Chapitre 148
Je fis irruption dans la chambre de Zack alors qu’il ne s’y attendait absolument pas.
« — !? Oh, c’est toi. Comment as-tu fait pour... »
En remarquant ma présence, les yeux de Zack s’écarquillèrent de stupeur.
Héhéhé, belle réaction. J’adorais ce type et ses réactions totalement clichés.
« Voilà ton repas. Sers-toi. » dit-il en me tendant une assiette pleine à craquer.
« Merci. Je vais emprunter la table. »
« Je t’en prie. »
L’heure de vérité avait sonné.
Au menu cette fois, du pain et un ragoût à la crème, accompagnés d’un steak et de légumes.
Simple et copieux.
Le pain était bien blanc à l’intérieur et sentait plutôt bon.
Le ragoût à la crème contenait une variété de légumes et une bonne dose de poulet à chaque cuillerée. Pas mal du tout.
Le steak était imposant. Un bon morceau de 500 grammes, je dirais. La viande était maigre, avec peu de gras, cuite à point et juteuse. Exactement comme je l’aime.
On était loin de la grande gastronomie, mais c’était délicieux dans un registre classique. Le meilleur dans tout ça, c’était la quantité.
« Je n’aurais jamais imaginé qu’on serve de la nourriture aussi bonne dans un camp de concentration. »
« Le pays est peut-être foutu, mais ça reste le Pays de l’Art. La qualité moyenne de notre nourriture est plutôt élevée. »
« Ça se tient. »
À l’avenir, quand tout sera fini, ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de venir vivre ici.
J’ai un rêve. Un rêve, celui d’être une éminence grise.
Mais une fois que j’aurai réussi, une fois que j’en aurai profité jusqu’au bout, que ferai-je du reste de ma vie ? Je m’interrogeais parfois là-dessus durant mes journées d’entraînement intensif.
Je pourrais devenir une puissance hors de l’ombre, un seigneur démon déterminé à détruire le monde, ou peut-être un maître formant les futurs héros. J’ai envisagé de nombreuses possibilités avant d’aboutir à quelque chose de très simple.
Je voudrais une vie où je pourrais manger de bons petits plats chaque jour et dormir autant que je le souhaite. Ça me suffirait amplement.
Passer ma vie à fond les ballons pour finir sur une croisière tranquille.
Oui, ça, ça me semble logique.
« Et si je t’avais empoisonné ? »
« Tu crois avoir affaire à qui ? Je peux détecter le poison à l’odeur. »
En réalité, je ne peux pas du tout.
Mais ça n’a pas vraiment d’importance quand je peux décomposer n’importe quel poison avec mon mana.
« Tu as du flair. J’aimerais en avoir autant. Surtout cette fois-là, quand j’étais encore dans le métier, un de mes gars a essayé de m’empoisonner. Pas une partie de plaisir, laisse-moi te dire. J’en suis sorti vivant, mais comme tu peux le voir, tout est parti en vrille et me voilà. »
Zack commença à parler avec découragement.
« Donne-moi une épée et je peux me battre. Ce pays maudit, je te le dis, les escrimeurs magiques ne valent plus rien. Le vol rapporte plus que de bosser pour un noble attardé. Je pensais honnêtement réussir comme ça... ouais, c’est du passé. Les royalistes n’en avaient rien à faire des escrimeurs magiques et ça leur est retombé dessus quand Doem les a utilisés pour prendre le pouvoir. Quelle ironie. »
D’accord.
« Parle-moi de cette fille, Clara. »
J’avais fini de manger, je passais donc au sujet principal.
« Pourquoi tu me demandes ça ? Tu devrais en savoir bien plus que moi à son sujet. »
« C’est sûr, mais peut-être que je ne sais pas tout sur le présent. Il n’y a aucun mal à vérifier que mes infos concordent avec le reste. La diligence est la clé d’une longue vie... » Je plissai les yeux avec un sourire entendu.
« Tsk, tu t’y connais. Je ne peux pas vraiment t’en dire beaucoup. »
« Pas de problème. »
« ...Hmph. » Zack laissa échapper un reniflement avant de poursuivre. « Ça devrait être évident vu le nom, mais Clara Oriana est la petite sœur de cette tristement célèbre Rose Oriana. Elle a essayé de s’opposer à la faction de Doem très tôt, elle s’est fait choper et a fini ici. Mais bon, c’est de la royauté, ils ne peuvent pas l’exécuter tout de suite. Même Lord Doem a du mal à savoir quoi faire d’elle, mais apparemment, ce n’est pas ça le vrai fond de l’histoire. »
« Continue... »
« Clara Oriana est le visage de la résistance contre Doem. Elle a beaucoup de gens qui l’écoutent. Même ici, dans le camp... »
Zack esquissa un sourire en coin.
« Apparemment, Lord Doem essaie d’utiliser Clara Oriana pour rassembler tous ceux qui s’opposent à lui afin de s’en débarrasser d’un seul coup. Voilà tout. Qu’est-ce que je t’avais dit, ce n’est pas grand-chose. Tu n’en sais pas beaucoup plus, toi ? »
« Peut-être... » Je cachai ma bouche derrière mes doigts et, le regard grave, je fixai Zack droit dans les yeux. « Tu veux savoir... ? »
Évidemment, je n’en savais strictement rien, alors j’utilisai une petite décharge de mana pour ajouter un peu de « pression ».
« — !! A-arrête ça, je t’ai dit que je n’en avais rien à faire de la politique ! »
« — Sage décision. »
Mon sourire était celui de quelqu’un qui cache de sombres et terribles secrets...
Avec une attitude laissant supposer que je vois tout et sais tout, je jouai mon rôle d’éminence grise. Ce n’est pas seulement une question de paroles, mais aussi de manières, du regard jusqu’au bout des doigts.
C’est ça, c’est la perfection !
« Allez, mec, c’est pas bon pour mon cœur, ça... »
Zack essuya la sueur qui perlait sur son front et se leva.
« J’ai des affaires à régler. Le patron m’a appelé. »
« Ton patron... ? »
« Ouais... le patron du camp de Doem. »
Zack dit cela avec irritation avant de finalement quitter la pièce.
« Bien... »
Plus qu’à le prendre en filature.