Chapitre 123
Le bruit de bottes résonna dans les couloirs silencieux de la maison de vente aux enchères.
« Des enregistreurs ? »
« Nous les avons neutralisés, mais je ne pense pas qu’ils soient les seuls. »
« Et si nous détruisions la salle de contrôle ? »
« Tu sais bien qu’il existe des sauvegardes. Une copie de chaque donnée est stockée ailleurs. Désactiver les moniteurs actifs est la seule chose possible et efficace à faire. »
« Je le sais. »
« ... »
« Tsk. Quand arriveront-ils ? »
L’homme jeta un coup d’œil à sa montre tout en poussant le chariot qu’il tenait.
Les deux hommes portaient l’uniforme standard du personnel de la maison de vente. Ils transportaient actuellement des rafraîchissements pour leurs invités.
« Le plan est trop risqué. »
L’homme à droite, au crâne chauve, fit cette remarque.
« Depuis quand es-tu devenu un tel lâche ? Est-ce que le grand... »
« Tais-toi, bâtard ! Si seulement tu ne les avais pas rejoints, je t’aurais tué cent fois. »
Le Numéro 800 parla, les yeux brûlants de colère.
« Héhé. Tu parles beaucoup, dis donc. Si je me souviens bien, tu t’es fait corriger par les autorités avant de nous rejoindre. Ne fais pas le fier ! »
Le Numéro 762 arborait le même sourire moqueur en provoquant son camarade.
Oui.
C’étaient des individus au service de la même organisation criminelle qu’ils avaient rejointe quelques mois auparavant.
Avant d’intégrer D.X., ils s’étaient toujours affrontés, leurs commerces sur le marché noir étant en concurrence directe.
Maintenant qu’ils faisaient partie du même groupe, ils devaient mettre de côté leurs anciennes rivalités et œuvrer ensemble pour les objectifs de D.X.
Aujourd’hui, une fois de plus, ils avaient été envoyés en mission conjointe pour piller une maison de vente aux enchères appartenant à l’une des plus grandes guildes d’alchimistes de l’Empire.
Pourtant, la guilde n’était pas très haut placée et ils ne pensaient pas qu’il y aurait un réel intérêt à la piller, compte tenu des risques encourus par un tel plan.
Mais tous deux savaient que leurs supérieurs ne planifiaient jamais rien sans gains réels.
Ce raid était sûrement la base d’une machination plus vaste qui se tramait dans l’ombre.
« Fais attention à ne pas mourir. »
Le n° 762 afficha son sourire habituel et se dirigea vers la section VIP, laissant le n° 800 seul dans le couloir désert.
« Bon sang, je n’ai jamais cru en Dieu, mais juste pour aujourd’hui... Ne laisse personne gâcher les choses. Je veux vivre... Haa ! »
Massant son cou à plusieurs reprises, le n° 800 tenta de calmer ses nerfs.
Bien que dans son précédent métier il ait dû faire face à des situations dangereuses de temps à autre...
Il fallait savoir que ces dangers survenaient par intervalles.
Depuis qu’il avait rejoint D.X., chaque mission avait failli être la dernière, mais il avait réussi, d’une manière ou d’une autre, à survivre et à gravir les échelons.
Ce n’est qu’en atteignant un rang suffisamment élevé qu’il pouvait avoir un mot à dire sur les missions qui lui étaient assignées.
D.X. l’avait sauvé alors qu’il était aux portes de la mort, alors il ne voyait pas d’inconvénient à se battre pour eux.
Et même s’il avait voulu démissionner... En tant qu’ancien criminel, il savait comment les choses fonctionnaient dans ce milieu.
Une fois que vous rejoignez quelque chose de louche, vous ne pouvez jamais en sortir.
Il faut simplement s’enfoncer davantage dans la fange pour éviter que sa vie ne soit utilisée au gré des puissants.
« Ouais... Merde alors. »
Le n° 800 se dirigea vers la zone générale pour servir les rafraîchissements aux invités.
Eh bien, cela ne le dérangeait pas de les laisser profiter du dernier plaisir qu’ils pouvaient goûter avant que les choses ne tournent au vinaigre.
Grincement.
Les roues du chariot raclèrent le sol, émettant des bruits stridents.
« Belle guilde de riches. Ils ne peuvent même pas s’offrir un chariot correct. »
Claquant la langue de déception, le n° 800 ouvrit la porte de la section générale.
« J’ai entendu dire qu’ils vendaient des potions rares de haute qualité aujourd’hui. »
« Tu ne connais pas leur stratégie habituelle ? Ils vont les montrer et proposer les bas de gamme en guise d’articles offerts, nous arnaquant comme des imbéciles. »
« Mais tu as bien acheté ce genre de choses la dernière fois que tu as visité l’autre maison de vente. »
« Je sais. C’est pour ça que j’ai dit imbéciles. Nous sommes des imbéciles. »
Les deux hommes se regardèrent avant d’éclater d’un rire chaleureux.
Toute la salle des ventes était remplie de personnes assises sur les confortables canapés mis à leur disposition.
Bien qu’il s’agisse d’une zone destinée aux participants ordinaires... elle n’était en rien inférieure, car chaque personne assise ici était un homme d’une immense richesse.
Après tout, les pauvres n’assistent jamais aux enchères.
Le n° 800, sans interrompre aucun des invités, commença à décharger les rafraîchissements pour chacun d’eux.
Pas un seul homme ne le regarda, chacun étant absorbé par son propre monde.
C’est pourquoi personne ne remarqua le petit sourire qui s’était formé sur les lèvres du n° 800.
Une autre raison pour laquelle le n° 800 n’avait jamais songé à quitter D.X. était précisément ce genre de choses.
Dépouiller ces banques ambulantes était l’un de ses passe-temps favoris.
Pourtant, s’il avait été celui qui organisait le raid d’aujourd’hui, le n° 800 savait qu’il n’aurait jamais pu, même en une vie, causer quelque chose d’une telle envergure.
Bien que la guilde à laquelle appartenait cette maison de vente fût relativement petite par rapport aux titans du marché... cela ne réduisait en rien la menace que les forces de sécurité représentaient pour quiconque aurait de mauvaises intentions.
Non seulement la sécurité privée de la guilde était présente sur les lieux, mais les autorités de l’Empire surveillaient également ces enchères.
Comme chaque vente générait d’énormes revenus pour l’Empire, les autorités accordaient une attention particulière à ces maisons pour éviter toute perte de revenus potentiels.
Et entretenir de bonnes relations avec le monde des affaires servait également l’Empire de bien des manières.
Les guildes d’alchimistes comptaient parmi les secteurs économiques majeurs.
Et le fait d’avoir plus de guildes dans l’Empire témoignait de la prospérité et de la force de leurs territoires, car en cas de guerre, ce sont ces guildes qui servaient de bouclier contre la mort de nombreux soldats.
Protéger ces actifs était donc de la plus haute importance pour l’Empire.