Une des Quatre Grandes Maisons nobles, la famille Yakryeong, illustre lignée de médecins. Et j'en étais l'unique tache.
« Il paraît qu'elle a dépensé toute la fortune familiale en plantes médicinales rares, non ? »
« Même le chef de famille a dû aller quémander de l'argent au palais impérial... On dit que la maison est dans un état lamentable. »
« Une famille aussi prestigieuse, ruinée à cause d'une seule enfant bonne à rien ! »
Cette enfant, c'était moi.
Yeon Ryeong-hwa, la cadette vouée à mourir, qui venait de fêter ses sept ans.
« Cof, cof ! »
L'air du matin s'enfonça dans mes poumons, et mon estomac se retourna, comme si l'on venait de me ramener de force du seuil de la mort.
« Beurk, ça pue ! »
Hong-dan, ma servante personnelle, venait d'entrer dans la chambre et fronça aussitôt le nez de dégoût.
Elle ouvrit la fenêtre en grand, et la brise fraîche de ce début d'été s'engouffra dans la pièce.
« Pfff. »
Mon corps brûlait déjà de fièvre, et l'air froid me glaça encore davantage. Je me recroquevillai d'instinct.
Bam !
Hong-dan jeta plus qu'elle ne posa un bol de bouillie complètement froide près de ma tête.
« Mange. Ce serait fâcheux de devoir me débarrasser d'un cadavre un de ces jours. »
« ... »
Je remontai la mince couverture jusqu'à mes épaules sans rien répondre.
Hong-dan s'en moquait. Elle se mit tout de suite à fouiller ma chambre.
« Et si je mettais cette bague aujourd'hui ? »
Avant de partir à la recherche d'un remède à ma maladie, Père m'avait acheté toutes sortes de bibelots scintillants, sachant que je resterais seule. Mais en son absence, je n'avais pas le droit de sortir à ma guise, et ces objets ne signifiaient donc pas grand-chose pour moi.
« Elle me va à merveille ! Je prends celle-ci, Mademoiselle ! »
J'envisageai de lui dire non, puis y renonçai.
Inutile de gaspiller mes forces maintenant.
Mon état physique était au plus mal. Pour que mon corps m'obéisse comme je le voulais, je devais économiser jusqu'à la moindre parcelle d'énergie.
Une fois la bague au doigt, Hong-dan prit aussi un collier et se le passa autour du cou comme s'il lui appartenait. Elle tourna sur elle-même pour s'admirer dans le miroir de bronze.
« Ah, et assure-toi de finir le travail que le Jeune Maître t'a confié en moins d'un shichen. Il passera vérifier tout à l'heure. »
Elle n'a vraiment pas changé.
Ce n'est qu'après la fermeture de la porte que je relâchai lentement le souffle que je retenais, et que je me redressai.
Dans un coin de la pièce se trouvait une natte en bambou tressé, sur laquelle des plantes médicinales étaient éparpillées en désordre.
Trier les plantes selon leur espèce et leurs vertus. Voilà le travail qu'on m'avait confié. Ou plutôt, pour être exacte, que mes cousins m'avaient refilé. À un moment donné, ils avaient pris l'habitude de me faire porter leurs corvées, puisque personne ne se souciait de moi de toute façon.
Mais pour l'instant, j'avais plus important à faire.
Allons-y.
Tap, tap, tap.
Je trottinai de mes petits pieds et m'accroupis devant la natte. Je repoussai l'astragale séchée et les racines de réglisse jaunies, puis ne choisis que quelques plantes, celles qui étaient en parfait état.
« Hmm. Ça devrait suffire. »
Mes mains s'activèrent avec vitesse dans un bruissement. Je mis les ingrédients dans le petit mortier que j'avais caché dans un coin et je les pilai. Un doux raclement régulier résonna dans la chambre.
Cela devrait me tenir environ trois shichen, soit six heures.
Je roulai précipitamment le mélange en pilule et l'avalai d'un coup.
« Ugh... »
L'amertume me fit presque monter les larmes aux yeux, mais je parvins à tout avaler.
Ensuite, je sortis du fond de l'armoire un petit baluchon de tissu. Il contenait l'outil indispensable que tous les membres de la famille Yakryeong devaient porter sur eux : plusieurs fines aiguilles d'argent, soigneusement alignées.
Je les pris et me plaçai devant le miroir de bronze fêlé, dans le coin de la pièce.
Mon reflet y apparut. Une petite fille d'une maigreur effrayante, au visage blême à force de tousser, aux lèvres sans couleur. Un visage si familier que j'en étais lasse.
Je saisis une aiguille.
Tap.
En me fiant au miroir, je repérai le point d'acupuncture exact et y plantai l'aiguille. Pendant un instant, j'eus l'impression de ne plus pouvoir respirer. Puis, petit à petit, le souffle coincé au fond de ma poitrine commença à s'échapper.
« Haa. »
Après avoir expiré brièvement, je regardai la petite fille dans le miroir et laissai échapper un reniflement tranquille.
Vous vous demandez sans doute comment je pouvais faire une chose pareille à seulement sept ans.
La réponse était simple : ce n'était pas la première fois. Car...
« ... Me revoilà. »
J'avais connu la régression. Pas une fois, pas deux, mais dix.
Le Royaume de Cheonmyeong, protégé par les Quatre Bêtes divines.
Il y avait ici quatre grandes maisons nobles, chacune héritière du pouvoir de l'un des Quatre Dieux tout-puissants.
La famille impériale de Cheonmyeong, qui servait le Tigre Blanc.
La famille Geomcheon, qui servait le Dragon d'Azur et que l'on appelait l'épée de la famille impériale.
La famille Jeokhyeon, qui servait l'Oiseau Vermillon et étudiait les principes du monde.
Et la famille Yakryeong, illustre lignée de médecins qui servait la Tortue Noire et soignait les gens.
Parmi elles, les Yakryeong formaient une maison stricte et droite, qui plaçait l'intégrité et l'honnêteté au-dessus de tout. Pourtant, la fortune de la famille avait commencé à décliner de façon notable, à cause d'une seule cadette atteinte d'un mal incurable.
Malgré tout, j'avais survécu. Je devais la vie aux ingrédients médicinaux les plus rares au monde, ceux que Père parvenait à me procurer.
Le seolhoncho, une herbe qui ne poussait, disait-on, qu'au cœur de la Crête des Neiges Glacées, là où les mains et les pieds gèlent jusqu'à devenir de pierre. Le jeokhyeolgeun, une racine qui prenait racine, disait-on, sous une terre imbibée de sang. Et même des ingrédients que la famille impériale elle-même avait du mal à se procurer. Grâce à eux, j'avais échappé à la mort un nombre incalculable de fois.
Je n'avais jamais guéri complètement, mais, par je ne sais quel miracle, j'arrivais à continuer de respirer.
Et c'est ainsi que, m'accrochant à la vie jusqu'à mes dix-sept ans...
« Mademoiselle, de terribles nouvelles nous parviennent du champ de bataille... »
J'appris la mort de mon père.
La salle des funérailles baignait dans un silence glacial, mais ce silence tenait plus du dégoût que du deuil.
« Au fond, tout ça, c'est à cause de cette enfant... »
« Il s'est jeté sur un champ de bataille aussi dangereux rien que pour sauver une malade... »
Chaque accusation murmurée dans mon dos m'était destinée.
Je m'effondrai devant les cendres de mon père, secouée de sanglots déchirants. Mieux que quiconque, je savais que leurs mots n'étaient pas tout à fait faux. Père serait allé n'importe où pour me procurer un remède. À cause de cela, il n'avait jamais remarqué les mauvais traitements que m'infligeait mon oncle, Yeon So-taek. Il avait non seulement dilapidé la fortune familiale, mais aussi négligé sa propre santé.
Père n'avait pas d'autre enfant. J'étais sa seule descendante directe, la seule à pouvoir hériter de son rang. Mais j'étais une fille bonne à rien, condamnée à mourir et incapable de devenir médecin un jour. Lorsque j'avais compris que, si moi, sa fille défaillante, je ne devenais jamais médecin, Père perdrait lui aussi le droit de devenir le prochain chef de famille, je n'avais plus pu rien lui demander.
Je dois guérir.
C'était la seule chose à laquelle je pensais. Il fallait que je prenne les remèdes que Père m'envoyait et que je guérisse. Ainsi, je n'aurais plus à être un fardeau pour lui.
Mais mon corps trahissait toujours la volonté de Père comme la mienne. À force de passer mes journées seule dans cette chambre exiguë, à subir sans cesse les insultes de mon oncle Yeon So-taek, j'avais fini par me tourmenter moi-même.
C'est ma faute. J'étais les chaînes de mon père. J'étais celle qui l'avait conduit à sa mort. Si Père n'avait jamais mis au monde quelqu'un comme moi...
Pas après pas, l'ombre de Yeon So-taek s'étendit sur moi tandis que je sanglotais, comme si j'allais me briser. Son mépris tranchant me transperça, comme toujours.
« Sais-tu comment ton père est mort sur le champ de bataille ? »
Il parlait entre ses dents serrées.
« Il paraît qu'il t'a maudite jusqu'à son dernier souffle. »
Mon cœur se serra. Je levai vers lui un regard vide.
« Il a dit que sans toi, rien de tout cela ne serait arrivé... Il est mort misérablement, en te regrettant. »
Il pencha la tête et me murmura doucement à l'oreille.
« Il est mort. À cause de toi. »
« Ah... »
Les larmes accumulées au coin de mes yeux débordèrent et roulèrent sur mes joues, sans que je puisse les retenir.
« Pa... pardon... »
J'eus à peine la force de le murmurer.
« Pardon... pardon... snif, snif... »
Mais mes excuses ne trouvèrent personne pour les recevoir. Elles se dispersèrent simplement dans la fumée qui montait des bougies veillant les morts.
Épuisée d'avoir tant pleuré, je finis par perdre connaissance.
Combien de temps s'était-il écoulé ? Soudain, j'ouvris les yeux en sentant un vent aigu me cingler la peau.
« ... ! »
Chhhk.
À cet instant, un métal froid se posa contre ma nuque. Une lame d'épée.
Le sommeil me quitta d'un coup, et je me redressai en esquivant la lame. Quand je relevai la tête, un homme familier se tenait devant moi. Cheveux roux, yeux rouges, et une peau blanche, sans le moindre défaut, qui faisait ressortir davantage ces couleurs flamboyantes. Ses lèvres s'étiraient en un doux sourire.
« Bonjour, Yeon Ryeong-hwa. »
« ... Toi. »
Mon seul et unique fiancé. Jeok Yeon-hu. Il avait été le seul réconfort de ma vie de fille défaillante et mourante. Quand j'avais eu dix ans, il était apparu comme par miracle à mes côtés, à moi qui avais toujours été seule. Il était la seule personne à être restée près de moi et à m'avoir appris ce qu'était la chaleur humaine.
« À propos de ton père. »
Un doux sourire se dessina sur les lèvres de Jeok Yeon-hu.
« Il s'est inquiété pour toi jusqu'à la fin. »
« Quoi... ? »
Je n'arrivais pas à le croire.
« On m'a dit qu'il était mort en me haïssant... »
Voilà pourquoi, même avec une épée contre la nuque, je murmurai bêtement ces mots.
« Heh... »
Jeok Yeon-hu tordit le coin de sa bouche en ricanant.
« Je l'ai vu de mes propres yeux. »
À cet instant, j'eus l'impression que mes pensées s'étaient arrêtées net. Mon esprit se vida.
« C'est moi qui l'ai tué. »
Il me regardait droit dans les yeux, d'un regard d'une douceur effroyable, même à ce moment-là.
« Dis-moi. Tu crois vraiment que tu étais condamnée à mourir dès le départ ? »
Je ne pus répondre. Ses lèvres s'incurvèrent en un nouveau sourire, comme si la situation l'amusait énormément.
« Qu'est-ce que... ça veut... »
Jeok Yeon-hu ne donna aucune autre réponse. Il tourna simplement un peu le poignet.
Swiiish !
À l'instant suivant, un arc rouge zébra ma vision. La réalité, jusque-là semblable à un rêve, se remplit soudain d'une douleur vive. Quelque chose de brûlant se répandit depuis ma nuque, et le monde s'effaça peu à peu.
« Ah ! »
Je rouvris les yeux. Je me redressai précipitamment et regardai autour de moi. Tout m'était horriblement familier. Ma chambre, où j'avais passé toute ma vie. La douleur qui broyait tout mon corps. Et, dans le miroir de bronze, le reflet de moi à sept ans.
« Suis-je... revenue dans le passé ? »
Telle fut ma première régression.