Chapitre 248
Le quartier général de la guilde des alchimistes de Syma, dans la capitale de l'Empire Veltran, était bondé malgré les dommages qu'il avait subis.
Les autorités étaient visibles partout, recueillant les rapports des victimes ainsi que ceux des témoins.
Même les troupes royales de l'Empire Veltran étaient présentes sur les lieux, veillant au maintien de la paix... ou, pour le dire plus justement, au maintien de l'illusion de la paix.
Le personnel de la guilde avait déjà repris ses tâches quotidiennes ; les blessés avaient été mis en congé, tandis que les autres s'étaient rapidement remis au travail.
Il y avait également les représentants de diverses agences de presse, faisant de leur mieux pour s'assurer que le monde entier reçoive des informations factuelles sur les récents événements ainsi que sur leurs conséquences.
« Ce que je lis actuellement est une déclaration officielle de la guilde des alchimistes de Syma et de la Banque Royale de Syma. Elle stipule que toutes les personnes blessées et les familles de celles ayant perdu la vie dans cette tragédie seront indemnisées pour les pertes subies alors qu'elles tentaient de bénéficier des services fournis par Syma... »
« Nous avons l'un des hauts responsables de Syma avec nous. Monsieur, que pensez-vous de cette attaque, et le fait d'indemniser tout le monde ne mettrait-il pas sous pression la situation déjà fragile de votre guilde ? »
L'intervieweur posa ces questions à l'homme qui était censé être l'un des plus hauts responsables de Syma.
« La somme nécessaire pour indemniser tout le monde sera certainement colossale, mais j'estime que c'est un devoir. Les gens avaient visité notre guilde ainsi que la banque en ayant une confiance absolue en nos services. Qu'ils subissent de telles pertes dans l'enceinte de nos établissements... les indemniser est le strict minimum. »
Une salve d'applaudissements nourris s'éleva des rangs, les personnes présentes acclamant la guilde.
Alors que l'intervieweur s'apprêtait à poser la question suivante, le responsable de Syma s'éclaircit la gorge, laissant entendre qu'il souhaitait en dire davantage.
« Nous n'indemniserons pas seulement les personnes ayant subi des pertes dans nos propres établissements, mais aussi celles ayant perdu des amis ou des membres de leur famille dans les guildes appartenant à nos entreprises alliées. Ces entreprises avaient accepté de participer à notre campagne caritative, destinée au bien-être du public... c'est donc par notre faute qu'elles ont subi de telles pertes. Nous aiderons également ces entreprises à se remettre de cette tragédie en leur fournissant les fonds nécessaires pour reconstruire leurs infrastructures. »
L'homme marqua une pause, balayant du regard la foule qui s'était formée en entendant ses paroles.
« Chez Syma, nous ferons tout notre possible pour assurer le bien-être du public, quels que soient les obstacles auxquels nous devrons faire face. Notre campagne caritative était animée par de bonnes intentions, mais il est clair que cela n'a pas plu à certains, puisque nos établissements ont été pris pour cible précisément pour cette raison. Je déclare ici que Syma restera debout et poursuivra sa campagne, même après toutes ces pertes. Soyez donc rassurés. »
Silence.
Cette déclaration laissa l'assistance sans voix.
Indemniser leurs propres clients était une chose, aider leurs entreprises alliées en était une autre...
Bien que ces deux promesses fussent dignes des dieux... elles pouvaient encore être considérées comme une simple gestion de crise.
Mais ceci...
Tout le monde pensait qu'en raison des pertes récentes, Syma mettrait fin à sa campagne caritative, car réussir à faire fonctionner la guilde après un tel désastre était déjà une gageure ; maintenir une telle campagne mènerait assurément l'entreprise à la faillite.
Peut-être...
Tous avaient, une fois de plus, sous-estimé Syma et sa direction.
« Monsieur, si je puis me permettre, vous avez dit que certaines personnes n'avaient peut-être pas apprécié votre campagne et tout ce que vous avez entrepris ces deux dernières années. Cela signifie-t-il que vous avez des soupçons ? Qui, selon vous, pourrait être derrière cette attaque ? »
La question plongea à nouveau la foule dans un silence total.
C'était une interrogation qui occupait l'esprit de tout le monde, aux quatre coins du globe.
Pourquoi quelqu'un s'en prendrait-il à Syma ?
La réponse était limpide.
Sa campagne caritative avait entraîné une perte de confiance du public envers nombre des plus grandes entreprises mondiales, qui dominaient le marché depuis des siècles, voire plus longtemps encore.
Alors, qui était le véritable cerveau derrière ces attaques ?
Les gens n'étaient pas dupes.
Quiconque doté d'un minimum de jugeote pouvait instantanément faire le lien... mais supposer quelque chose, avoir des soupçons sur quelqu'un et connaître réellement la vérité étaient deux choses bien distinctes.
Beaucoup soupçonnaient les grandes guildes d'alchimistes et les banques majeures du secteur financier d'avoir collaboré pour éliminer Syma et détruire ses fondations.
Mais...
Faute de preuves, personne ne pouvait réellement pointer du doigt qui que ce soit, surtout sans rien avoir à y gagner.
Après tout, tous les êtres vivants sont des créatures égoïstes.
Ils ont besoin d'un intérêt pour agir.
Et Syma... peut-être que leur déclaration venait de donner aux gens une raison de se battre pour la guilde.
Si la campagne caritative se poursuivait, alors une grande partie de la population pourrait toujours se procurer les potions de base auprès de la guilde.
Les décès dus à un manque de soins pourraient être facilement évités, et les experts pourraient prendre davantage de risques sur leur chemin vers la puissance, sachant qu'ils auraient les moyens d'acheter suffisamment de potions auprès de l'une des meilleures... peut-être même la meilleure guilde au monde.
Le responsable de la guilde ne répondit pas immédiatement.
Il se contenta de balayer la foule du regard, croisant les yeux de chacun... ou du moins, c'est ce que ressentaient les personnes présentes.
Il se tourna ensuite vers l'intervieweur et esquissa un sourire amer.
« Vous connaissez la réponse. Vous la connaissez tous. »
Ce furent les derniers mots du responsable avant qu'il ne quitte les lieux.
L'intervieweur, tout comme la foule, resta là, songeur, à méditer sur ses paroles.
Peut-être... connaissaient-ils vraiment la réponse.
La seule différence était : qui serait le premier à répondre à la question ?
Les autorités allaient-elles prendre des mesures ?
La justice pourrait-elle être rendue contre les coupables, même s'ils étaient au pouvoir ?
Les questions étaient nombreuses...
Quant aux réponses ?
Seul le temps le dirait.