Chapitre 31
Julien me lança un regard interrogateur.
« J'ai du mal à voir », voilà ce que mon expression signifiait.
Embarrassé par son jeu d'acteur plus que médiocre, il prit une inspiration courte et esquissa un...
Sourire ?!
Était-il blessé ?
Aurais-je dû le féliciter ?
Alors que je songeais à consoler un peu Julien, le sol sous nos pieds trembla légèrement.
Un grondement sourd se fit entendre devant nous.
La montagne vibra tandis que la paroi rocheuse face à nous s'ouvrait de manière théâtrale.
Je scrutai l'intérieur pour apercevoir quelqu'un, mais ce qui s'offrit à mes yeux fut une autre porte immense.
Celle-ci était faite de métal.
Il fallait bien l'admettre : la porte était imposante.
D'un léger signe de tête, Arthur ouvrit la marche vers l'intérieur de la... montagne.
Lorsque nous arrivâmes à une dizaine de pieds de la porte, une autre barrière translucide apparut devant nous.
Quel frimeur.
Clic.
Au son d'une activation quelconque, la barrière vacilla une seconde avant de disparaître.
Nous ne bougeâmes pas davantage.
L'air à l'intérieur semblait un peu chaud. Cela devait être dû à l'espace confiné dans lequel nous nous trouvions.
Après ce qui sembla durer une minute, l'entrée de la montagne derrière nous se referma avec fracas.
Au même instant, une douzaine de lumières illuminèrent les parois intérieures de... quoi que ce soit que nous occupions.
Au début, cela m'éblouit un peu, mais bientôt, la vue d'ensemble se dévoila.
La porte devant nous s'élevait très haut, sans fin apparente.
Ne me dites pas qu'elle était directement reliée au sommet de la montagne.
C'était un tel...
Gaspillage de ressources !
Pourquoi construire une porte aussi immense si la base est pratiquement à l'intérieur d'une putain de montagne ?!
Haa.
Il est difficile de comprendre la psychologie des fous.
Tous, sans exception, avaient quelques boulons en moins.
Soudain, j'eus un mauvais pressentiment concernant cette rencontre.
Ma santé mentale était en grand danger.
Fuu.
Blague à part, pourquoi diable les portes n'étaient-elles pas encore ouvertes ?
« Contactez-le. »
Je me frottai le front, frustré. Tout ce numéro de frime n'avait-il pas suffi ?
Ces cinglés avaient-ils encore autre chose à montrer ?
Alors que le communicateur émettait un bourdonnement, une personne parla maladroitement. Et ce n'était certainement pas le n° 1.
« Hum... il y a eu un dysfonctionnement, veuillez patienter un instant. Cela sera bientôt résolu. Haha !
En fait, nous n'avons pas utilisé l'entrée principale depuis longtemps, alors elle semble s'être bloquée. »
"..."
"..."
"..."
Je commençais à regretter d'avoir recruté ces... abrutis !
Pourquoi diable nous faire venir ici ?
Je sortis une fiole de mon anneau de stockage et l'avalai d'un trait.
Haa... ça faisait du bien.
« Ah. C'est fait. Veuillez entrer ! »
Veuillez ?
Heh.
Où était passée son arrogance, à présent ?
On dirait que c'était vraiment un blocage.
Avec un bruit sourd, la porte s'ouvrit devant nous, et à l'intérieur, on pouvait voir un mini bataillon de gardes prêt à...
Nous accueillir.
Je fis un pas et m'avançai à l'intérieur.
Arthur et Julien jetèrent un bref coup d'œil aux soldats et marchèrent à mes côtés.
Suivi par un peu plus de cinquante hommes, j'avais l'air plutôt...
Cool.
Quelques chercheurs nous attendaient à l'entrée, arborant des expressions coupables sur leurs visages ingrats.
Huh.
Même ces fous avaient un semblant d'étiquette.
Mais l'individu qui les dirigeait...
Ce connard !
Le n° 1 se tenait là, le torse bombé, attendant que nous nous approchions.
Rien que de voir sa tête, j'avais envie de vomir. Quant à son apparence, inutile de la décrire.
Contentons-nous de l'appeler le n° 1.
« Le patron vous attend. Suivez-moi. »
Il nous jeta un regard rapide et s'éloigna sans se retourner.
Je ne fis aucun commentaire sur son comportement.
Ou plutôt, je n'en avais pas besoin.
« Dois-je l'éliminer ? »
Étonnamment, c'est Arthur qui prit la parole. Je m'attendais à une réaction de Julien, mais lui...
Julien marchait simplement, les épaules affaissées.
Que lui arrivait-il ?
Était-il contrarié par quelque chose ?
« Détends-toi, nous sommes les "invités" ici. » Je gratifiai Arthur d'un sourire significatif.
Le trajet fut long.
Cette installation était un véritable labyrinthe. Nous avions effectué près de trente-deux virages et la base principale était encore loin.
Ces gens n'avaient-ils pas des moyens de transport plus simples ?
Le bruit de nos pas résonnait dans les couloirs étroits, donnant l'impression d'une débandade.
Les gardes à l'entrée marchaient de chaque côté, la main posée sur la garde de leurs armes.
Ils étaient plutôt professionnels.
Même les criminels ont aujourd'hui le sens du devoir. Un spectacle vraiment rafraîchissant.
Après une vingtaine de minutes de marche, nous atteignîmes ce que l'on pouvait appeler la partie principale de l'installation.
La différence était flagrante.
Des lumières blanches inondaient toute la zone, donnant l'impression d'une journée ensoleillée.
Les murs étaient peints en blanc pur — un choix attendu pour un centre de recherche. Le sol était en marbre avec une finition vitrifiée.
Tout semblait haut de gamme. J'avais l'impression de pénétrer dans une multinationale pesant des milliards.
« La salle de réunion est par ici. »
Le n° 1 nous conduisit dans un coin calme. Arrivé sur place, il posa sa main sur le mur et un bip retentit.
Un scanner, peut-être.
Le mur se souleva du sol et vint se fixer au plafond comme un...
Putain de rideau de fer de magasin.
Ces types !
En entrant dans la pièce, je vis qu'elle était remplie de toutes sortes d'équipements.
Il y avait des lits dans chaque coin, équipés de machines de haute technologie.
C'était...
Effrayant.
Qui choisit un tel endroit pour une réunion ?
En me tournant vers le n° 1, je vis que le type s'était volatilisé.
Non.
Je pouvais voir son dos près d'une table.
Alors que je me dirigeais vers lui, je fus stoppé net par une paire d'yeux bleu-vert qui me fixaient.
Un homme d'une quarantaine d'années se tenait devant moi, un peu plus petit que moi.
Sa taille n'entamait en rien sa prestance.
« Salutations ! Qu'est-ce qui vous amène à visiter mon humble demeure ? »
L'homme nous accueillit avec un visage totalement inexpressif.
Alfred Symer...
L'Alchimiste Fou se tenait devant nous.