Chapitre 13
« D’après ce que je peux percevoir grâce au Juge Silencieux, votre déclaration n’est qu’à moitié vraie. Souhaitez-vous m’expliquer ? »
En effet, ce que j’avais dit n’était qu’une vérité partielle. Bien que je connusse le remède pour sa fille…
« Vous n’avez pas à vous en faire. Je connais le remède, il me faut simplement un peu de temps pour le rendre disponible. »
Arthur hocha la tête.
Il se leva alors de son siège et se dirigea vers moi.
Plongeant son regard intense dans le mien, il tira son épée.
C’était une lame noire. Bien qu’elle ressemblât à n’importe quelle épée ordinaire, il eût été imprudent de s’y méprendre.
Garthel.
L’un des rares artefacts de rang Mythique au monde.
C’était ce qui faisait d’Arthur un homme craint par les plus puissants.
Les caractéristiques de Garthel n’avaient jamais été décrites dans le jeu.
Pourquoi ?
Arthur ne l’utilisait jamais lors de ses combats. Il avait toujours soutenu qu’une épée de ce calibre ne devait être maniée que pour une cause noble.
Quelle sottise !
Pourtant, au cours de l’un des arcs, une partie de ses pouvoirs fut révélée au monde. Cela amena chaque puissance de ce monde à se méfier d’un affrontement contre Arthur.
S’il avait simplement combattu avec Garthel face au protagoniste, il n’aurait jamais pu être vaincu.
Mais Arthur resta fidèle à ses principes jusqu’à la fin.
Un acte insensé, mais respectable.
Avant que je ne puisse l’interroger sur ses intentions, il posa un genou à terre tout en plantant son épée dans le sol.
« À compter de ce jour, moi, Arthur Dimitri, je jure sur mon sang de vous servir tant que la vie habitera mon âme. Dès aujourd’hui, je serai votre épée, je serai votre bouclier !! »
« ... »
C’était un serment bien classique.
Les gardes à proximité s’agenouillèrent tous, voyant leur maître jurer fidélité à ma personne.
Ils ne parvenaient pas à assimiler ce qui se passait. Beaucoup d’entre eux devaient éprouver du dégoût à l’idée de plier le genou devant un faible comme moi.
Mais ils le firent, mettant leurs émotions de côté.
Leur mission était claire. Ils servaient Arthur au péril de leur vie.
Maintenant qu’il me servait…
J’étais devenu le supérieur de leur chef.
Le grand patron !
Heh…
Pathétique.
Tsk.
Arthur leva alors les yeux vers moi et tint l’épée entre ses mains.
« Cette épée se nomme Garthel. L’une des armes les plus puissantes et les plus mortelles de Jutan. Veuillez accepter ceci comme gage de ma loyauté. »
Il leva les mains, m’incitant à prendre l’arme.
Je saisis la poignée de ma main droite et tins l’épée pointée vers le bas.
En la faisant tournoyer dans l’air à quelques reprises, je pus en ressentir la nature.
Bien que je fusse loin d’être un maître d’armes, l’épée m’émerveilla tout de même.
Son équilibre était délicat.
Comme si elle pouvait basculer d’un côté à l’autre en un clin d’œil, tout en restant stable. Elle était légère, mais je pouvais sentir le tranchant de sa lame.
Et la présence qu’elle dégageait était terrifiante.
Elle ne m’étouffait pas.
Mais elle était là.
En attente…
Que quelqu’un la manie.
Pour lui permettre de goûter au sang des ennemis de son maître.
J’aimais cette épée.
Je la voulais.
Mais…
« Vous pouvez la garder pour le moment. »
Dis-je en rendant l’épée à Arthur, qui se tenait désormais devant moi, le dos droit, mais dont l’allégeance dans les yeux était limpide.
J’avais tout prévu pour que les choses se déroulent ainsi…
Pourtant, je trouvais moi-même amusant de voir cet homme s’incliner devant moi.
Arthur me lança un regard confus.
Je poursuivis.
« Bien que je souhaiterais l’utiliser, ma force ne suffit pas à révéler son véritable potentiel. »
Soupir.
Je ressentis une pointe de regret au cœur.
« Elle sera plus utile entre vos mains, et plus vous serez fort, mieux ce sera pour moi. »
Comprenant la logique derrière mes paroles, il rengaina l’épée dans son fourreau.
Le plus important était désormais accompli.
J’avais assuré la loyauté d’Arthur.
Mais cela ne suffisait pas. Il allait devenir mon second.
Un homme d’un tel rang se devait d’avoir une loyauté absolue envers moi.
Normalement, pour développer une telle loyauté et une telle révérence, il faudrait au moins quelques années.
Il existe bien des choses qui lient un individu à un autre.
Combattre ensemble sur le champ de bataille en fait partie.
Les humains ont toujours été des créatures fragiles. Ils peuvent être facilement manipulés pour accomplir des actes qui, dans des circonstances normales, iraient à l’encontre de leur volonté et de leurs idéaux.
C’est la race la plus adaptable au monde.
C’est pourquoi, bien qu’étant intrinsèquement plus faibles que les autres races, les humains dominent toujours et constituent l’une des puissances majeures de ce monde.
Mais toute médaille a son revers.
Cette même adaptabilité qui rend les humains forts peut aussi devenir leur faiblesse.
Si une situation est manipulée avec le timing et les efforts appropriés, les humains peuvent être contraints à la loyauté.
Et le plus surprenant ?
Ils s’adaptent à cette loyauté avec le temps. Les sentiments d’une telle allégeance — même forcée — peuvent être créés avec une planification adéquate.
C’est ce que j’allais faire.
Aider à guérir la fille d’Arthur m’avait valu son respect et son dévouement.
Maintenant, l’aider sur une autre affaire d’importance similaire cimenterait sa loyauté envers moi.
Quant à savoir de quoi il s’agissait…
« Quel est votre rang actuel ? »
Arthur cligna des yeux.
« Je suis actuellement au rang Immortel 7. »
Bien sûr qu’il l’était.
« Et quand comptez-vous percer vers les rangs de Souverain ? »
En entendant ma question, il soupira.
Il devait s’y attendre.
« Je ne vois aucune chance d’atteindre le rang supérieur. Mon noyau est endommagé, et compresser ses sept anneaux pour le faire évoluer en un noyau de Souverain serait risqué. »
Il marqua une pause.
« Risqué serait un mot bien modeste. Cela entraînerait assurément ma mort. »
Il plongea ses yeux dans les miens.
Je pouvais voir le feu qui brûlait en eux.
« Bien que je ne puisse pas monter en rang, vous n’avez pas à vous soucier de mon utilité. J’ai confiance en mes compétences. Je ne tremblerai pas de peur, même si je dois affronter un Souverain. »
Son noyau était endommagé, mais sa volonté, elle, ne l’était pas.
Mon épée !
Je savais tout de sa situation, mais en parler directement éveillerait les soupçons.
Un noyau endommagé — selon l’avis d’Arthur — était quelque chose que je n’étais pas censé savoir, même avec mes sources d’information.
Le moment était venu de frapper et de façonner sa loyauté.
« Et si je vous disais que j’ai un remède pour vous ? »
« ... »
« ... »