Chapitre 197
Arthur Dimitri — un Immortel capable d'affronter les Souverains de front et même de remporter de telles batailles... Pourquoi un tel individu serait-il incapable de guérir sa propre fille, si sa maladie était liée à la présence de mana étranger dans son noyau ?
Après tout, un Immortel comme Arthur devrait posséder un contrôle prodigieux sur le mana, tant dans son propre corps que dans son environnement. Pourquoi ne pourrait-il pas simplement expulser le mana atmosphérique du noyau de Sophie en utilisant son interdépendance, sa coexistence et sa relation de bénéfice mutuel avec le mana naturel ?
La raison était assez simple.
Lorsqu'un mana pénètre dans le noyau d'un individu, il devient une partie intégrante de son corps... Peu importe qu'il ait été converti en mana propre à l'individu ou qu'il soit resté tel quel, contaminant son noyau.
Une fois que le mana a quitté son état naturel pour devenir la propriété d'un individu, personne ne peut manipuler ce mana à l'intérieur du corps d'autrui sans danger.
Le mana pouvait être contrôlé... Certes, mais pas sans risque.
Si Arthur avait tenté d'expulser lui-même le mana du noyau de Sophie, cela aurait été comme s'il touchait directement le cœur de la jeune fille à mains nues.
On peut aisément imaginer le danger d'une telle entreprise, ainsi que l'immense douleur qu'elle aurait engendrée.
Parler de risque serait un euphémisme, car tenter de manipuler le mana dans le corps d'une autre personne provoquerait une souffrance dépassant l'infini des morts pour l'individu concerné...
Cette douleur serait bien plus atroce que si quelqu'un tentait activement de toucher vos organes alors que vous êtes conscient, sans aucun analgésique pour apaiser le supplice qui s'ensuivrait.
Si Arthur s'était livré à une telle tentative inconsidérée, la mort de Sophie aurait été bien plus douloureuse que sa lente agonie naturelle.
On pourrait ignorer la douleur s'il existait la moindre chance de sauver Sophie par cette méthode... Mais cette chance n'était même pas proche de zéro.
Elle était nulle.
La mort de Sophie aurait été bien trop cruelle pour cette petite fille qui, depuis sa naissance, n'avait jamais eu la moindre égratignure.
C'est pourquoi Arthur était impuissant, tout comme les membres des familles d'innombrables individus souffrant d'empoisonnement au mana.
Toc... Toc.
« Sophie... C'est moi. Es-tu réveillée, ma chérie ? »
La voix chaleureuse d'Arthur me tira de mes pensées. Je regardai la porte devant moi, puis Arthur, dont le visage s'était adouci.
« Papa ? »
Après un court silence, une voix féminine et douce s'éleva derrière la porte.
J'entendis le soupir de soulagement d'Arthur alors qu'il portait la main à la poignée.
Juste avant d'ouvrir, Arthur me jeta un regard, comme pour confirmer une dernière fois.
Dès que j'acquiesçai, la porte s'ouvrit, révélant une petite chambre sobrement aménagée.
Le mobilier était limité au strict nécessaire.
Arthur entra dans la pièce, suivi de Julien, qui me lança un regard satisfait sans aucune raison apparente.
Je fus le dernier à entrer.
Dès que je franchis le seuil, une brise fraîche de soirée balaya mon visage.
« As-tu mangé ? »
En tournant la tête vers la droite, je vis Arthur assis sur un lit qui semblait bien trop luxueux pour cette pièce.
Mes yeux se portèrent ensuite sur la jeune fille assise à ses côtés, le dos appuyé contre la tête de lit.
Elle avait des cheveux rouge sang semblables à ceux d'Arthur, la seule différence étant leur longueur, tombant juste en dessous de ses épaules.
Ils étaient lâchés, recouvrant tout son dos et lui conférant une allure féminine au-delà de son âge.
Dès que je la fixai, Sophie tourna légèrement la tête dans ma direction, et le petit sourire sur ses lèvres se figea un instant.
« Papa ? »
Remarquant ma présence et celle de Julien, Sophie regarda Arthur, sa voix n'étant plus qu'un murmure.
Elle devait être déconcertée par cette visite soudaine, car aucun de nous ne venait jamais la voir... Peut-être l'avions-nous fait, mais ces visites étaient si espacées dans le temps que la jeune fille les avait peut-être oubliées.
« Un remède a été trouvé pour ta maladie, et peut-être... pourras-tu bientôt vivre comme les autres enfants de ton âge. »
La voix d'Arthur se brisa à la fin, tandis que Sophie l'observait avec inquiétude. Même moi, je pouvais sentir l'hésitation dans son ton.
Arthur aurait sans doute voulu garder Sophie dans l'ignorance jusqu'à sa guérison complète, mais... en voyant son état, il n'avait pas pu se retenir.
Maintenant que les mots étaient prononcés, il n'y avait plus de retour en arrière possible... Bien qu'Arthur ait une confiance totale en moi, croire en quelqu'un et voir les résultats sont deux choses bien différentes.
« Est-ce que c'était c-coûteux ? »
demanda Sophie doucement en tournant son regard vers moi.
« N-Non... Pas du tout. C'est Kael qui a découvert le remède, et j'ai confiance en lui, alors tu devrais en faire autant. »
Arthur parla d'une voix plus assurée, voulant rassurer sa fille.
Malgré sa condition, Sophie connaissait les épreuves qu'Arthur avait dû traverser, ce qui se lisait clairement dans ses yeux.
Ils ne cessaient de passer de moi à Arthur tandis qu'elle assimilait ses paroles.
Arthur avait déjà informé sa fille de sa décision de travailler pour moi, et la première chose qu'elle avait demandée était si je le forçais à commettre des actes répréhensibles en utilisant sa maladie comme levier.
La jeune fille avait posé la question sans la moindre hésitation, la première fois que j'avais dîné chez Arthur.
Pas une seule seconde Sophie n'avait pris en compte ma présence, ni l'impact que ses mots pourraient avoir sur l'impression que je me faisais d'elle.
Pour elle, le bien-être de son père était la priorité absolue.
C'est grâce à la réponse immédiate d'Arthur que les inquiétudes de Sophie s'étaient dissipées... Bien que je sache qu'elle me soupçonnait toujours d'être un individu malveillant utilisant son père pour ses propres objectifs, en le faisant chanter avec la promesse de la guérir —
Peut-être l'étais-je, mais elle n'avait pas besoin de le savoir.