est si comblé.
Traquer les bandits et ramper au sol pour ramasser des pièces d’or, tout cela n’était que pour ce moment.
Je verse une larme d’admiration pour cette pièce que j’ai décorée avec les plus belles pièces de ma collection.
Le coup de grâce est cette invitation que j’ai reçue aujourd’hui même. Il ne me reste plus qu’à attendre.
Je continue d’attendre, ce moment-là.
Attendre.
Attendre...
Attendre dans le suspense !
Jusqu’à ce que... Enfin !
Au moment où la fille vêtue de noir entre par la fenêtre, j’ouvre la bouche.
« Le moment est venu... Cette nuit appartiendra au monde des ombres... »
En vérité, tout n’était que pour ce jour précis !