Chapitre 267
« Pourquoi suis-je venu ici... cela ne devrait-il pas être évident ? »
Je souris à l’empereur, bien que ce dernier ne prit pas la peine de me rendre mon sourire.
« ... »
Le silence s’étira, le seul bruit étant celui de mes gorgées de café.
L’empereur pensait peut-être que ce silence me pousserait à m’expliquer davantage, mais... il se trompait lourdement.
J’étais habitué à ce genre de situations depuis longtemps et, quoi qu’il arrive, il n’était pas question que je cède.
Bien que répondre à sa question eût dû être simple, étant donné que j’étais venu pour faire retourner Diana à l’Académie... je savais que n’importe quelle réponse permettrait à cet homme de lire en moi... du moins jusqu’à un certain point.
Après tout, il y avait une limite à ce que je pouvais feindre.
Un individu peut mentir autant qu’il le souhaite, mais ses yeux... ils ne mentent jamais.
Et des gens comme l’empereur possédaient un instinct aiguisé pour déceler la moindre trace de tromperie, surtout lorsqu’il s’agissait de l’un des membres de leur famille.
Je pouvais aisément mentir au sujet de Syma et de tous mes plans... mais cela n’était possible que parce que l’empereur n’en avait aucune idée.
Sachant tout de mon passé et de ma relation avec sa fille... il m’était impossible de mentir avec sincérité dans le regard.
Tout bien considéré, il était inutile de prendre des risques inutiles, même si je devais finir par donner une réponse satisfaisante, sans quoi l’empereur ne me laisserait jamais voir Diana.
« C’est vous qui vous êtes éloigné de ma fille, alors... pourquoi ce soudain intérêt pour elle ? »
L’empereur, voyant que je ne répondrais pas comme il le souhaitait, changea sa question tout en en conservant le fond.
« Je suis simplement venu aider une amie. »
Telle fut ma réponse.
Et bien que je n’eusse pas dit la vérité... en pratique, ce n’était pas non plus un mensonge.
Après tout, je considérais vraiment Diana comme une amie... bien que je ne puisse pas dire que ce mot eût la même signification pour moi que pour les autres.
Pour moi, un ami était naturellement quelqu’un qui finirait par devenir un outil utile, nécessitant peu d’entretien... et qui accomplirait toutes ses fonctions sans être endommagé en cours de route.
C’était, du moins, l’explication la plus simple de ce mot.
En réalité... je ne me sentais proche de personne au point de pouvoir les appeler mes amis.
Il n’y avait que deux types de personnes dans ma vie :
Le premier type était composé de mes subordonnés qui travaillaient pour moi, tandis que le second était constitué de ceux que je considérais comme mes ennemis, et qui finiraient par mourir sous mes ordres.
Eh bien, il y avait aussi un troisième type... celui des figurants.
Ceux qui n’existaient que parce qu’ils étaient nés.
Avec le temps, ils finiraient par rejoindre l’un des deux premiers groupes et recevraient, en fin de compte, mon jugement.
« Une amie, hein. Je ne savais pas que vous étiez un tel diplomate. »
L’empereur esquissa enfin un léger sourire, bien qu’il ne parût pas atteindre ses yeux.
« Depuis quand êtes-vous si doué avec les mots ? »
« Depuis ma naissance. »
Ma réponse fut immédiate.
L’empereur ne parut pas surpris et se contenta de se renverser dans son siège.
« Ne restez pas avec l’idée qu’être le fils de Castor m’empêchera de vous faire quoi que ce soit. »
Haa...
Son ton ne me plaisait guère.
« Pourquoi ne pas essayer ? »
Silence.
J’étais un homme pragmatique, mais il n’était pas question que je laisse ce vieil homme m’humilier de quelque manière que ce soit.
Ma main se dirigea inconsciemment vers mon abdomen, là où se trouvait la marque pour invoquer Arthur.
Si les choses devaient empirer, je n’hésiterais pas à aller jusqu’au bout.
L’empereur m’observa, les yeux plissés, mais il ne fit aucun geste et resta assis à sa place.
J’avais déjà ordonné à mon mana d’activer la marque à la moindre alerte.
« Vous semblez confiant malgré votre rang d’Argent 3. Je dois toutefois saluer votre talent pour atteindre un tel rang à un si jeune âge. »
« ... »
« Mais vos paroles ne correspondent pas vraiment à votre rang. Êtes-vous vraiment certain que quelqu’un puisse vous sauver de moi ou... est-ce simplement de l’arrogance ? »
Je ne répondis pas.
Il était inutile de parler, car l’empereur n’était pas un homme déraisonnable.
Si ma première déclaration ne l’avait pas poussé à agir contre moi, je ne pensais pas qu’il le ferait maintenant.
Après tout, il serait indigne de lui de s’en prendre à un simple noyau d’Argent.
« Peut-être est-ce de l’arrogance. Après tout, que peut-on attendre d’un gamin comme moi ? »
Je parlai avec un sarcasme évident.
Haa...
Ces déclarations n’étaient pas des plus stratégiques, mais j’éprouvais une certaine satisfaction à utiliser de tels mots.
Mes pupilles se dilatèrent alors que je bondis de mon siège pour prendre un peu de distance, canalisant mon mana pour créer un bouclier de pression de mana autour de moi.
Je pris soin d’utiliser le moins de mana possible, afin que l’empereur ne se méfiât de rien.
Après tout, aux yeux du public, je n’étais qu’un Argent 3.
« Impressionnant. »
L’empereur laissa échapper un court rire qui fit vibrer chaque cellule de mon corps d’une envie de le tuer, mais je me retins.
Je n’étais pas assez fort... et l’empereur n’essayait pas activement de me tuer.
Mais un tel usage de la force par des individus en position de pouvoir pour tester mes compétences laissait toujours un goût amer dans ma bouche.
Bien que je ne fisse rien pour l’instant... je m’assurerais de m’en souvenir.
Clap. Clap. Clap.
Hm ?
« Il est impressionnant que vous puissiez utiliser une pression de mana tout en étant un noyau d’Argent. Beaucoup peinent à le faire même après être devenus des noyaux Diamant. »
L’empereur prit tout son temps pour marcher dans ma direction.
C’était comme si... il était satisfait des résultats.
Haa...
Cela ne me plaisait pas, mais je devais faire avec.
Alors que la distance entre nous se réduisait à quelques dizaines de centimètres... l’empereur s’arrêta et plongea son regard dans le mien.
« Allan a toujours été comme un frère pour Diana, alors sa mort l’a profondément affectée. Elle n’est pas sortie de sa chambre depuis des jours, et toutes les tentatives pour lui remonter le moral... »
« Mange-t-elle ? »
« ... »
Le visage de l’empereur devint impassible à ma question.
« Le fait-elle ? »
Je répétai.
« O-Oui. »
« C’est parfait. La situation semble donc encore sous contrôle. »
« ... »
« Puis-je la voir maintenant ? »
L’empereur ne répondit pas, se contentant de me fixer.
Ma question était-elle étrange ?
Non.
Si une personne accepte de manger, cela signifie qu’elle conserve un certain sens de la logique. Il était assez facile de la guider pour qu’elle sorte de l’état dans lequel elle se trouvait.
Mais pour cela... je devais mettre fin à cette entrevue.
L’empereur semblait avoir beaucoup de questions à me poser, mais mes paroles semblaient avoir balayé sa curiosité.
« Nous avons encore beaucoup à discuter, mais sachant que vous êtes l’une des rares personnes proches d’elle... je vous laisserai partir pour le moment. »
Je me contentai d’incliner la tête à ses paroles.
L’empereur ne parut pas apprécier ma réaction, secouant légèrement la tête avec déception.
Non pas que je me souciasse de ses réactions.
« Elle est actuellement dans sa chambre. Je vais envoyer quelqu’un pour vous guider. »
L’empereur parla en me faisant signe de quitter la pièce.
Et je m’exécutai poliment.
Ce n’était pas comme si j’appréciais de rester en sa compagnie.
En sortant de la pièce, je pouvais sentir le regard de l’empereur peser sur moi jusqu’au bout.
Haa...
La même servante qui m’avait accueilli à l’entrée était là, et elle me guida jusqu’à la chambre de Diana.
Je ne pouvais m’empêcher d’être curieux quant à son identité.
Était-elle un guide officiel du palais ?
Le trajet fut un peu plus long que prévu, la chambre de Diana étant située un peu plus loin.
Je dus monter pas mal d’escaliers et, pour une raison quelconque... l’ascenseur ne m’avait pas été rendu accessible.
Mais... je n’étais pas du genre à me plaindre.
Arrivé devant la chambre de Diana... j’attendis un moment au même endroit.
« Vous pouvez y aller. »
Je ne voulais pas que la servante entendît ma conversation avec Diana.
Haa...
Prenant une inspiration superficielle, je mis de l’ordre dans mes pensées.
Diana n’était pas dans son état normal, je devais donc peser mes mots.
Bien que son état actuel fût une opportunité en soi.
Toc. Toc.
Levant la main droite, je frappai deux fois à la porte, mais ne reçus aucune réponse.
Dormait-elle ?
La pensée me traversa l’esprit, mais vu l’heure, je ne pensais pas que Diana fût en train de dormir.
C’était tout simplement contre-nature pour quelqu’un qui avait toujours été entraîné à la discipline depuis son enfance.
Pourtant...
Toc. Toc.
« C’est moi. »
Je fis connaître ma présence.