Chapitre 330
« Seo Hoyun ! Seo Hoyun ! »
Ils scandaient mon nom de tous les côtés, mais je n’avais aucune intention de décoller mes fesses de la chaise.
Est-ce que j’avais l’air assez fou pour monter là-haut ?
J’avais entendu dire qu’ils utiliseraient une partie des images d’aujourd’hui pour la promo, mais ça ne suffisait certainement pas à me faire subir le calvaire d’être à côté de Min Jiheon.
Alors, je gardai un sourire calme sur le visage, tandis que Chae Jungwoo aidait sournoisement Jiheon.
« M. Seo Hoyun, si vous montez maintenant pour chanter avec M. Min Jiheon, on vous offre un plateau complet de bœuf Hanwoo. »
« O~ ! Un plateau de Hanwoo~ !! PD-nim, ramène-toi vite—. »
À l’évocation de la nourriture, les yeux de Min Jiheon se mirent à briller et il se tourna vers moi, plein d’espoir. Mais je fis en sorte que mon intention soit limpide.
« Tu vas mourir. »
Heureusement, aussi vif qu’il soit, Jiheon comprit le message et tourna rapidement la tête vers Chae Jungwoo.
« —ou peut-être pas, en fait, je vais juste demander votre soutien enthousiaste depuis vos sièges, ahahahaha ! »
« Hein ?! »
« Après réflexion, je pense que je me débrouillerai très bien tout seul. »
Il rattrapa le coup avec un sourire éblouissant, échangea quelques mots légers avec Jungwoo, puis fit claquer ses doigts de manière théâtrale.
« Eh bien, on commence la chanson ? »
Alors que le son d’une corde de gayageum résonnait doucement dans l’air, Kim Sunghyun revint à la table avec deux bouteilles de vin et Jeong Dajun, dont les joues étaient encore une fois pleines à craquer.
« Hol, le drama de Min Jiheon sunbaenim ? »
« Avales avant de parler. »
« "Quand les jonquilles fleurissent" du senior Min Jiheon ?! »
Fidèle à sa réputation de gamin qui s’agenouille les mains jointes devant la télé à chaque diffusion, Dajun joignit à nouveau ses mains, les yeux brillants en fixant la scène.
« Wow, Jiheon chante aussi ? Il ne vit pas une vie un peu trop parfaite ? »
« Uwaa, c’est tellement romantique~. »
Le personnel, surexcité, agita les lampes torches de leurs téléphones en rythme avec la mélodie lente.
Je sirotais mon vin en les regardant simplement.
Ils étaient trop aveuglés par l’aura du drama pour se souvenir. Ils feraient mieux de se rappeler rapidement de la scène spéciale que Jiheon, Yu Jia et moi avions faite ensemble.
【La pluie qui tombe emporte la tristesse....】
Au moment où la voix de Jiheon s’éleva dans le micro, les lumières qui se balançaient se figèrent.
【...tandis que les bourgeons en fleurs parlent d’amour...】
En un instant, l’atmosphère se refroidit.
« Ah.... »
Même Dajun, son fan le plus acharné, ne pouvait pas sauver les meubles, ses yeux fuyant avec culpabilité.
Pourtant, Jiheon continuait, portant obstinément la chanson avec une note unique.
« Jiheon ! Jiheon. »
Sentant le danger, un membre du personnel se précipita soudain avec une robe de dragon. Surpris, Jiheon la prit et l’enfila en vitesse. Son apparence améliorée fut projetée sur l’écran géant, déclenchant des exclamations.
« Votre Altesse !! »
« Notre prince héritier Junghwon ! Trop beau !! »
Pathétique. Il avait choisi l’OST de drama la plus populaire, mais comme il chantait comme une casserole, il misait tout sur son visage et son jeu d’acteur.
【...Seras-tu capable de revenir vers moi】
Les yeux de Dajun se remplirent de larmes une fois de plus. Comme il ne s’agissait que d’une performance bonus, je me concentrai sur les snacks devant moi.
Mais soudain, une voix glaciale m’interpella.
« Hoyun-ah.... »
« ....... »
« Vois-tu les jonquilles que tu aimais ? »
Un champ jaune de jonquilles fleurissant en mars.
C’était la réplique où Junghwon retient son partenaire.
Dajun avait regardé cette scène en boucle des dizaines de fois à la maison, en pleurant à chaque fois, impossible de l’oublier.
« Yoon-ah, jusqu’au jour où tu reviendras, je garderai cet endroit. »
« Ce type a perdu la tête. »
« Jusqu’à ce que cette vague dorée se fane en hiver et refleurisse au printemps. »
Beurk.
Je marmonnai une insulte si doucement qu’elle ne fut pas captée par le micro, mais mon expression dégoûtée fut clairement filmée par la caméra derrière Jiheon.
Des rires éclatèrent partout.
« Votre Altesse !! »
Et là, Dajun bondit, hurlant à pleins poumons.
« Comment oses-tu réciter cette magnifique réplique à un homme sombre et lugubre au lieu de la dire à Mama ! »
Ce petit con....
Certes, je ne pouvais pas nier que j’étais habillé tout en noir, mais le fait que notre maknae me trahisse m’énervait quand même.
« Dajun, viens ici. »
Avant que je puisse l’attraper, le petit morveux détala et rejoignit Jiheon sur scène.
L’OST de "Quand les jonquilles fleurissent" commença à tourner en boucle.
【Seras-tu capable de revenir vers moi—】
« Dajun, notre jonquille. »
Avec un sourire doux, Jiheon tapota la joue potelée de Dajun avec son doigt.
« Je ne t’ai jamais ordonné de rester loin. »
Submergé, Dajun joignit ses mains sur sa bouche, respirant bruyamment.
« Votre Altesse.... »
Quel spectacle ridicule.
Sans voix, je restai silencieux. Kim Sunghyun, lui, ricanait en connaissance de cause.
« On dirait que le senior Jiheon a regardé notre propre contenu. »
« Ugh, dégueulasse. »
Les réactions devenaient trop intenses, alors Jungwoo revint avec le micro pour calmer la situation.
« Waa~, comme prévu, M. Min Jiheon ! Cette voix envoûtante et ce jeu captivant... merci pour cette merveilleuse performance ! »
Il calma le personnel surexcité, consola Dajun et finit par faire descendre Jiheon de la scène.
À ce stade, ils devraient vraiment payer des frais d’animation à Jungwoo.
« Bref, je dois toujours finir cette discussion de tout à l’heure.... »
Enfin, comme l’a dit Jiheon, ça pouvait attendre.
Pour l’instant, le problème immédiat, c’était le spectacle de talents. J’étais sur le point de m’éclipser pour appeler mon partenaire manquant quand—
« Hé, Sunghyun. Je vais juste—. »
« Maintenant ! On continue avec la prochaine performance ! Wah~, ces personnes disent qu’elles vont se dévoiler à travers une prestation immédiate ! Leur choix de chanson est très impressionnant ! »
Je restai figé en plein mouvement à cette annonce.
« Seong Jiwon et Kang Ichae de THE DAWN, pour "Chewy"— ! »
Quoi ?
Ddan, daran, ddan ddan ddan.
Des lumières violettes inondèrent la scène alors qu’un rythme collant et pulsé remplissait l’air.
Un rugissement éclata.
« Uwaaaaaah !! »
Sunghyun et moi échangeâmes un regard.
« Pourquoi diable sont-ils là-haut... ? »
Dans un col roulé noir moulant sous une veste en cuir rouge à clous, Jiwon prit le micro, tandis qu’Ichae, dans un t-shirt blanc oversize et un jean déchiré, tenait une guitare électrique.
« Ils avaient dit qu’ils allaient jouer ? »
« Non, ils étaient introuvables tout à l’heure, maintenant je comprends pourquoi.... »
Jiwon se dirigea vers le micro avec une assurance feinte et ouvrit lentement la bouche.
« Les enfants.... »
Les enfants ?
« Les enfants, Jiwon est lààà !!! »
Sunghyun, qui buvait une gorgée de vin pour se donner du courage, recracha tout. Quelques gouttes éclaboussèrent mon visage.
À côté de Jiwon, Ichae s’appuyait contre le pied de micro, les épaules secouées par un rire étouffé, les joues tremblantes.
Mais Jiwon, totalement sérieux, enchaîna avec l’intro.
【Ne me lance pas ces regards ambigus, viens juste vers moi—】
C’était un duo d’une petite agence, tristement célèbre pour ses paroles et ses performances comiques et provocatrices.
Cinq ans plus tard, il avait été réévalué comme une pépite artistique, souvent reprise par des célébrités.
【Toi et moi, tombant amoureux
comme un ballon qui éclate】
Je secouai la tête, essayant de garder les pieds sur terre.
« Bon... à part l’ouverture, ce n’est pas si mal. Au moins, Jiwon chante bien. »
Mais j’avais oublié.
Derrière cette apparence douce, Seong Jiwon était cupide.
【Je. Veux. T’avaler. Tout entier. De la tête. Aux pieds.】
Et il ne savait jamais, au grand jamais, quand s’arrêter.
La partie rap commença naturellement, et Jiwon la prit en main.
【Je ! Je veux t’avaler !】
Livré avec un sérieux mortel, chaque mot clair comme de l’eau de roche.
【Ça pourrait piquer, mais attention— je vais te mâcher.】
【Yum ! Je veux te manger !】
Faisant semblant de jouer de la guitare électrique débranchée, Ichae headbangua et ajouta des impros.
« ...... »
« ...... »
Et la caméra ne cessait de couper sur Sunghyun et moi.
Je serrai les dents, marmonnant comme un ventriloque.
« ......Sunghyun, tu aurais dû les arrêter. »
« Je suis désolé.... »
Trop, c’était trop. Douloureusement trop.
Pourtant, le personnel de WH hurlait de plaisir, le plafond tremblait presque.
Leurs acclamations tonitruantes n’étaient que le miroir de notre honte. Dajun s’était même joint au headbang près de la scène.
J’avais désespérément besoin d’un soju, mais je me contentai de plus de vin pour me vider la tête.
« Ils n’auront pas la première place de toute façon. »
Quoique, si c’était basé sur la folie, peut-être. Mais à part ça—
« À quel point dois-je m’ajuster ? »
Si on déconnait trop, on finirait coincés avec des prix sans valeur comme des machines à griffes ou des coupons de vacances inutiles.
Alors que j’étais occupé à faire mes calculs, le visage de Sunghyun s’illumina soudain, comme touché par le divin.
« Sunbaenim !!! »
Je suivis son regard.
Joo Woosung, dans un t-shirt noir parsemé de poils de chat blancs, était arrivé.
Ses yeux étaient fixés sur la scène.
« ...Tes membres sont bourrés ? »
« Je les virerai plus tard. »
Sunghyun débarrassa quelques verres et tira une chaise. Woosung s’assit comme si c’était sa place depuis le début, posant son menton sur sa main.
« Je ne suis pas en retard, n’est-ce pas ? »
« Une minute de plus et tu l’étais. »
« N’importe quoi. »
« T’es prêt ? »
« Évidemment. »
Il avait l’air inhabituellement joyeux aujourd’hui.
Suspicieux, je l’observai attentivement, mais il parla fermement.
« Tu connais ta partie. N’oublie pas. »
« Oh, bien sûr. »
« Ne le regrette pas. C’est toi qui voulais ça. »
Son ton était empreint de pitié, mais ses lèvres tremblantes le trahissaient. Alors il avait son propre souvenir embarrassant de séminaire, et il voulait m’entraîner dans sa chute.
« Pourquoi je regretterais ? »
Eh bien, qu’il croie ce qu’il veut.
Je souris gentiment.
« Compris. On passe probablement après. Alors allons—. »
« Mais Hoyun. »
...Hoyun ?
Il m’appelait si familièrement, les yeux en feu.
« Je ne vise pas la deuxième place. »
« ...Quoi ? »
« Comment on pourrait ne pas gagner la première ? »
Avec assurance, il esquissa un sourire en coin.
« L’honneur de Black Call est en jeu. »