Chapitre 139
« Nous avons alloué les fonds nécessaires à la reconstruction et distribué des indemnités suffisantes aux familles endeuillées. »
Le majordome tendit l'ensemble des documents, présentant les transactions en cours de finalisation.
« Frère, je vous présente mes excuses. J'aurais dû faire preuve de plus d'initiative... »
« Hm ? »
Le duc Levaith ajusta ses cheveux blonds, jetant un regard à son frère cadet.
« D'initiative ? »
À cette question, Arnold baissa la tête, accablé par la honte.
« Si seulement j'avais combattu, j'aurais pu tout empêcher. »
« Tu le penses vraiment ? »
« Hein ? »
Arnold se troubla sous le regard inquisiteur du duc concernant sa force.
« Tu as pris la meilleure décision en écoutant Remzi. Bien que je déteste cet individu, on ne peut nier ses compétences. »
« Mais... »
« Silence. »
Arnold se tut aussitôt, tandis que les yeux du duc Levaith le fixaient avec indifférence.
« Ne parle que lorsque l'on t'y invite. Est-ce clair ? »
« O-Oui. »
« Bien. Comme je le disais, même si tu les avais affrontés, cela n'aurait abouti qu'à ta mort. Tu as donc bien fait de ne pas intervenir. Quant aux conséquences de ces décès, elles importent peu comparées à ce qu'aurait coûté ta disparition. »
En entendant les mots de son aîné, dont le ton s'était adouci, Arnold ressentit une chaleur réconfortante dans sa poitrine.
« Merci... »
« Tu es un atout précieux. Un atout dans lequel j'ai beaucoup investi. Alors, ne me déçois pas. »
Le duc Levaith se leva, les yeux déjà rivés sur l'écran devant lui.
La somme à verser pour compenser les pertes subies par la maison de vente aux enchères, ainsi que pour les victimes, était colossale.
Bien que cela ne fût rien comparé à la richesse réelle des Levaith... chaque crédit dépensé ainsi avait plus de valeur qu'une dépense personnelle.
Le duc se dirigea vers une fenêtre, son regard embrassant le paysage.
Il avait déjà dépêché ses meilleurs hommes à la recherche de ces criminels, mais jusqu'ici, sans aucun résultat probant.
Le duché de Levaith était déjà distancé par les Frost en termes de puissance brute, et voilà que leur influence politique subissait un coup dur.
La famille royale avait envoyé ses soldats pour enquêter sur l'incident, bien que le duc Levaith sût pertinemment qu'il ne s'agissait que d'un prétexte pour fouiner librement sur son territoire.
Même en tant que famille régnante suprême de l'Empire Veltran, la Maison Veltra était remplie de bâtards intrigants qui ne laissaient passer aucune occasion de prendre le contrôle de leurs subordonnés.
Les membres de la famille royale Veltran préféraient le contrôle à toute autre chose ; c'était d'ailleurs la raison pour laquelle aucune révolte n'avait jamais éclaté dans l'empire au cours de son histoire.
Jusqu'à présent, seuls les Frost avaient pu se développer sans entraves, grâce à l'amitié entre Castor et Mair.
Damian était un homme ambitieux.
Tous les efforts de sa vie avaient toujours visé à accomplir l'une de ses plus grandes ambitions, mais l'incident récent lui avait porté un coup fatal.
Pourtant, Damian n'était pas du genre à reculer.
Il avait déjà pris toutes les dispositions nécessaires pour amortir l'impact sur l'image publique de sa maison.
Durant tout ce temps, Arnold était resté la tête basse, n'osant pas lever les yeux.
Il avait toujours su que son frère détestait l'échec, et ce qui s'était passé à la maison de vente aux enchères représentait le plus grand échec pour Arnold, car il avait compromis les efforts de son frère pour rendre leur maison plus puissante que jamais.
Arnold avait envie de passer Remzi à tabac. Si seulement cet homme ne l'avait pas arrêté, Arnold aurait pu, d'une manière ou d'une autre, limiter les dégâts.
Il aurait pu y laisser la vie, mais cela lui aurait attiré la sympathie du public, contrairement à la rumeur selon laquelle il n'aurait pas cherché à protéger les gens malgré sa présence sur les lieux.
« Comment va Ashlyn ? »
Demanda Damian à son majordome sans se retourner.
« La jeune demoiselle se porte bien. Le tournoi annuel approche et elle s'y prépare. »
Le majordome répondit de manière brève et mesurée.
Il n'osa pas mentionner les conséquences des récents événements sur sa popularité en vue de devenir la prochaine présidente du conseil des étudiants, car le duc en était déjà conscient.
« Hm. Dis à l'académie que nous sommes disposés à laisser les étudiants visiter notre forge principale pour leurs recherches académiques. »
Le majordome, tout comme Arnold, écarquilla les yeux de surprise.
La forge principale de chaque maison noble concentrait leurs meilleures technologies pour fabriquer les armes destinées à leurs soldats d'élite.
Il était donc rare de laisser quiconque y pénétrer, car cela pouvait entraîner la fuite de technologies avancées ou de méthodes inconnues du monde extérieur...
Chaque maison noble utilisait ses propres méthodes ancestrales pour créer ses armes.
Des méthodes impossibles à reproduire pour quiconque n'avait pas été témoin du processus complet.
Bien que la décision fût choquante, le majordome savait qu'il ne devait pas remettre en question le duc.
« Comme vous le souhaitez, mon seigneur. »
S'inclinant une fois, le majordome quitta la pièce, laissant les deux frères seuls.
« Tu peux parler. »
Le duc Levaith se tourna vers Arnold, qui ne parvenait pas à saisir la logique derrière la décision de son frère.
Arnold, voyant qu'il y était autorisé, prit une profonde inspiration avant de parler.
« L'académie accueille des héritiers du monde entier. Ouvrir les portes de notre forge principale leur permettrait de découvrir toutes nos techniques, et toutes les grandes puissances pourraient facilement tout reproduire, puisqu'elles disposent des ressources nécessaires. Je veux dire, vous le savez sans doute déjà, mais... Hahah. »
Arnold rit nerveusement pour dissiper l'anxiété qui bouillonnait en lui.
« Penses-tu que j'ignore une chose aussi élémentaire ? »
« N-Non. Je veux dire... Je suis désolé. C'était stupide de ma part de parler. »
Arnold détourna le regard, fixant le sol.
« C'est toi qui accompagneras les étudiants lors de leur visite. Assure-toi que tous leurs besoins soient satisfaits et qu'aucun désagrément ne soit causé à nos invités. »
« Oui, frère. »