Chapitre 783
Chapitre 0741 — Les obstacles à la domination du monde
Traducteur : Jay_Forestieri
Éditeur : Tseirp
Le Skidbladnir quitta la ville de Borne le lendemain matin.
Il semblait qu’ils avaient attiré l’attention d’un être gênant, mais ni Son Altesse le Premier Duc ni Sa Majesté le roi n’étaient du genre à se tourmenter pour si peu, du moins pas à ce stade.
« Après tout, il n’y a guère plus gênant qu’Abel. »
« Si on organisait un vote, le résultat dirait probablement que Ryo est plus gênant que moi. »
« Tu vas donc acheter les voix pour me coincer ! Rien d’étonnant de la part du maléfique roi Abel. »
« Ouais, je pense qu’on obtiendrait ce résultat sans même avoir à soudoyer qui que ce soit. »
Le pont où les deux hommes passaient leur temps était aussi paisible que d’habitude.
Dans un coin, les chevaliers s’entraînaient à l’épée tandis que l’équipage s’affairait.
Abel, qui s’était exercé à l’épée jusqu’à l’instant, lisait à présent un livre, tandis que Ryo examinait les formules magiques gravées sur une tablette de glace.
« Ce sont les formules magiques du cercueil… enfin, de la boîte où se trouve Regna-dono ? »
« Oui. Comment l’avez-vous deviné ? »
« Parce qu’il y a beaucoup de caractères qui me sont inconnus. »
« Exactement. Je n’y comprends absolument rien. »
Ryo répondit avec un sourire.
Et même un grand sourire.
« Pourquoi souris-tu alors que tu n’y comprends rien ? »
« Hein ? Pourquoi ? Parce que c’est amusant, alors forcément, je souris. »
« Amusant ? Mais tu n’y comprends rien, non ? »
« C’est justement ça qui est amusant. »
« … Je vois. »
Ryo répondit en gardant son sourire, et Abel accepta son explication sans vraiment la comprendre.
« C’est justement ça qui est amusant »… Quand on devient vraiment exceptionnel dans plusieurs domaines, on finit par ressentir cela.
À l’inverse, dès qu’on en arrive à penser ainsi, on peut considérer qu’on est devenu un expert dans ce domaine.
On peut même compter parmi les meilleurs.
En Alchimie, Ryo commençait à entrer dans la catégorie des experts.
Quant à la Magie de l’attribut eau, il comptait probablement parmi les meilleurs au monde.
Et en Alchimie aussi, il avait atteint un haut niveau… On pouvait le dire, n’est-ce pas ?
Bien sûr, Ryo lui-même n’en avait pas conscience.
Il ne devenait donc jamais arrogant.
C’était parce qu’un génie de l’Alchimie nommé Kenneth Hayward se trouvait toujours à proximité.
Continuer à progresser sans jamais s’enorgueillir… voilà qui était une chance.
« Je crois que le plus grand désir de l’humanité est de tout découvrir dans ce monde, de révéler l’ensemble de la création. Quand j’y pense, il faut absolument que je devienne capable de déchiffrer même une formule magique comme celle-ci ! »
Ryo affichait un sourire radieux, le visage débordant d’enthousiasme.
« Tout découvrir dans ce monde… C’est une ambition de taille. »
« Toi aussi, tu es comme ça, non, Abel ? »
« Moi ? Je n’ai jamais songé à posséder tout ce qu’il y a au monde. »
« Le roi Abel doit vouloir tout obtenir dans le monde. Tu rêves de conquérir le monde. »
« Non, je n’ai aucune ambition de ce genre. »
« Maintenant que tu es roi, tu as forcément eu cette ambition au moins une fois. »
« Jamais. »
Ryo poussa Abel à conquérir le monde, mais celui-ci garda un bon sens remarquable.
Les tentatives de Ryo pour le tenter prirent toutes les formes…
« Le Pays du Crépuscule doit être l’adversaire le plus redoutable pour qui veut conquérir le monde. »
« Ouais… Ça me semble impossible, non ? C’est un pays de vampires. »
« C’est vrai. Allions-nous au Pays du Crépuscule et faisons en sorte qu’ils ne deviennent pas nos ennemis. Je m’occuperai des négociations le moment venu. Laisse-moi faire. »
« O-oui… Je compte sur toi, alors… Non, attends ! On ne va pas conquérir le monde, à la base ! »
« On y était presque. J’ai failli réussir… »
Les efforts de Ryo pour l’inciter avaient échoué.
Ce paisible voyage à bord du Skidbladnir se poursuivit jusqu’au matin du deuxième jour après leur départ de Borne, lorsqu’ils arrivèrent au large de Hosoina, la capitale de l’Émirat de Bardael.
Mais contrairement au paisible Skidbladnir, la scène qui s’offrait à eux était…
« Des patrouilleurs… Il y en a vraiment beaucoup. »
« C’est assez intimidant. »
« Borne a déjà dû signaler que nous avions sauvé la ville. Nous devrions donc pouvoir entrer au port sans problème. »
Abel et Ryo inclinèrent la tête, perplexes devant le nombre impressionnant de navires qui semblaient être des patrouilleurs, tandis que la capitaine Paulina affichait elle aussi un air perplexe.
L’un des nombreux patrouilleurs repéra bientôt le Skidbladnir et s’approcha.
« Arrêtez votre navire. Ici le patrouilleur de l’Émirat de Bardael. Vous allez vous soumettre à une inspection de votre navire. »
La voix parvint jusqu’au pont du Skidbladnir, comme elle l’avait fait à Borne.
« J’imagine qu’ils essaient de crier le plus fort possible… »
« C’est encore plus difficile à comprendre qu’à Borne. »
« Ils ont peut-être été appelés à la dernière minute depuis un autre service et ne sont pas habitués à ce travail. »
« Nous sommes au large de la capitale, non ? En temps normal, une unité d’élite serait affectée ici. »
« Peut-être que les meilleurs ont été envoyés ailleurs, là où la situation est encore plus difficile… »
Abel et Ryo échangèrent des remarques plutôt désinvoltes.
Il était vrai, toutefois, que la voix était plus difficile à comprendre que celle du patrouilleur de Borne…
Le Skidbladnir accepta la demande d’arrêt du patrouilleur.
L’un des deux patrouilleurs vint se placer le long du navire, et cinq agents montèrent à bord.
Jusque-là, la situation était identique à celle de Borne.
« Je suis Lexisadou, capitaine de la quarantième unité de patrouille de l’Émirat de Bardael. »
« Merci pour votre service. Je suis Paulina, capitaine du Skidbladnir, navire du Royaume de Knightley. »
Ils se présentèrent l’un à l’autre.
Tout en observant la scène à distance, les deux hommes échangèrent à voix basse, de sorte que personne d’autre ne puisse les entendre.
((Ils ont dit la quarantième unité de patrouille.))
((Celle de Borne était la troisième, pas vrai ?))
((Comparé au capitaine Nau, l’autre fois, le capitaine Lexisadou est assez jeune.))
((Et les quatre autres qui sont montés avec lui… eux aussi sont jeunes.))
((Ils ont donc vraiment été appelés d’ailleurs…))
((C’est possible.))
Abel finit par accepter la théorie de Ryo.
Paulina remit les papiers de l’équipage au capitaine Lexisadou.
« Je vais examiner les papiers de l’équipage. »
Lexisadou annonça cela et se mit à les vérifier. Il avait franchement l’air peu habitué à la procédure.
Pendant ce temps, les quatre autres agents montés à bord ne cessaient de jeter des regards autour d’eux.
Comme à Borne, ils ne se déplaçaient pas.
Ils restaient immobiles, mais…
((Leur façon de regarder autour d’eux est manifestement suspecte.))
((… Tu trouves ?))
((Oui. Ça se voit.))
((Malgré tout, je ne pense pas qu’ils vont nous arrêter soudainement.))
((Hein…))
((Ryo, c’est ce que tu étais sur le point d’imaginer, pas vrai ?))
((Merde… Abel, le rabat-joie ! Tu vas même écraser mes brillantes divagations ?))
((Je ne vois pas ce qu’elles ont de brillant.))
Les deux hommes poursuivirent leur conversation.
Pourtant, même de loin, on voyait clairement que Paulina avait pris un air sombre.
Elle ne se disputait pas avec l’unité de patrouille.
Au contraire, le capitaine Lexisadou avait l’air désolé.
Au bout d’un moment, les agents redescendirent du navire, regagnèrent leur patrouilleur et partirent inspecter un autre bateau.
Paulina s’approcha d’Abel.
« Il s’est passé quelque chose, capitaine ? »
« Oui, Votre Majesté. Je vous prie de m’excuser. Il semblerait que nous devions attendre un certain temps avant de pouvoir entrer au port. »
Paulina lui fit son rapport, l’air contrarié.
« Vous n’avez pas à vous excuser, capitaine. Que s’est-il passé ? »
« L’unité de patrouille ne m’a pas donné de détails, mais… il paraît que l’émir est parti en guerre, et que la situation est liée à cela. »
« L’émir est parti en guerre ? Le seigneur Chukudy, à Borne, n’a rien dit de tel, si ? »
« Non, Votre Majesté. Je n’en avais pas entendu parler non plus. »
Paulina secoua la tête en réponse à la question d’Abel.
Ryo secoua lui aussi la tête en silence.
Au cours des deux derniers jours, un changement majeur avait dû survenir, au point que l’émir lui-même soit contraint de partir en guerre.
« Si l’émir est parti combattre, qui dirige la capitale ? »
« Apparemment, c’est le prince héritier. »
« Hmm… Dans ce cas, les formalités devraient pouvoir se poursuivre sans problème, mais… »
Abel observa les navires qui les entouraient.
Le Skidbladnir était arrivé le matin, ce qui lui avait permis de passer l’inspection relativement tôt.
Mais, entre-temps, des navires avaient continué d’arriver au large, les uns après les autres… et la situation commençait à ressembler à un embouteillage.
« Il y avait aussi beaucoup de patrouilleurs… »
« Les formalités prennent peut-être trop de temps à l’intérieur du port. Aucun navire n’y est encore entré. »
« Ouais… C’est pour ça que ça s’accumule au large. »
Abel et Ryo secouèrent légèrement la tête.
« On n’y peut rien. Nous avons terminé les formalités. Capitaine, attendons patiemment. »
« Entendu, Votre Majesté. »
Finalement, le Skidbladnir n’entra au port qu’en soirée.