Chapitre 250
Je pouvais sentir les regards critiques de bon nombre de soldats postés en contrebas.
Bien qu'ils fussent experts dans l'art de dissimuler leurs expressions... certains prenaient la peine d'afficher ouvertement leur désapprobation.
Soupir.
Je savais que de telles choses auraient dû être monnaie courante dans un monde dominé depuis toujours par ceux qui détiennent le pouvoir.
Néanmoins —
Je pouvais ignorer les doutes que ces Numéros nourrissaient quant à mes capacités sur le champ de bataille, mais je ne pouvais absolument pas pardonner à ceux qui tentaient activement de me manquer de respect.
Peu importait qu'ils fussent plus forts que moi.
Avoir des doutes était normal, mais la hiérarchie devait être respectée, et les individus incapables d'accepter la réalité...
Eh bien... de telles personnes seraient bientôt disciplinées ou... heh.
« Je tiens tout d'abord à féliciter chacun d'entre vous pour le succès de notre première opération conjointe. La discipline et la concentration dont vous avez fait preuve tout au long de la mission étaient véritablement impressionnantes. »
C'était un fait que je devais admettre.
Aucun des soldats n'avait outrepassé son rôle et tous avaient suivi les ordres sans les remettre en question.
C'était une chose louable pour des individus qui avaient passé leur vie en tant que criminels... en marge de la loi.
Il n'y eut pas beaucoup de réactions de la part des soldats à mes paroles... eh bien, ils n'étaient pas du genre très expressif.
Bien que je pusse en voir certains claquer de la langue, déçus.
Hm ?
« Avez-vous quelque chose à dire ? »
Je posai la question en fixant un groupe de Numéros qui se tenait à l'extrémité.
Ils semblaient être au bas de l'échelle hiérarchique, mais leur attitude ne correspondait pas à leur statut.
Les Numéros, ne s'attendant pas à ce que je les désigne au milieu de la foule, furent d'abord surpris, mais ils maîtrisèrent rapidement leurs émotions.
« Avant de nous joindre à vous, on ne nous avait pas parlé de participer à des tâches aussi fastidieuses. »
Le soldat parla d'une voix forte, sa frustration visible dans le froncement de ses sourcils et la manière dont il me pointait du doigt... comme si je lui avais fait subir une injustice.
« Ouais ! Vous nous transformez juste en esclaves gratuits ! »
« Ils veulent juste nous utiliser ! »
Voyant l'un d'eux prendre la parole, les autres se joignirent bientôt à lui, déversant leur colère devant tous les Numéros présents sur les lieux.
Certains acquiescèrent à ces déclarations, tandis que les autres restaient silencieux, l'attention rivée sur moi...
Ou pour être exact, ils attendaient la réponse que j'allais donner.
« Si vous aviez participé à l'opération... »
« Nous l'avons fait ! Jamais je n'aurais cru qu'on m'utiliserait gratuitement, et qu'on me demanderait d'accomplir des tâches ennuyeuses, qui plus est sans aucun gain pour nous. On ne nous a même pas autorisés à piller les guildes. C'est quoi ces conneries, hein ?! »
Le soldat éleva de nouveau la voix, mais cette fois, il semblait avoir gagné une assurance différente, comme le montrait clairement le changement dans son langage corporel.
« Je dois vous présenter mes excuses pour avoir fait subir une épreuve aussi éprouvante à vos corps délicats. »
Beaucoup ricanèrent à ma réponse, tandis que les intéressés virent simplement leur colère décupler.
« Laissez-moi être clair. Vous avez tous rejoint D.X. pour vos intérêts personnels, et nous vous avons laissé nous rejoindre pour les nôtres. C'est une relation de donnant-donnant. À l'avenir, il y aura d'autres missions de ce type, et si vous voulez bénéficier de la protection de D.X., alors vous devrez suivre les ordres... »
« Hein ?! C'est la chose la plus stupide... »
« Laissez-moi finir. »
J'abaissai le ton, bien que mes mots fussent parfaitement audibles pour tout le monde.
Une subtile pression de mana fut également appliquée sur le soldat par Arthur, car je pus le voir se sentir acculé sans raison apparente.
« Il y aura des missions où vous aurez carte blanche pour faire ce que vous voulez, mais pour certaines opérations importantes, vous devrez faire ce que nous disons. Il n'y a pas de juste milieu. C'est ainsi que fonctionne ce monde, et vous en aviez déjà une idée précise avant de décider de nous rejoindre. Alors, ne vous plaignez pas maintenant. »
Silence.
Les soldats qui criaient s'étaient tus, tandis que les autres assimilaient la réalité.
Je savais qu'une fois les missions commencées, beaucoup trouveraient frustrant d'effectuer un travail sans gain immédiat.
Du moins, c'était ainsi que cela fonctionnait pour la majorité des êtres vivants.
Et ces... la plupart de ces soldats étaient des criminels, alors cet état d'esprit était ancré dans leur sang.
« Néanmoins... »
Je fis une pause, laissant le silence souligner l'importance de ma déclaration suivante.
« Je sais que beaucoup d'entre vous pourraient avoir des réserves quant à l'augmentation soudaine de votre charge de travail. Je comprends qu'il doit être difficile pour vous de travailler pour nous, mais souvenez-vous d'une chose... Personne au monde ne peut vous protéger mieux que nous. Rester ici signifie que les Autorités ne peuvent pas vous toucher. Vous êtes libres de poursuivre vos empires criminels sans avoir à vivre dans la peur constante d'être arrêtés ou exécutés, mais... »
Un autre long silence s'ensuivit, tandis que je balayais la foule du regard.
« Vous devrez suivre les ordres lorsqu'ils vous seront donnés. Vous travaillerez quand nous le demanderons, vous tuerez quand nous l'ordonnerons. »
« Nous ne sommes pas vos putains d'esclaves ! »
Haa...
Un nouveau visage s'exprima.
« Je sais. »
Je levai la main pour faire taire tout autre intervenant.
« Vous n'êtes pas nos esclaves, mais...
Nous sommes vos sauveurs. »
Personne ne parla.
« Après l'opération récente, les autorités vont commencer leurs enquêtes et beaucoup d'entre vous pourraient être pris dedans. Or, aucun d'entre nous ne voudrait que vous compromettiez l'identité de vos compagnons d'armes ainsi que celle de nos bases réparties à travers le monde. C'est pourquoi j'ai conçu une solution à tous les problèmes qui pourraient survenir à l'avenir. »
À mes mots, plusieurs chercheurs en blouse blanche entrèrent sur la scène, des boîtes à la main.
Chaque boîte contenait de petites sphères métalliques de la taille d'une cacahuète... les mêmes qu'Alfred m'avait montrées au début.
Le Dispositif d'Élimination.
C'était le nom qui lui avait été donné... enfin, du moins, je préférais celui-là.<!-- END AADS AD UNIT 2438412 -->