Chapitre 143
Dans une ruelle du Royaume d'Oriana, désormais occupé par la faction de Doem, je me retrouvai entouré de soldats, de simples sbires de bas étage, en somme.
« Il a l'air louche. Tuez-le », lança l'un d'eux tandis qu'un autre dégainait son épée.
Je baissai immédiatement la tête, l'air soumis.
« J-je vous en prie, épargnez-moi, ayez pitié, s'il vous plaît— ! »
« —Dégage. »
Mes supplications furent vaines et une épée fendait déjà l'air pour mettre fin à mes jours.
Je soupirai et lui assenai un coup de pied.
La lame se brisa net et vola au loin dans un fracas métallique.
« —Quoi !? »
« Allez, vous auriez pu au moins dire "Il a l'air louche, capturez-le" », dis-je aux sbires qui restaient là, les yeux écarquillés.
« Mais de quoi tu parles, bordel !? »
« Tout ce que je voulais, c'était être un citoyen anonyme pris dans les tourments de la guerre civile. »
Un garçon ordinaire, injustement accusé et capturé.
Cependant, peu après sa capture, les soldats des forces d'occupation commencèrent à disparaître dans l'obscurité de la nuit. Lentement au début, puis de plus en plus, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que ce garçon sans nom et le commandement de l'armée.
Qui est donc ce mystérieux garçon ? Ça semble palpitant, n'est-ce pas ?
« Soyez sur vos gardes, il pourrait être dangereux... »
Les soldats qui m'entouraient dégainèrent tous leurs épées.
« Sérieusement, vous êtes déjà le 10e groupe. Ça commence à devenir pénible », marmonnai-je.
Un soldat, qui semblait être le chef, s'avança et déclara : « Dois-je croire que tu es responsable des récents assassinats de nos hommes ? Un gamin comme toi... peu importe, nous allons nous en assurer maintenant. »
« Trop tard. Ça ne fera pas de moi un garçon "sans nom" », dis-je à l'homme tout en lui tranchant la gorge avec mon épée de slime.
Son regard, celui d'une tête décapitée, se tourna vers le ciel. Le ciel éclairé par la lune, au-dessus d'une ruelle souillée par des éclaboussures de sang.
« D-démon ! Tuez-le ! »
« Hé, peut-être que j'aurai plus de chance avec le 11e... » murmurai-je après avoir éliminé les sbires avec nonchalance.
J'imagine que c'est ce que l'on ressent quand on est un assassin secret.
Le combat fut vite expédié et l'odeur du sang imprégna les environs. Je vérifiai mes vêtements.
Parfait. Pas une goutte dessus.
J'avais échoué dans mon objectif une fois de plus, mais j'avais réussi à glaner quelques indices au cours de l'échange.
Actuellement, cette capitale royale était occupée par une faction, et les hommes de cette faction se faisaient assassiner ces derniers temps.
Ce qui, en grande partie, était probablement mon œuvre.
Autrement dit, je risquais peut-être de me faire capturer sous le soupçon d'être un espion ou un assassin. Bien sûr, je resterais un simple figurant accusé à tort.
Si c'était le cas, j'aurais peut-être dû me tacher de sang après tout. Mais là encore, cela aurait pu paraître trop évident.
Je sortais de la ruelle en réfléchissant, quand je sentis plusieurs présences approcher.
Je déterminai leur nombre grâce au son et aux signatures de mana... sept, probablement des soldats.
Ils devaient être à la recherche de la bande que j'avais laissée là-bas.
« Oh, ça pourrait marcher. »
Je me laissai tomber sur le derrière devant la ruelle et attendis.
Bientôt—
« M-morts, dans la ruelle, ils sont... ! » Je pointai la ruelle du doigt et lançai d'une voix étranglée par la terreur, en m'assurant que les soldats étaient à portée d'oreille.
Je pris soin de paraître au bord des larmes, tel un figurant impuissant.
« Quoi !? Bon sang, ne me dis pas que... »
Les soldats s'engouffrèrent dans la ruelle.
« Merde ! Ça n'arrête pas ! »
« Putain, dès qu'on le chope, je te jure que je vais... ! »
« Hé, gamin ! T'as vu qui c'était !? »
L'un d'eux me hurla dessus alors que je faisais semblant d'avoir les jambes en coton.
« J-je, non... Je n'ai rien vu... » dis-je en tremblant comme un chiot effrayé.
« Toi, tu as l'air d'un étranger. » Le regard du soldat se fit perçant.
« O-oui. Je suis un étudiant de Midgar... »
« De Midgar, hein. Pourquoi quelqu'un comme toi se trouverait ici en ce moment... ? »
« J-je suis venu voir si un ami allait bien... Je vous le jure, s'il vous plaît, croyez-moi ! »
Le regard du soldat restait acéré.
« Très bien. Une dernière chose : pourquoi te promènes-tu dans les rues au beau milieu de la nuit ? »
« Je, euh, j'avais besoin de prendre l'air... »
« Prendre l'air, hein. Tu t'attends à ce que je croie que quelqu'un irait se promener pour le plaisir dans l'état actuel du pays ? Et ici, dans la capitale, qui plus est ? »
« C-c'est la vérité ! Attendez, ne me dites pas que vous me soupçonnez d'avoir causé tout ça !? Je, je ne pourrais jamais faire quelque chose d'aussi, d'aussi horrible ! »
« Hmph... » Après un dernier regard vers moi, le soldat tourna les yeux vers la ruelle. « Ils ont tous été tués d'un seul coup, les neuf... Tu as raison. Tu n'as pas le profil pour avoir fait tout ça, mais... montre-moi ton épée, quand même. »
« Oui, bien sûr. » Je lui présentai ma lame. En tant que figurant, je m'assure toujours d'avoir une épée ordinaire à la hanche.
« Du fer bon marché... et elle est propre. »
« M-me croyez-vous maintenant... ? »
« Je reconnais que les chances que tu les aies tous tués sont très faibles. »
« M-merci... »
« Mais tu restes un suspect, et le simple fait que tu sois ici est très louche. »
« Attendez, non... ! »
« Hé, attrapez-le ! »
« Allez, croyez-moi, je vous en prie ! Je ne suis qu’un simple civil, innocent et sans histoire ! »
Parfait. J’ai opté pour l’approche du figurant vaguement suspect et ça a marché comme sur des roulettes !
Je me suis félicité intérieurement alors qu’on me ligotait pour m’emmener de force.