Chapitre 405
Il n'y eut ni fanfare, ni effets sonores tape-à-l'œil.
Je fixai sans ciller la dernière ligne qui venait d'apparaître, puis je marmonnai dans ma barbe :
« ... Ça a marché ? »
[Oui.]
La fenêtre système ne cracha qu'une réponse ferme, sans la moindre explication pour une fois.
« ... C'est vraiment la fin ? »
La case « Oui » clignota, comme si elle acquiesçait.
Après m'être autant creusé la tête, le résultat semblait presque décevant.
Je pressai la paume de ma main contre mon front lancinant, puis je me levai.
Je voulais prendre des nouvelles de Seo Hojin. Peu importe ce que j'avais fait, les conséquences liées à lui m'incombaient.
C'est seulement à ce moment-là que je réalisai à quel point le calme régnait à l'extérieur. J'ouvris la porte avec précaution.
L'horloge au mur du salon indiquait 4 heures du matin.
Les membres, qui avaient dû s'assoupir devant un film, étaient étalés sur le sol et le canapé.
J'effaçai ma présence autant que possible pour ne pas les réveiller, je me faufilai devant Jung Dajun — qui s'agrippait à Kang Ichae dans son sommeil — et je me dirigeai vers l'entrée. J'étais en train d'enfiler mes chaussures quand un bruissement se fit entendre derrière moi, suivi d'une voix rauque et basse.
« Tu vas où ? »
Kang Ichae se redressa maladroitement, décollant le maknae de lui tout en bâillant à s'en décrocher la mâchoire. Ses cheveux en bataille partaient dans tous les sens à cause de son sommeil agité.
« T'es réveillé ? »
« J'ai demandé où tu allais. »
« Rentrer chez moi, juste un instant. »
« ... Ah, parce que c'était l'anniversaire de Hojin hier ? »
Les yeux mi-clos, Kang Ichae me dévisagea en fronçant les sourcils.
« ... Mais, tu comptes vraiment sortir comme ça ? »
En suivant son regard vers le bas, je réalisai enfin ce que je portais : un col roulé noir et un pantalon simple.
Un peu penaud, je tendis à nouveau la main vers mes chaussures, mais Kang Ichae se leva rapidement, attrapa sa propre doudoune et son écharpe là où il les avait jetées, et me les lança.
« Mets ça. Il fait froid dehors. Il neige, en plus. Il fait beaucoup trop froid. »
« .... »
« Ah, et prends un parapluie aussi. »
Il marmonna ces mots à moitié endormi, se répétant alors qu'il s'effondrait à nouveau sur le canapé. C'était tout lui.
« ... Merci. »
J'enfilai la doudoune, m'enroulai l'écharpe autour du cou, attrapai un parapluie et ajoutai un remerciement tardif.
Dehors, j'appuyai sur le bouton de l'ascenseur et commandai un taxi via l'application. L'air vif de l'aube me clarifia un peu les idées.
Quand je descendis, le taxi m'attendait déjà.
Je montai à bord, sortis mon téléphone pour appeler Seo Hojin, et réalisai que la batterie était à plat parce que j'avais oublié de le charger.
« ... Haa. »
J'étais inhabituellement maladroit aujourd'hui.
En me frottant le menton, je tournai la tête vers la fenêtre.
La neige continuait de tomber, épaisse et lourde, sans fin.
C'était peut-être pour ça que tout semblait déconnecté de la réalité.
À l'entrée de la résidence, je sortis du taxi, ouvris le parapluie et marchai sur le chemin blanc, frais et immaculé, vers la maison, en passant devant le banc où mon oncle s'asseyait autrefois.
Debout devant la porte, le malaise que j'avais refoulé commença à refaire surface.
Je serrai et desserrai le poing une fois avant de taper le code.
... 1, 2, 2, 3....
La porte cliqueta, la poignée tourna et la lumière de l'entrée s'alluma. Le salon, derrière, était plongé dans le noir complet.
Il était tard, il y avait de fortes chances qu'il dorme. J'appelai doucement.
« Seo Hojin. »
Aucune réponse.
J'appelai à nouveau et ouvris sa porte. La chambre était vide.
Avec un soupir, je branchai mon téléphone sur le chargeur près du lit.
« Peut-être qu'il est sorti boire un verre avec des amis. »
J'aurais peut-être dû réinitialiser pendant qu'il était avec moi.
En pensant à ça, je m'affalai sur le lit.
« ... J'aurais dû laisser le chauffage allumé, au moins. »
Tout ce que je pouvais faire maintenant, c'était l'attendre.
Exactement comme Seo Hojin l'avait toujours fait pour moi.
.
.
.
Soudain, mes yeux s'ouvrirent en grand. Mon corps entier était lourd, comme si du plomb avait coulé dans mes os. Le manque de sommeil de ces derniers jours me rattrapait.
Je tâtonnai pour trouver mon téléphone. La connexion était mauvaise ; il avait à peine chargé à 10 %.
[Alerte aux fortes chutes de neige en vigueur pour la région de la capitale.
Prévoyez des routes verglacées en raison des fortes chutes de neige et des températures glaciales. Soyez prudents lors de vos déplacements à pied ou en voiture.]
[Congestions routières attendues pour le trajet de demain. Veuillez privilégier les transports en commun si possible.]
Passant outre les avis sans importance, j'ouvris la discussion de groupe et tapai sur le dernier message.
[Jung Dajun : Hyungghhhhyyyyung hyung hyung Hyoyun hyung hyung hyung]
La discussion de groupe de The Dawn n'était remplie que des messages frénétiques du maknae.
[Jung Dajun : Hojin hyung est venu au dortoir !!!! Il te cherchait !!!!!]
[Jung Dajun : Mais quand Ichae hyung a dit que tu étais rentré chez toi, il est parti en courantㅠㅠ.....]
[Jung Dajun : Et... il est arrivé quelque chose à Hojin hyung ? Il ressemblait à un fantôme... on a tous paniqué, au moins on lui a donné un parapluie....]
[Jung Dajun : (emoji qui pleure)]
[Jung Dajun : Bref, on a essayé d'aider... ne nous en veux pas plus tard.......]
Mon cœur battait la chamade à mesure que je lisais.
Je m'assis et vérifiai les appels manqués.
[Petit bâtard]
[Petit bâtard]
[Petit bâtard]
Seo Hojin avait appelé encore et encore.
Je me frottai le visage une fois et rappelai. La sonnerie ne dura pas longtemps.
« Allô ? »
Aucune voix ne répondit.
Mais après avoir élevé quelqu'un pendant plus de dix ans, qu'on le veuille ou non, on développe certains instincts.
« Allô ? Seo Hojin ? »
[... Ouais.]
Cette voix humide et traînante me tira de ma torpeur.
« Qu'est-ce qui t'arrive ? »
Je bondis sur mes pieds et me précipitai hors de la chambre.
« Seo Hojin, où es-tu ? »
Coincé le téléphone entre l'épaule et la mâchoire tout en enfilant mes chaussures, j'attrapai la poignée de porte —
[... Devant la maison.]
La voix résonna dans le haut-parleur au moment même où le verrou de la porte cliqueta.
Il était là : vêtu seulement d'un sweat blanc et d'un pantalon de jogging noir, des claquettes Adidas aux pieds, de la neige accumulée sur ses cheveux et ses épaules.
« ... T'as perdu la tête ou quoi ? »
Quoi, tu prévois de mourir de froid ?
Je le tirai à l'intérieur, stupéfait par les cristaux de glace qui s'accrochaient à ses cils.
« Pas de parapluie ? Tu es trempé jusqu'aux os — »
« — Hyung. »
J'étais sur le point de le sermonner comme il se doit quand Seo Hojin leva la tête et m'appela.
« Je vais dire un truc vraiment bizarre, mais tu ne peux pas me traiter de fou. Ne ris pas, ne me coupe pas. Écoute juste jusqu'au bout. »
Son ton était ferme, mais sa voix implorait. Il se léchait les lèvres sans arrêt, sa poitrine se soulevant au rythme de ses respirations nerveuses.
« ... On n'a pas le même âge. Et l'accident de nos parents n'est pas arrivé quand on avait vingt ans — c'est arrivé quand on en avait dix. »
Ses yeux brillaient, tremblants de larmes.
« Mon frère n'était pas une célébrité. Le frère que je connaissais rentrait toujours après des heures supplémentaires interminables, celui dont je ne pouvais prendre des nouvelles qu'à l'aube. Celui qui n'écoutait jamais, peu importe à quel point je le suppliais de prendre soin de lui — »
Son nez se plissa, sa gorge se noua.
« — Mais quand même, celui que j'aimais vraiment, mon PD-nim.... »
Il ne put finir sa phrase. Ses lèvres restèrent scellées.
Je le regardai en silence, puis je détendis l'atmosphère en le disant avec légèreté.
« Tu as raison. Tu ne le savais pas, mais je suis ton frère. »
« ... »
« Je suis ton frère. »
Comme une réplique tirée d'un classique de science-fiction.
Mais en voyant l'air stupéfait sur le visage de Seo Hojin, je me grattai la joue maladroitement.
« Alors c'est ça. »
Ce que j'avais souhaité était enfin devenu réalité.
Si c'était un bon choix, je n'en étais pas encore sûr.
« ... Bref, idiot, il gèle dehors. C'est presque l'Arctique. Pourquoi diable tu te baladais comme ça ? »
Je brossai la neige de ses cheveux et de ses épaules, essayant d'alléger l'air ambiant, quand sa voix serrée s'échappa.
« ... Pourquoi tu me le dis seulement maintenant ? »
Je haussai un sourcil, puis le baissai quand je remarquai les traces de larmes sur sa joue.
« Pourquoi seulement maintenant.... »
Et là, une certitude m'envahit comme une vague.
Quels que soient les mots qui sortiraient ensuite de la bouche de Seo Hojin, ils seraient la réponse à mon choix.
« Ce qui m'énerve le plus, c'est que je ne sais même pas pourquoi j'ai oublié au départ. Mais tu aurais dû me le dire. Si j'étais en train de faire l'idiot, tu aurais dû me le faire rentrer dans le crâne jusqu'à ce que je comprenne ! »
Même les choses inutiles pour le futur — comme perdre nos parents à dix ans, ou vivre sous un frère aîné terrible — étaient toujours précieuses pour lui.
Tout comme elles l'étaient pour moi.
« Pas étonnant que ça semblait bizarre. Je connais la tête que tu fais quand tu galères, et soudain, à chaque fois qu'on se voyait, c'était la seule tête que tu me montrais. Et moi, je ne savais rien du tout, je faisais l'idiot.... »
Son expression était au bord des larmes, comme l'enfant qu'il était autrefois. Je tendis la main, écartai ses cheveux mouillés de ses yeux et souris faiblement.
« Hé... je suis... »
« ... »
« ... Je suis désolé d'être arrivé en retard. »
J'ajoutai les mots que j'avais presque ravalés.
« ... En retard pour ton anniversaire. »
Le visage de Seo Hojin se crispa et les larmes coulèrent.
Il pressa son visage contre ma poitrine, sanglotant doucement, me poussant même avec ses poings.
« T'es tellement agaçant.... »
« Ouais, ouais. »
« T'es le pire, hyung.... »
Il enfouit sa joue contre mon épaule, marmonnant « désolé » encore et encore.
Mais je n'étais pas vraiment un adulte non plus. Je ne trouvais pas de façon sage d'accepter tout ça.
Alors, je murmurai simplement :
« Joyeux anniversaire. »