Chapitre 931
l'obscurité, confiné dans sa prison temporaire. C'était la sentence prononcée à son encontre après qu'il eut défié le Conseil et combattu les gardiens de l'Oracle.
En temps normal, un tel crime aurait justifié une punition bien plus sévère, pouvant aller jusqu'à l'exécution. Mais parce que Frey s'était rendu à la fin de la bataille, et parce qu'il était le fils de la Première Écrivaine, sa peine fut considérablement réduite.
Il passait la plupart de ses journées dans la solitude.
Seule Audrey venait lui rendre visite de temps à autre, bien qu'elle ne fût jamais autorisée à rester plus de quelques minutes.
Pourtant, grâce à elle, Frey restait parfaitement informé de tout ce qui se passait dans le monde extérieur.
Ses journées s'écoulaient dans une contemplation silencieuse.
De temps en temps, la douleur se lisait sur son visage, rappelant les blessures qu'il avait reçues lors de son affrontement contre l'ancien Premier Écrivain, Sandok, et les deux Écrivains qui s'étaient battus à ses côtés.
La bataille avait laissé des traces sur tout son corps.
Notamment une entaille profonde sur son épaule et une blessure par perforation près du côté droit de son abdomen.
« Comme on pouvait s'y attendre de la part d'un ancien Premier Écrivain... »
Frey laissa échapper un long soupir.
« Traiter avec quelqu'un comme lui n'est pas une mince affaire. »
Son regard dériva au-delà des barreaux de sa cellule.
La prison du Conseil ressemblait à un labyrinthe gigantesque, une cité construite uniquement pour enfermer toutes sortes de créatures imaginables.
Au-dessus de cette cité...
Haut dans le ciel de la prison...
Frey pouvait clairement voir un œil gigantesque qui observait tout sans relâche.
Il était argenté.
Rayonnant d'une lumière étrange et unique.
Si vaste que le simple fait de le regarder laissait un sentiment amer dans le cœur.
Son existence même était une forme de torture psychologique.
Chaque prisonnier savait qu'il était observé.
Frey reconnaissait naturellement cet œil.
Il appartenait à l'Écrivain qui gouvernait toute la prison.
Un homme impitoyable, intransigeant...
Et monstrueusement puissant, aussi.
Il était la véritable raison de l'état actuel de Frey.
La raison pour laquelle ses blessures le tourmentaient encore.
« Les blessures infligées par l'ancien Premier Écrivain sont assurément graves... »
Frey essuya le sang sur son épaule.
Du pourpre frais macula ses doigts.
La plaie continuait de saigner comme si elle avait été infligée il y a à peine une minute, au lieu de plusieurs jours auparavant.
« Comme on pouvait s'y attendre du Seigneur de la Prison... »
« Ses capacités sont tout sauf ordinaires. »
Le Seigneur de la Prison était lui-même un Écrivain.
Sa Rune ne ressemblait à aucune autre, permettant à son éther de se lier à ses cibles et de rendre toute guérison absolument impossible.
Toute blessure qu'il infligeait restait ouverte à jamais, saignant sans fin jusqu'à ce que la victime meure...
Ou devienne trop faible pour continuer à se battre.
Chaque jour, Frey était contraint de dépenser une quantité énorme de force simplement pour rester en vie.
Simplement pour éviter de se vider de son sang.
Pourtant, malgré les innombrables flaques de sang imbibant le sol de sa cellule...
Ni ses blessures...
Ni cet œil colossal au-dessus de lui...
N'étaient ce qui le préoccupait le plus.
Il y avait autre chose.
« Lea... »
« Quel genre de futur m'as-tu montré... ? »
Frey fronça profondément les sourcils.
Avant que la bataille n'ait commencé, il avait demandé à l'Oracle de révéler son propre futur.
Parmi les Écrivains...
Une telle requête était absolument interdite.
Si ne serait-ce qu'une seule personne utilisait le pouvoir de l'Oracle pour altérer son propre destin, les conséquences se répercuteraient sur le sort de tous ceux qui l'entouraient.
C'était précisément pour cette raison que l'Oracle et ses prophéties étaient traitées avec une telle prudence.
Les Écrivains utilisaient ses visions uniquement pour se préparer aux désastres imminents.
Rien de plus.
Frey avait brisé cette règle.
Il avait vu son propre futur.
Et personne ne s'en était rendu compte.
Lea n'avait jamais refusé sa requête.
Elle lui faisait une confiance absolue.
Pendant que Frey occupait ses gardiens en les combattant, Lea lui avait secrètement transmis les visions de son futur sans que personne ne s'en aperçoive.
Le temps nécessaire pour compléter la prophétie...
Était exactement le même que celui qu'avait duré son combat contre les gardes.
Au moment où il obtint ce pour quoi il était venu...
Il se rendit de son plein gré.
Son plan avait réussi.
Tout s'était déroulé exactement comme il l'avait prévu.
Tout...
Sauf une chose.
« Lea... »
Frey fut pris de sueurs froides.
« Au nom du Créateur, qu'est-ce que tu m'as montré... ? »
Il ferma les yeux hermétiquement, se forçant à revivre la prophétie une fois de plus.
L'Oracle l'avait transmise sous forme de fragments épars.
Certaines scènes étaient limpides.
D'autres étaient vagues, déformées et impossibles à comprendre pleinement.
Le plus gros problème n'était pas seulement le contenu de la prophétie...
Mais sa chronologie.
Frey n'avait aucune idée du moment de son futur auquel ces visions appartenaient.
Se réaliseraient-elles dans un mois ?
Un an ?
Dix ans ?
À quelle distance dans le futur se trouvaient-elles ?
Il n'avait aucune réponse.
Tout ce qu'il pouvait faire, c'était rejouer les visions encore et encore dans son esprit.
Le second problème résidait dans leur nombre.
Lea ne lui avait pas montré une seule prophétie.
Elle lui en avait montré plusieurs...
Toutes en même temps.
Après avoir rassemblé ses pensées, Frey se retrouva une fois de plus à revivre la première vision.
« J'ouvre les yeux... »
« Et je me retrouve à marcher à travers une mer infinie de brouillard dense. »
« Il émousse mes sens. »
« Aveugle ma vision. »
« Une brume plus dangereuse que tout ce à quoi j'ai jamais fait face. »
« Au-dessus de moi s'étend un ciel sombre et sans vie. »
« Des étoiles éparses y brillent. »
« Contrairement au brouillard, les cieux restent parfaitement clairs. »
« Ils ne me troublent jamais. »
Chaque fois qu'il entrait dans la vision, Frey parcourait ce même chemin.
Encore.
Et encore.
Jusqu'à ce qu'il atteigne enfin le cœur du brouillard.
Le sommet même de la dévastation.
« Au moment où je pénètre dans ses profondeurs... »
« La brume commence à se rassembler. »
« Elle se condense en une figure colossale. »
« Un monstre plus grand que tout ce que j'ai jamais vu. »
« Son corps est si énorme qu'il atteint les cieux sombres eux-mêmes. »
« La créature lève ses deux bras massifs... »
« Puis saisit le ciel... et l'étreint. »
« Les cieux résistent. »
« Les étoiles éclatent d'une lumière éblouissante, frappant désespérément le monstre. »
« Pourtant, les mains de brume resserrent leur étreinte. »
« Jusqu'à ce que, finalement... »
« Le ciel lui-même soit emprisonné. »
« Cette magnifique nuit étoilée disparaît. »
« Même elle est avalée par le brouillard. »
D'en bas, Frey regardait la lutte titanesque se dérouler.
Impuissant.
Totalement insignifiant.
Comparé à ces géants...
Il n'était rien.
Comment un simple individu pouvait-il se comparer aux cieux eux-mêmes ?
Ou à un monstre assez vaste pour tenir le ciel entre ses mains ?
« À l'instant où il capture le ciel... »
« La créature baisse la tête. »
« Ces yeux dorés sombres se posent sur moi. »
« Des yeux si immenses qu'ils font paraître des planètes entières minuscules. »
« Je me retrouve incapable de bouger. »
« Tout ce que je peux faire, c'est rester figé... »
« Tandis que le géant de brume descend vers moi. »
La vision s'arrêtait là.
Au moment où le brouillard saisissait les cieux...
Et tournait son regard vers Frey.
Il avait interprété ce qu'il avait vu de mille manières différentes.
Le symbolisme de la brume n'était pas difficile à comprendre.
Elle représentait clairement les Seigneurs de la Brume.
« Mais un être de cette envergure... »
murmura Frey doucement.
« Il n'existe qu'une seule entité qui pourrait posséder une telle présence écrasante... »
Même s'il détestait l'admettre...
Un seul être correspondait à cette description.
La Dévastation Pâle.