Chapitre 832
Dix minutes après leur arrivée, quelqu'un apparut devant eux, une silhouette dominant Alan du haut de ses quatre mètres. Il était massif, mais impossible de déterminer sa race à cause de sa cape magique.
Il s'inclina et leur fit signe de le suivre. Alan et les autres s'exécutèrent, marchant derrière l'homme. Celui-ci les guida hors de la place du marché, s'enfonçant toujours plus loin dans la ville. Durant tout ce temps, ils n'eurent d'autre choix que de rester silencieux, à l'image de la ville entière.
Les lumières, la foule qui les frôlait, rien ne produisait le moindre son. Même les boutiques, grouillantes de monde... pas un bruit. C'était sinistre et oppressant, surtout pour eux.
Impossible d'y échapper, un tel silence était inédit. Même en dormant, le corps émet des sons, l'environnement en produit, quoi qu'il arrive, le son fait partie de la vie, et là, ils en étaient privés.
Ils ne l'avaient pas remarqué à leur arrivée, trop anxieux et excités à l'idée de découvrir ce nouveau monde, mais en entamant le trajet vers leur logement, la réalité les frappa de plein fouet.
Ils n'entendaient pas leur propre respiration, pas leurs pas, pas le froissement de leurs vêtements, pas les battements de leur cœur, pas même leur déglutition nerveuse.
C'était l'opposé d'une surcharge sensorielle, c'était une privation totale. Les humains, comme toutes les autres espèces dotées des cinq sens, négligent l'ouïe ; après tout, quand on peut voir le monde entier, la vue prend le pas sur tout le reste.
Ils pouvaient voir, goûter, sentir le sol sous leurs pieds, mais en l'absence totale de son, de la moindre vibration… c'était désorientant. Incroyablement désorientant. Leur sens de la réalité se délitait.
Maxwell fut le premier à flancher, soutenu de justesse par Alexander, qui parvenait tant bien que mal à tenir. Emma suivit, rattrapée par Edward, luttant désespérément contre cet environnement. Alice, Olivia et Sabrina furent les suivantes. Kazikato les maintenait, mais il peinait lui aussi à rester debout.
Ce n'est que lorsqu'Alan déploya son propre mana pour les soutenir manuellement qu'ils purent reprendre une allure normale. L'homme en tête avait ralenti dès qu'ils avaient commencé à vaciller, et même les passants s'étaient approchés pour aider, mais Alan les avait devancés.
Ce n'était pas qu'il n'était pas affecté par ce silence ; il l'était, c'était tout aussi perturbant pour lui, mais il s'était arraché la langue pour combler ce vide par la douleur. Il avait ensuite renforcé ses sens grâce à sa Perception du Mana, ce qui lui permettait de supporter l'environnement.
Il avait voulu expliquer à Sabrina comment contrer cet effet en s'infligeant une douleur, mais même le Lien Astral était inutile ici. Tout était bloqué, comme toute autre forme de communication. Bien qu'il se doutât que personne n'aurait trouvé la solution par lui-même.
Enfin... même s'ils l'avaient trouvée, il doutait que l'un d'eux soit assez fou pour se trancher la langue avec les dents comme lui. Sa régénération l'avait grandement aidé dans cette décision.
À tel point qu'il continuait de le faire... juste pour maintenir la douleur constante.
Mais pas la moindre petite entaille ? Il ne savait pas que les membres de son groupe avaient si peur de la douleur.
Après un moment, ils arrivèrent devant ce qui semblait être une auberge, avec une porte si basse qu'Alan devrait ramper pour passer, sans parler du géant qui les guidait. Alan fut soulagé d'être arrivé... car il commençait à manquer de place dans sa bouche.
Cependant, comment allaient-ils passer par cette porte ?
« Oh, c'est comme ça... »
Alan observa avec stupéfaction les matériaux de la porte se transformer en un liquide visqueux, s'étendant suffisamment pour laisser passer le géant, puis tout le monde. L'homme les pressa d'entrer, attendant sur le seuil.
Les autres entrèrent, guidés par Alan, et attendirent que l'homme les suive. Alan comprit alors qu'ils étaient dans un ascenseur. La porte se referma, et il sentit une forme de magie spatiale les transporter. C'était plus lent qu'un portail, mais cela avait pour effet de réduire et d'agrandir l'espace entourant l'objet.
« Intéressant... »
Il n'en voyait pas l'utilité immédiate, mais c'était bon à savoir. Il se demanda pourquoi ils s'embêtaient avec tout ce cirque au lieu de simplement créer un portail...
Le mouvement cessa et la porte s'ouvrit sur le salon d'une villa, à quelque distance du port. L'homme entra le premier, suivi par le groupe. Dès qu'ils furent à l'intérieur, le silence disparut et chacun put entendre à nouveau.
« Vous êtes libres de faire ce que vous voulez dans ces résidences privées. »
Il se tourna vers Alan, s'inclina profondément et s'en alla. Tout le monde s'effondra au sol, tandis qu'Alan cherchait une poubelle dans ce salon au style médiéval.
« Comment... comment t'as fait pour tenir ? »
demanda Alexander, peinant à rester debout. Alan trouva la poubelle et vida le contenu de sa bouche.
« Je me suis mordu la langue plusieurs fois, la douleur m'a permis de tenir. »
Les yeux d'Alexander s'emplirent d'horreur en voyant plusieurs langues tomber dans la poubelle, et son estomac ne put le supporter plus longtemps.
« Espèce de... espèce de taré ! Beurk ! »
Il vomit tout ce qu'il avait dans l'estomac, suivi par le reste du groupe. Le manque de son était une chose, mais la vision atroce de six langues jetées à la poubelle, accompagnées de pleines bouches de sang, avait été le coup de grâce.
Alan les regarda tous vider leurs tripes avec dégoût et lança :
« Beurk, vous avez vraiment l'estomac fragile. Au moins, vomissez pas sur ce putain de sol... »
Il ramassa la poubelle et la leur tendit, ce qui ne fit qu'empirer la situation.