Chapitre 394
Prout !
Un autre corps s’écrasa au sol tandis qu’un homme blond avançait dans le couloir jonché de cadavres.
Le sang souillait le sol et les murs qui encadraient Arnold des deux côtés.
En essuyant le sang de sa lame, Arnold poursuivit sa route, le dégoût sur le visage.
Le fait d’avoir massacré tant d’innocents pour assassiner une seule personne lui soulevait le cœur.
Et… il y en aurait eu davantage si Remzi n’avait pas tiré quelques ficelles dans l’ombre pour réduire les forces postées près de sa cible.
Avancer discrètement ne relevait pas de son domaine d’expertise.
Il excellait dans le combat direct, et c’était précisément ce qu’il faisait à présent.
La sécurité autour de Matthew était solide, mais pas au point de représenter une véritable menace pour Arnold.
Matthew n’aimait pas être protégé en permanence. Par simple formalité, il n’avait donc conservé dans son manoir que les effectifs nécessaires.
C’était un choix stupide, mais pour Matthew… il s’agissait peut-être bel et bien d’une question d’orgueil.
Les noyaux d’Or, aussi puissants fussent-ils, ne faisaient pas le poids face à un combattant de rang Platine 5 comme Arnold, qui comptait parmi les meilleurs de son rang.
« Le voilà. »
D’après la carte que Remzi lui avait fournie, la pièce à droite devait être celle où Matthew passait généralement son temps.
Arnold voulait s’assurer de la présence de sa cible, mais utiliser sa Perception du mana aurait été contre-productif : Matthew aurait senti sa présence à son tour.
Arnold avait beau être sûr de pouvoir tuer Matthew… il n’avait aucune envie de prendre des risques inutiles.
Arnold se courba légèrement, puis s’accroupit avant d’avancer à pas feutrés.
Sa carrure imposante lui faisait quelque peu obstacle : ses pas étaient trop lourds pour qu’il puisse les étouffer complètement.
Mais, heureusement, presque tous les soldats du manoir avaient été tués, et les hommes de Remzi avaient déjà trafiqué la porte de la chambre de Matthew.
C’était la seule raison pour laquelle Matthew n’avait pas entendu ni senti le combat qui faisait rage dans tout le manoir depuis un bon moment déjà.
Pourtant, il avait beau y réfléchir, Arnold ne pouvait s’empêcher de trouver étrange la façon d’agir de Remzi.
S’il pouvait envoyer ses hommes trafiquer la porte de la chambre de Matthew, ne pouvait-il pas aussi envoyer des assassins compétents pour le tuer ?
Cela aurait épargné à Arnold toutes les difficultés qu’il rencontrait en ce moment.
Après l’assassinat de Matthew, Arnold aurait tout simplement pu en prendre la responsabilité.
Mais Remzi… il avait fallu que ce type se donne tant de mal pour lui refiler la tâche.
Arrivé près de la porte, Arnold la poussa doucement et…
Elle s’ouvrit.
Il se glissa par l’entrebâillement. Une vaste pièce s’offrit à lui, où Matthew était assis sur une chaise, le dos tourné vers la porte.
Les formations — ou quoi que Remzi ait bien pu mettre en place — semblaient avoir émoussé les sens de Matthew. Sinon, pourquoi un combattant de rang Platine 4 serait-il resté tranquillement assis alors que la porte de sa chambre s’ouvrait ?
Desserant sa prise sur son épée, Arnold détendit ses poignets, prêt à combattre.
Il aurait voulu annoncer son arrivée avec panache, puis tuer Matthew, mais même pour Arnold… ç’aurait été une décision stupide.
Il avança donc d’un pas tout aussi silencieux, réduisant la distance qui le séparait de Matthew, la lame prête à lui trancher la tête dès le premier coup.
« Quelque chose clochait, et devinez quoi… toute cette nuit avait sonné faux depuis le début. »
« … »
Les yeux écarquillés, Arnold retint son souffle ; ses pupilles se dilatèrent.
Matthew prit son temps pour parler, puis soupira. Il se leva de sa chaise avant de se retourner pour plonger son regard dans celui d’Arnold.
« J’aime fréquenter les gens, mais croyez-moi… recevoir la visite d’un homme en pleine nuit n’a rien d’agréable. »
Sur ces mots, Matthew se mit à marcher vers Arnold, une épée apparaissant dans sa main.
À première vue, la lame semblait ordinaire, mais Arnold n’était pas du genre à se laisser berner.
« Dites-moi… prince Levaith… en quoi puis-je vous aider ? »
Le sourire de Matthew ne disparut pas. Au contraire… il s’accentua, tandis qu’il remettait élégamment ses cheveux en place.
« M’aider ? Pas grand-chose… Je suis juste venu voir la tête du chien qui essaie de me flairer pour… faire plaisir à ses maîtres. »
Arnold fit circuler le mana dans son corps et commença à charger le circuit de son sort, tout en se rapprochant de Matthew.
« Un chien, hein… Ce mot ne convient pas à un traître, si ? »
FIOU !
CLANG !
« Crève, enfoiré ! »
Arnold rugit lorsque sa lame heurta celle de Matthew, faisant jaillir des étincelles entre eux.
« Je pourrais en dire autant de vous. »
Matthew répondit calmement. Pourtant, en y regardant de plus près, on voyait ses dents serrées tandis qu’il luttait de toutes ses forces pour ne pas céder dans l’épreuve de force.
Mais… un seul échelon d’écart au sein du rang Platine ne pouvait se combler par la seule détermination.
« Appelez vos renforts, vieux. Vous ne gagnerez pas contre moi. »
Arnold sourit en modifiant l’angle de son attaque. Le circuit de son sort était déjà formé, prêt à engloutir entièrement son adversaire.
« Voilà des ruses bien mesquines. »
Matthew ne se troubla pas en voyant un circuit de sort apparaître soudainement devant lui.
Au contraire, on aurait dit qu’il avait déjà calculé le combat dans son intégralité…
Après tout, Matthew était stratège avant d’être guerrier.
Et même stratège en chef.
« Laissez-moi vous montrer ce qu’est le vrai combat. »
Matthew leva la main gauche. Son propre sort s’était déjà matérialisé, et la forme de son circuit sembla faire comprendre quelque chose à Arnold : son sourire s’effaça aussitôt.
BOUM !