Chapitre 2
Le silence retomba sur les ruines.
Stella inspira profondément avant de faire un premier pas.
À peine son pied se posa-t-il sur le sol qu'une douleur parcourut tout son corps.
Son souffle se coupa.
— Haa…
Elle posa instinctivement une main contre le mur fissuré pour ne pas tomber.
Son corps était bien plus lourd que ce qu'elle avait imaginé.
Chaque mouvement lui demandait un effort considérable.
Après seulement quelques pas, son cœur battait déjà à toute vitesse.
— Ce corps…
Elle essuya la sueur qui perlait sur son front.
— Il est dans un état lamentable…
Elle parvint finalement jusqu'à une vieille chaise en bois, couverte de poussière.
Sans réfléchir davantage, elle s'y laissa tomber.
Craaac !
Le bois céda instantanément.
La chaise se brisa en plusieurs morceaux.
— Ah !
Stella tomba lourdement sur le sol.
La poussière s'éleva autour d'elle.
Elle resta allongée quelques secondes, le regard fixé vers le plafond effondré.
Puis elle poussa un long soupir.
— Même une chaise refuse de me supporter…
Avec difficulté, elle roula sur le côté et prit appui contre un pan de mur.
Ses jambes tremblaient.
Elle finit par se remettre debout.
Son souffle était court.
Elle regarda son reflet dans un vieux miroir fissuré accroché au mur.
Ses longs cheveux violets étaient emmêlés.
Ses magnifiques yeux dorés avaient perdu tout leur éclat.
Son visage restait beau…
Mais son corps, autrefois celui d'une noble élégante, était devenu corpulent après cinq années de mauvais traitements.
Les souvenirs de Stella refirent surface.
Les deux servantes.
Leurs rires.
Les repas forcés.
Les humiliations quotidiennes.
Stella serra lentement les poings.
— Il faut que je fasse quelque chose de ce corps…
Sa voix était froide.
— Et au plus vite.
Au même moment…
Au cœur de l'Empire d'Arkhelios.
Le palais impérial baignait dans la lumière du matin.
Les immenses vitraux illuminaient la salle à manger impériale.
Une longue table de marbre blanc était recouverte de mets raffinés.
Du thé parfumé.
Des viennoiseries.
Des fruits soigneusement découpés.
À l'une des extrémités de la table se trouvait l'Empereur.
En face de lui était assise une magnifique jeune femme blonde.
Angelia.
L'impératrice de l'Empire.
Son sourire était doux.
Son maintien était irréprochable.
Aux yeux du monde…
Elle incarnait la bonté.
Elle découpa délicatement une fraise avec sa fourchette avant de relever les yeux.
— Mon époux…
L'Empereur leva légèrement la tête.
— Oui ?
Angelia esquissa un sourire rempli de tendresse.
— Pourrions-nous inviter ma grande sœur à la fête de la Fondation de l'Empire ?
Le silence s'installa.
L'Empereur porta calmement sa tasse à ses lèvres.
Il but une gorgée de thé.
Puis il reposa la tasse avec lenteur.
Son regard s'assombrit.
Le simple souvenir de Stella semblait lui inspirer du dégoût.
— Une criminelle exilée…
Sa voix était glaciale.
— N'a aucun droit de refaire surface.
Il détourna les yeux.
— Qu'elle vive…
— Ou qu'elle meure…
— Cela m'importe peu.
Angelia baissa doucement la tête.
Elle prit un morceau de fraise.
Sa voix semblait emplie de tristesse.
— Cela fait déjà cinq ans…
Elle leva les yeux vers son époux.
— S'il vous plaît…
— Levez sa peine.
L'Empereur demeura silencieux.
Il observa longuement Angelia.
Puis il poussa un léger soupir.
— Très bien.
Il se leva de son siège.
— Si c'est ce que tu souhaites…
— Je ferai tout pour toi, Angelia.
Un sourire sincère illumina son visage.
Il s'approcha d'elle.
Déposa un tendre baiser sur son front.
Puis posa doucement une main sur son épaule.
— Tu portes bientôt notre enfant.
Son regard était rempli d'inquiétude.
— Et si Stella tentait de te faire du mal ?
Angelia posa tendrement une main sur son ventre.
Un sourire rassurant apparut sur ses lèvres.
— Voyons…
— Mon ventre n'a même pas encore commencé à s'arrondir.
Elle caressa doucement le tissu de sa robe.
— Elle ne pourra rien nous faire.
Puis elle leva les yeux vers lui.
— Tu seras là pour nous protéger.
L'Empereur sourit.
— Toujours.
Après un dernier regard affectueux, il quitta la salle à manger.
Le bruit de ses pas disparut peu à peu dans le couloir.
Le silence retomba.
Quelques secondes passèrent.
Le sourire d'Angelia s'effaça.
Son visage devint froid.
Glacial.
Une gouvernante âgée entra discrètement.
— Votre Majesté.
Angelia se redressa.
— Madame Brunt.
La vieille femme inclina respectueusement la tête.
— Oui, Votre Majesté ?
Un sourire inquiétant apparut lentement sur les lèvres d'Angelia.
— Envoyez une invitation supplémentaire… À ma chère demi-sœur.
Madame Brunt ne posa aucune question.
— Bien, Votre Majesté.
Elle s'inclina avant de quitter la pièce.
Dès qu'elle fut seule…
Le masque d'Angelia disparut complètement.
Ses yeux brillèrent d'une excitation malsaine.
Elle attrapa le couteau posé à côté de son assiette.
Devant elle se trouvait la moitié d'une fraise.
Sans la moindre hésitation…
Elle planta violemment la lame dedans.
Le fruit éclata sous l'impact.
Le jus rouge coula lentement sur l'assiette.
Angelia observa la scène avec un sourire presque fou.
— Je n'en ai pas encore fini avec toi…
Sa voix n'était plus douce.
Elle était froide.
Cruelle.
— Stella… J'ai encore un cadeau spécial pour toi, je vais te briser encore plus