Chapitre 28
« Gardes ! Mais que font ces idiots ?! »
Les cris du numéro 1 résonnaient dans la salle.
« Envoyez l'équipe 5 à soixante degrés nord. »
« Équipe Alpha, vous me recevez ? Inspectez le périmètre ouest. »
« Signaux entrants en provenance de l'est. »
« Signaux hostiles détectés sur le front sud. »
« Équipe C, vous devez protéger les entrées au sud. »
« Envoyez des noyaux de Bronze en reconnaissance. »
La salle de contrôle entière bourdonnait de chaos.
L'ennemi restait invisible, mais leurs systèmes avaient détecté des agressions hostiles de toutes parts.
Cela n'aurait pas dû être possible.
Ces systèmes avaient été créés et améliorés par certains des esprits les plus brillants au monde.
Qu'ils puissent être piratés était presque impossible...
À moins que...
L'ennemi ne soit au-dessus du rang Platine.
Ces monstres seraient certainement capables d'inonder tous les scanners de mana avec des surcharges, les forçant ainsi à saturer.
Ces systèmes étaient conçus pour détecter les attaques hostiles, mais si quelqu'un de rang Diamant ou supérieur entrait dans la danse, alors rien ne pouvait être fait.
Le nombre de telles personnes était restreint, si bien que prendre des précautions contre ces puissances était inutile.
Le personnel de combat de toute l'installation s'engagea dans une fouille minutieuse de tous les périmètres à la recherche du moindre signe d'intrus.
Mais...
Pas un seul intrus ne fut trouvé.
Alfred observait simplement tout cela en silence.
Il ne fit aucun commentaire lorsque le numéro 1 ordonna l'arrivée de renforts depuis les autres bases.
Pour une organisation dont l'influence s'étendait sur le monde entier, ils avaient engagé plusieurs combattants pour la protection de leurs bases ou pour mener certaines opérations en leur nom.
Pourtant, ce personnel n'était pas infini.
C'était une évidence pour une organisation de recherche. La plupart des membres étaient des chercheurs avec peu ou pas d'expérience au combat.
Les personnes qu'ils engageaient contre rémunération étaient plus nombreuses, mais leur force maximale se limitait au début du rang Platine.
Les individus de rang Platine ou supérieur étaient très prisés à travers le monde.
Non seulement cela, mais même les noyaux d'or représentaient une force avec laquelle il fallait compter.
Et de tels individus puissants ne travailleraient pas pour une organisation de lunatiques comme Lonatu.
Du moins, la plupart d'entre eux.
Qui, sain d'esprit, se battrait pour protéger des rats de bibliothèque alors qu'ils pourraient être grassement payés ailleurs...
Et sans aucun risque, qui plus est ?
Ainsi, les seuls combattants travaillant pour Lonatu étaient des gens qui n'avaient nulle part où aller.
Des criminels et...
Des gens pas tout à fait sains d'esprit.
« Ouvrez une communication vers toute fréquence étrangère tentant d'interagir avec nous. »
Alfred exprima ses pensées.
« ... »
« ... »
« ... »
Le silence.
Chaque tête se tourna vers Alfred, la confusion gravée sur leurs visages.
Le numéro 1 intervint : « Mais cela n'augmentera-t-il pas les chances qu'ils détournent nos systèmes ? »
Il marqua une pause.
« Bien qu'il soit difficile de pirater nos systèmes, le niveau de notre ennemi est clairement au-dessus du nôtre. »
« ... »
Alfred ne répondit pas.
Une paire d'yeux bleu-vert fixait simplement le numéro 1.
Se sentant intimidé, le numéro 1 recula, tentant de reprendre contenance.
« Patron ? »
Sa voix tremblait.
Le regard d'Alfred n'était pas quelque chose à prendre à la légère.
Bien qu'il ne fût pas fort au combat, la présence qu'il dégageait était terrifiante.
Ce n'était pas une présence dominante.
C'était quelque chose de plus.
Quelque chose qui se rapprochait de ce frisson qui parcourt l'échine lorsqu'on fait face à un prédateur naturel.
Ces yeux morts...
« Pourquoi penses-tu que l'ennemi ne nous a pas démolis s'ils sont clairement un niveau au-dessus de nous ? »
Alfred fit un pas en avant, se tenant à quelques centimètres du visage du numéro 1.
« C-c'est... Je vous demande pardon, monsieur ! »
Le numéro 1 tomba à genoux, sa main touchant le sol.
Son corps tremblait de peur, craignant les conséquences que sa réponse stupide pourrait entraîner.
Alfred ignora le drame qui se jouait devant lui.
Il fit pivoter son cou, les mains en l'air, déliant ses articulations.
« L'autre camp veut discuter avec nous... pacifiquement. »
« ... »
« Nous avons peut-être quelque chose qu'ils désirent. Il est clair qu'ils ne viennent d'aucun des empires. »
« O-Oui. »
« ... »
« Monsieur ? »
Le numéro 1 inclina la tête sur le côté, confus.
Avait-il encore fait une erreur ?!
Mais...
Oh !!
« Je vais établir la communication ! »
Se dirigeant vers le personnel à proximité, le numéro 1 donna des ordres les uns après les autres.
Tous les autres chefs observaient l'échange en silence.
Personne n'interrompit.
Pas qu'ils le puissent.
Les renforts furent mis en attente. Il était évident que si l'ennemi attaquait, ils ne survivraient pas.
Mieux valait être civil que hostile.
Ces gens se souciaient de leurs recherches, pas des guerres.
Ils préféraient baisser la tête en silence plutôt que de mener une bataille perdue d'avance.
Du moins, la plupart d'entre eux.
Mais pas Alfred.
La raison pour laquelle il avait consenti à la communication était simple.
Pourquoi se battre inutilement si les choses pouvaient être réglées par le dialogue ?
Bien qu'il ne fût pas la personne la plus saine d'esprit, cela concernait son humanité et sa morale.
Autrement, Alfred était un homme logique.
Et quelqu'un doté de la fierté du plus grand esprit de l'histoire.
Il ne se recroquevillerait pas de peur simplement parce que leur base était attaquée par quelques voyous.
Et même si l'ennemi avait décidé d'attaquer, Alfred était assez capable de tuer même des rangs Diamant si le besoin s'en faisait sentir.
En fin de compte, c'était sa base principale.
Son terrain de jeu.
Si l'ennemi les avait réellement envahis...
Chacun d'entre eux aurait supplié pour la mort.
N'importe qui l'aurait fait !
Personne n'apprécierait d'être baigné dans certains des acides les plus puissants de l'histoire, d'inhaler des gaz qui les feraient exploser morceau par morceau, ou de voir leurs membres se désintégrer dans les airs à chaque seconde qui passe.
Il y avait une raison pour laquelle le monde était si prudent lorsqu'il traitait avec Alfred Symer.
Ils avaient mis sa tête à prix, renforcé la sécurité dans leurs empires et pris diverses mesures pour réduire l'influence de Lonatu, mais...
Aucun empire n'avait lancé d'assaut à grande échelle contre l'Alchimiste Fou.
Ils craignaient Alfred autant qu'ils le méprisaient.
L'Alchimiste Fou portait bien son nom.
Ce fou pourrait faire exploser des empires entiers — en se tuant lui-même au passage — si cela signifiait l'élimination complète de ses ennemis.
Alfred Symer avait une philosophie de vie...
Que nul ennemi ne voie le lendemain !