Chapitre 1
Chapitre 1
Ce premier lundi du mois de mai semblait s'annoncer de la manière la plus banale qui soit.
Le genre de journée qui se déroule sans accroc avant de disparaître de votre mémoire quelques semaines plus tard.
Enfin... c'est ce que je croyais.
Tout a commencé lorsque mon téléphone vibra au fond de ma poche.
Je le sortis machinalement et découvris un numéro inconnu affiché sur l'écran.
Ma première pensée fut simple : encore du démarchage.
Je recevais rarement des messages, alors lorsqu'un numéro que je ne connaissais pas apparaissait soudainement, ce n'était généralement jamais pour une bonne raison.
Pourtant, quelque chose attira mon attention.
Par curiosité, j'ouvris la conversation.
Puis je restai immobile pendant quelques secondes.
L'expéditeur n'était pas un inconnu.
C'était Rin Ashiba.
Et à partir de ce moment-là, cette journée cessa définitivement d'être banale.
Rin Ashiba était le genre de personne que tout le monde connaissait.
Dans notre classe, il suffisait qu'elle entre dans une pièce pour attirer naturellement les regards. Belle, intelligente, sportive, toujours entourée d'amis... elle faisait partie de ces personnes qui semblaient réussir tout ce qu'elles entreprenaient sans le moindre effort.
À l'inverse, moi, j'étais parfaitement ordinaire.
Je n'étais ni le souffre-douleur du lycée ni l'élève populaire que tout le monde voulait fréquenter. J'étais simplement là, quelque part au milieu. Le genre de type dont la présence passe rarement inaperçue, mais dont personne ne se souvient vraiment une fois rentré chez lui.
Alors recevoir un message de Rin Ashiba relevait presque de l'impossible.
Le plus étrange était que je ne me souvenais absolument pas lui avoir donné mon numéro de téléphone.
Nous avions déjà discuté plusieurs fois en cours, bien sûr, mais jamais suffisamment pour échanger nos coordonnées.
Ce détail aurait probablement dû m'inquiéter.
À la place, il ne fit qu'attiser ma curiosité.
J'ouvris finalement le message.
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Salut Sora,
Je n'ai jamais vraiment osé t'en parler en face, alors je préfère te l'écrire.
Peux-tu me rejoindre à 09 h 10 dans la salle 103 ?
Rin Ashiba
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Je relus le message une première fois.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Juste pour être certain de ne pas avoir mal compris.
Mais non.
Rin Ashiba venait bel et bien de me donner rendez-vous.
Évidemment, je tentai immédiatement de me raisonner.
Peut-être qu'elle serait accompagnée.
Peut-être qu'elle voulait simplement me demander un service.
Peut-être même qu'il s'agissait d'une erreur.
Mais malgré toutes les explications rationnelles que j'essayais de trouver, une petite partie de mon cerveau semblait déterminée à s'emballer.
Finalement, la seule façon d'obtenir une réponse était de m'y rendre.
Lorsque j'arrivai devant la salle 103, le couloir était presque désert.
J'étais légèrement en avance.
La porte était fermée.
Je frappai deux fois.
Aucune réponse.
Après quelques secondes d'hésitation, j'entrai.
La salle était vide.
Complètement vide.
Je refermai la porte derrière moi et laissai échapper un soupir.
« C'était probablement trop beau pour être vrai... »
Je consultai l'heure.
Il me restait encore quelques minutes avant le rendez-vous.
« Bon... autant attendre un peu. »
Je m'installai près d'une table.
Puis j'attendis.
Et j'attendis encore.
Au bout de quinze minutes, Rin n'était toujours pas arrivée.
Je lui envoyai même un message.
Aucune réponse.
Le message resta marqué comme non lu.
Je laissai tomber mon téléphone sur la table avant de passer une main sur mon visage.
« Sérieusement... qu'est-ce qui m'a pris de croire que ça pouvait être réel ? »
Ma fierté venait de prendre un sérieux coup.
Résigné, je me levai finalement pour quitter la salle.
Puis tout devint étrange.
Dès que je franchis la porte, quelque chose me sembla anormal.
Le silence.
Le couloir de mon lycée était toujours bruyant.
Toujours.
Pourtant, cette fois...
Plus rien.
Je relevai lentement la tête.
Et mon cerveau s'arrêta de fonctionner pendant quelques secondes.
Le couloir avait disparu.
À sa place s'étendait une immense pièce blanche.
Un espace si vaste qu'il semblait se perdre à l'horizon.
Les murs. Le sol. Le plafond.
Tout était blanc.
Uniformément blanc.
Comme si quelqu'un avait effacé le monde pour le remplacer par une feuille de papier vierge.
« ...Quoi ? »
Je me retournai immédiatement.
La porte avait disparu.
« Attendez... quoi ?! »
Je fis plusieurs pas en arrière.
« C'est quoi cette blague ?! Où est passé le lycée ?! »
« Rin ? C'est lui que la Tour a sélectionné ? »
Une voix inconnue venait de résonner quelque part derrière moi.
Je me figeai. Cette voix ne venait clairement pas de moi.
« Qui a dit ça ? »
Je tournai sur moi-même.
« Rin est ici ? Et c'est quoi cette histoire de Tour ?! »
« Tu pourrais commencer par te retourner au lieu de hurler dans tous les sens. »
Je reconnus immédiatement cette voix.
« Rin ? »
Je me retournai enfin.
Et ce que je découvris ne fit qu'ajouter à ma confusion.
Au centre de cette immensité blanche se trouvait un immense trône.
Lui aussi entièrement blanc.
Assise dessus, parfaitement calme, se trouvait Rin.
À ses côtés se tenait un homme vêtu de blanc de la tête aux pieds.
Même sa peau semblait anormalement pâle.
Pendant quelques secondes, je l'observai en silence.
Puis :
« C'est qui se type ? Pourquoi il est tout blanc ? Il est malade ? »
Les deux me regardèrent.
« Pardon ? »
« Le gars à côté de toi. Il a l'air malade. J'ai un Doliprane dans mon sac si besoin. »
L'homme ferma lentement les yeux.
« Rin. »
« Oui ? »
« Je peux le rendre muet pendant dix minutes ? »
Rin soupira.
« Mauvaise idée. Je ne suis pas sûre qu'il survive. »
« Vous savez que je vous entends, hein ? »
« Malheureusement. »
Je pointai immédiatement l'homme du doigt.
« Je l'aime pas. »
« Le sentiment est réciproque. »
Rin se massa les tempes.
« Bon. Sora. Tais-toi deux secondes et laisse-moi t'expliquer. »
« D'accord. » Répondais-je en hochant la tête de haut en bas.
« Vraiment ? »
« Non, mais j'essaye. »
Cette fois, même Rin sembla hésiter entre rire et m'étrangler.
« Écoute bien. Tout d'abord, je te présente Phoster, c'est grâce à lui que tu te trouves ici. Ensuite, la deuxième chose que tu dois comprendre, c'est que ton ancien monde est derrière toi. »
Mon sourire disparut.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
« Cela veut dire que depuis que tu as franchi cette porte... tu n'es plus sur Terre. »
Je clignai plusieurs fois des yeux.
« Pardon ? »
« Tu es désormais sur ARK. »
Elle marqua une pause.
« Ou plus exactement... dans la Tour ARK. »
« Une Tour ? »
« Oui. Une structure composée de nombreux étages. Chaque étage possède son propre climat, sa propre culture et ses propres habitants. »
Je fronçai les sourcils.
« Attends. Une Tour avec des étages ? C'est quoi cette connerie ? »
Soupirant longuement, Rin passa sa main sur ses yeux avant que je ne reprenne de plus belle.
« Et y'a combien d'étages dans cette Tour ? »
« Il y en a *** . »
Je restai silencieux.
« Combien ? »
« *** . »
« Je n'ai rien entendu. »
L'homme pâle intervint immédiatement. « Rin. Ils nous ont retrouvés. »
Le visage de la jeune fille se crispa.
« Merde... »
Pour la première fois depuis mon arrivée, elle semblait réellement inquiète.
Et c'est à cet instant précis que je compris que quelque chose n'allait vraiment pas.
Le silence qui suivit dura à peine quelques secondes.
Pourtant, l'atmosphère venait complètement de changer.
Jusqu'à présent, Rin et l'étrange homme blanc semblaient garder le contrôle de la situation. Même lorsqu'ils parlaient de cette mystérieuse Tour, ils donnaient l'impression de savoir exactement ce qu'ils faisaient.
Mais là...
Ils étaient tendus.
Je ne savais pas qui étaient ces fameux « ils », mais manifestement, ils représentaient un problème.
Un très gros problème.
« Bon... » souffla Rin en se redressant légèrement sur son trône. « Ça complique un peu les choses. »
« Un peu ? » répondit l'homme blanc. « Ils nous ont retrouvés plus vite que prévu. »
« Oui, merci Phoster, j'avais remarqué. »
Je levai immédiatement la main.
« Excusez-moi, mais j'ai l'impression d'être le seul à ne rien comprendre à cette conversation. »
« C'est normal. »
« Ah. »
« Tu ne comprends rien. »
« Merci, ça fait plaisir. »
Rin ignora ma remarque.
« Écoute attentivement, Sora. Nous n'avons probablement plus beaucoup de temps. »
Pour une raison que je ne m'expliquais pas, je cessai enfin de plaisanter.
Quelque chose dans sa voix m'en empêchait.
« La Tour t'a choisi. »
Je fronçai les sourcils.
« Choisi pour quoi ? »
« Pour devenir son prochain *** . »
La dernière partie de sa phrase fut remplacée par un bruit étrange.
Comme un grésillement.
Un mot effacé avant même d'avoir atteint mes oreilles.
« Son prochain quoi ? »
« Voilà le problème. »
Phoster croisa les bras.
« Certaines informations sont bloquées. »
« Bloquées par qui ? »
« Eux. »
« Qui ça, eux ? »
« Toujours eux. »
« C'est pas une réponse. »
« Je sais. »
Je commençais sérieusement à détester cet homme.
Rin reprit rapidement avant que la discussion ne parte dans une direction inutile.
« Les habitants d'ARK naissent tous avec quelque chose que toi, tu ne possèdes pas. »
« Et c'est ? »
« *** »
Le même grésillement résonna.
Je clignai plusieurs fois des yeux.
« Sérieusement tu ne comprends pas ? »
« Ce n'est pas de ma faute, ça grésille quand tu parles. »
« Même les mots sont censurés ? »
« Oui. »
« C'est extrêmement agaçant. »
« Nous sommes d'accord. »
Je laissai échapper un long soupir.
« Bon. Résumons. Je suis dans une Tour géante qui n'est pas sur Terre, j'ai été choisi pour devenir quelque chose dont je ne peux pas connaître le nom, et vous êtes poursuivis par des gens dont vous refusez de me parler. »
Rin hocha la tête.
« C'est à peu près ça. »
« Je déteste cette journée. »
Phoster secoua la tête.
« Elle n'a même pas encore commencé. »
Cette phrase me fit froid dans le dos.
Avant que je puisse répondre, une vibration parcourut soudainement le sol blanc.
Très légère.
Mais bien réelle.
Les deux visages en face de moi se figèrent immédiatement.
Cette fois, même Phoster semblait inquiet.
« Ils sont là. »
Rin serra les dents.
« Déjà ? »
« Plus vite que prévu. »
Autour de nous, l'immensité blanche commença lentement à se déformer.
Comme une image projetée sur de l'eau.
Des ondulations apparurent dans les murs.
Le plafond sembla vaciller.
Et pendant une fraction de seconde, j'eus l'impression d'apercevoir quelque chose derrière cette réalité blanche.
Quelque chose d'immense.
Quelque chose qui observait.
Puis l'image disparut.
« Bon. » Rin se leva brusquement. « On va devoir faire vite. »
« Faire quoi vite ? »
« T'expliquer ce que tu dois savoir pour survivre. »
« Survivre ? »
« Oui. »
« J'aime pas ce mot. »
« Moi non plus. »
Elle descendit les marches du trône et s'arrêta devant moi.
Pour la première fois depuis mon arrivée, son expression était devenue sérieuse.
Complètement sérieuse.
« Écoute-moi bien, Sora. Ce que je vais te dire maintenant est probablement la chose la plus importante que tu entendras aujourd'hui. »
Je déglutis difficilement.
« D'accord. »
« Quand tu arriveras dans la Tour... »
Elle marqua une pause.
« Ne fais rien de stupide et ne cause d'ennui à personne. »
Je restai silencieux.
« Personne ? »
« Personne. »
« Pourquoi ? »
Un léger sourire triste traversa son visage.
« Tu n'aurais pas envie de le découvrir. »
Cette réponse me prit complètement au dépourvu.
Mais avant que je puisse demander la moindre explication, le monde entier trembla.
Cette fois, violemment.
Une immense fissure noire apparut dans le ciel blanc au-dessus de nos têtes.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Le visage de Phoster se décomposa.
« Rin. Maintenant. »
« Je sais. »
Je regardai alternativement les deux.
« Quelqu'un pourrait m'expliquer ce qui se passe ? »
« Pas le temps. »
« C'est votre phrase préférée ou quoi ? »
Le sol s'ouvrit brutalement sous mes pieds.
Je n'eus même pas le temps de réagir.
Une seconde plus tôt, j'étais debout devant eux.
La suivante, je tombais dans le vide.
« Attendez, QUOI ?! »
Le hurlement m'échappa malgré moi tandis que les silhouettes de Rin et Phoster s'éloignaient déjà au-dessus de ma tête.
« Bonne chance, Sora ! »
« Essaie de ne pas mourir trop vite ! »
« C'EST VRAIMENT TOUT CE QUE VOUS AVEZ À ME DIRE ?! »
À l'intérieur de la salle blanche, Rin se retourna rapidement vers l'homme pâle.
« Eh Phoster, occupe-les pendants trente secondes. »
« Pourquoi ? »
« Je vais aider Sora à ne pas mourir. »
« Tu te rends compte des répercussions que ça va avoir sur nous-mêmes ? »
« Oui, je sais, les dirigeants et tout le bordel, je connais. Mais si on ne fait rien, il sera dans un piteux état. »
« Bien sûr, mais si on l'aide, on retarde le moment où on le retrouvera. »
« T'inquiète, il se démerdera. Il va atterrir à l'étage -5. Y a presque personne là-bas, donc aucun problème pour lui. »
« Et ça te rassure ? »
« Ouais, au moins il ne devrait pas trop foutre le bordel. »