Chapitre 63
« Et c’est ainsi que je suis devenu un Souverain. »
Après avoir achevé son récit, Nemur prit une gorgée dans sa tasse.
Durant tout ce temps, je ne l’avais pas interrompu.
« Alors ? »
Bien que je puisse deviner ce qu’il attendait de moi, je devais jouer mon rôle.
Nemur s’éclaircit la gorge, comme si la discussion venait de prendre une tournure sérieuse pour lui.
« Pour que tu possèdes un tel niveau de compréhension de la mécanique du mana... il a forcément dû y avoir une source pour t’aider. »
Nemur se pencha sur la table, ses yeux ne me quittant pas un instant.
« Parle-moi d’elle. »
« Et quelle raison as-tu de soupçonner que j’ai reçu une aide extérieure ? »
Je dis ce que je pensais.
« Tu pourrais bien te tromper dans tes suppositions. Je suis né avec une bonne maîtrise du mana, ce qui m’a permis d’en avoir une excellente compréhension. »
Ma réponse était calculée.
Je devais creuser pour obtenir plus d’informations.
Jusqu’où cet homme m’avait-il espionné ? Que savait-il d’autre sur moi ?
« Hé, gamin. »
La voix de Nemur se fit plus grave.
« J’ai été bon avec toi parce que tu es un étudiant prometteur. Mais ne confonds pas ma bienveillance avec de la faiblesse. »
Je le fixai sans ciller.
« Et ne confonds pas non plus ma politesse avec de l’incompétence », répliquai-je sur le même ton, tout en me penchant à mon tour sur la table.
Le visage de Nemur n’était qu’à quelques centimètres du mien.
Il inclina le cou dans un angle peu naturel avant de reculer.
« Que veux-tu ? »
Il allait droit au but.
Je me contentai de secouer la tête.
« Nemur Daithra... tu te méprends lourdement sur la dynamique actuelle. »
Les yeux de Nemur s’écarquillèrent légèrement lorsque je l’appelai par son nom.
Bien que je voulusse lui faire croire qu’il avait l’avantage, le risque était grand.
Je ne pouvais pas perdre pied en jouant un jeu trop long.
Certaines batailles devaient se terminer rapidement... sous peine de dommages irréversibles.
« Je n’ai pas vraiment besoin de quoi que ce soit de ta part. C’est toi qui as besoin de mon savoir. »
Je posai les faits devant lui.
« Mais ta vie est toujours entre mes mains. »
Nemur savait qu’il s’agissait d’une menace dénuée de sens.
« Alors pourquoi ne la relâches-tu pas ? Inutile de te fatiguer les mains.
Mieux vaut les utiliser à des fins productives. »
« ... »
Je savais que je poussais ses limites.
Mais je devais paraître fort.
Pour que quelqu’un comme moi possède une connaissance aussi approfondie du mana, il fallait que ma maîtrise soit du même niveau...
Et pour qu’une personne m’ait aidé à atteindre un tel stade... je devais avoir un puissant protecteur.
Du moins, c’était l’hypothèse de base qu’un esprit supérieur pouvait déduire.
« Je peux t’aider. »
Dis-je, brisant le silence pesant.
Nemur ne dit rien, m’incitant à poursuivre.
« Tu souhaites améliorer ta propre maîtrise du mana... Est-ce la raison pour laquelle tu veux mon aide ? »
Il ne répondit pas.
« En tant que Souverain, tu possèdes déjà une excellente maîtrise du mana. »
C’était un euphémisme.
La maîtrise du mana d’un Souverain était bien supérieure à ce que je possédais dans mon état actuel.
Sans une telle maîtrise, il était impossible de devenir un Ancre sur laquelle le monde pouvait s’appuyer.
« Alors pourquoi en vouloir plus ? »
Il n’avait aucune raison de s’abaisser à négocier avec un gamin qui n’avait même pas un pour cent de son âge.
Qu’est-ce qui pouvait le pousser à mettre son orgueil de côté ?
Hein !
Essayait-il de...
« Je veux monter en rang. »
« ... »
C’était effectivement une possibilité, mais...
« Tu penses qu’utiliser ma méthode t’aiderait à évoluer ? »
Je ne pensais pas qu’améliorer sa maîtrise du mana, au-delà de son talent déjà monstrueux, fût une condition pour évoluer.
Pour devenir un Être Divin.
« Ce ne sera pas le cas. »
Alors...
« Mais je veux régler tous les détails avant d’évoluer. Ce n’est que lorsque je serai à ma force maximale que j’aurai la confiance nécessaire pour véritablement dépasser les limites de mon corps actuel. »
Ceci...
J’avais l’impression de ne plus avoir l’avantage sur lui.
Sa raison était peut-être importante, mais elle n’était pas désespérée.
Et je ne voulais pas risquer ma vie pour de simples profits.
Néanmoins...
Je pouvais encore en tirer un peu plus.
« Jusqu’où peux-tu aller pour obtenir mon aide ? »
Je lui posai la question sincèrement.
J’avais besoin de connaître ses limites.
« Tant que cela ne finit pas en combat contre les Souverains. »
Lâche !
Non pas que je puisse le blâmer.
Combattre les Souverains — même en étant soi-même un Souverain — était un risque bien plus grand que les récompenses potentielles.
« Restons simples.
Sois mon gardien jusqu’à ce que j’atteigne le rang Diamant. »
Nemur cligna des yeux une fois.
« Tu fais paraître cela simple. »
« C’est simple. »
Je gardai un visage impassible.
Bien qu’Arthur fût là pour me servir de bouclier...
Une protection supplémentaire ne ferait pas de mal. Et ma relation avec Arthur était un secret... il n’était pas nécessaire de l’exposer tant que ce n’était pas indispensable.
X serait en sécurité sous la protection d’Arthur, tandis que Kael aurait Nemur Daithra comme protecteur.
Nemur ne répondit pas immédiatement.
Être un gardien signifiait non seulement me protéger, mais...
Chacune de mes actions serait liée à Nemur, peu importe leur immoralité.
Que ce soit physiquement ou politiquement... nos images seraient liées l’une à l’autre.
J’obtiendrais un puissant protecteur, tout en gardant mon image intacte.
En tant que X, le monde serait contre moi...
Et en tant que Kael, je serais l’un des soi-disant défenseurs de la justice.
Les Souverains sont, après tout, les piliers de ce monde.
Ils sont la règle.
Ils sont la loi.
Personne n’associerait l’identité de X à quelqu’un comme moi, qui avait été pris sous l’aile de l’un des Souverains les plus bienveillants du monde.
Nemur Daithra...
Le Saint de Namda.
Il y avait un certain risque, mais pour quelqu’un comme lui, c’était gérable.
Du moins, c’était ce que Nemur devait penser.
Quant à savoir pourquoi je n’avais demandé une protection que jusqu’au rang Diamant, et pas au-delà ?
J’étais assez confiant pour gérer n’importe quoi le moment venu.
Au bout du compte...
Je n’étais pas seul.
J’avais une organisation criminelle à mon service.
De quoi aurais-je pu avoir peur, alors que...
L’Épée de la Fin se tenait derrière moi.