Chapitre 753
Après avoir envoyé un message à Park Na-ri.
Nous nous dirigeâmes vers le club Nature.
Dans un coin du campus de l’Académie des tueurs de dragons se trouvait une grande serre.
C’était un espace partagé par les élèves qui élevaient des plantes et des animaux, et le club Nature y avait également une place importante.
Alors que nous étions presque arrivés à la serre, deux petites silhouettes accoururent vers nous depuis l’autre côté.
Beomi et Chaemi, réduits à leur taille miniature.
Elles avaient dû apprendre la nouvelle et venir à ma rencontre.
« Miaou, miaou, miaou. »
« Cui, cui, cui, cui… »
Elles tournoyaient autour de moi, exprimant leur joie de tout leur corps.
Les examens de mi-semestre venaient à peine de se terminer, mais à les voir, on aurait cru que des mois s’étaient écoulés.
Park Na-ri s’approcha à son tour en agitant la main.
« Tu es venu… ? »
« Bien sûr. »
« Entre… On pourra discuter. »
« D’accord. »
Nous traversâmes bientôt la serre.
Le décor avait beaucoup changé depuis l’année précédente, sans doute parce que Ha Suyeon et nombre d’autres élèves de troisième année avaient obtenu leur diplôme et emporté les plantes et les animaux dont ils s’occupaient.
À la place, j’aperçus des pousses fraîches, des orchidées, des fleurs et d’autres plantes, visiblement apportées par les nouveaux élèves.
Un peu plus loin, des premières années s’entraînaient dur avec leurs animaux de compagnie.
Un ourson miniature lançait des directs dans le vide, tandis qu’un léopard bondissait dans tous les sens après un point laser.
Après avoir longé les lieux en observant tout ce qui s’y trouvait, nous arrivâmes enfin à la salle du club Nature.
En entrant, Park Na-ri désigna la table d’accueil sur le côté.
« Assieds-toi… là. »
« Avec plaisir. »
« Du café… ou du thé… ? »
« Du thé, s’il te plaît. »
Park Na-ri se mit bientôt à préparer le thé avec des gestes maladroits.
Elle fit un boucan de tous les diables, entre cliquetis et fracas, et transforma la moitié de l’étagère en champ de ruines, mais finit par apporter deux tasses qu’elle posa sur la table.
« Voilà. Il est peut-être un peu amer… C’est la première fois que j’en fais. »
« La première fois que tu reçois quelqu’un ? Ou que tu prépares du thé ? »
« Les deux… ? »
Je penchai légèrement ma tasse et répondis avec désinvolture :
« Ça se boit. Tu t’amélioreras avec de l’entraînement. »
« Mmh, je m’entraînerai davantage… Les petits ? »
Park Na-ri poussa un soupir de soulagement en appelant Beomi et Chaemi.
Les deux s’étaient rassemblées à mes pieds sans prévenir.
Elles fixaient Ombre-Gyu, fascinées.
« Miaou. »
« Cui, cui ? »
Beomi leva lentement une patte avant, puis l’abattit d’un coup sec.
Après quelques autres coups, elle se mit à gratter le sol des deux pattes.
Gratte, gratte, gratte, gratte !
Ombre-Gyu ne semblait pas avoir subi le moindre dégât ni le moindre effet, mais elle se tortilla comme si elle était agacée, puis se fondit directement dans mon ombre.
Park Na-ri baissa aussitôt les yeux vers mes pieds.
« Il y a quelque chose… ? »
« Qui sait. »
Je ferais mieux de ne pas lui dire : « En fait, une Senior déguisée en élève plus jeune se cache là-dessous ! »
Quand je pris un air innocent, Park Na-ri parut perplexe, mais décida apparemment de laisser tomber pour le moment.
Elle désigna alors Beomi et Chaemi avant de me demander :
« Tu peux surveiller les petits un instant… ? »
« Tu vas quelque part ? »
« Chercher… le capitaine. »
« Bien sûr. Vas-y. »
Dès que Park Na-ri eut quitté la salle du club,
Ombre-Gyu ressortit en se tortillant et se mit à taquiner Beomi et Chaemi.
Quand elles se lancèrent à sa poursuite, elle leur échappa dans un froufrou ; au moment où elles faillirent l’attraper, elle leur fila de nouveau entre les pattes.
« Tu sais vraiment bien jouer. »
[Je m’ennuie, moi aussi.]
C’était compréhensible, si elle devait rester tout le temps accrochée à mon ombre.
Même si c’était elle qui l’avait choisi.
Après avoir regardé leur partie de chat pendant un moment, je vis Park Na-ri revenir en compagnie d’un élève de troisième année.
La première pensée qui me traversa l’esprit fut :
Il est à l’opposé exact de la Senior Ha Suyeon.
Devant moi se tenait un homme à l’allure sauvage, comme s’il avait passé un mois à vivre dans la Grande Forêt.
Il avait dû traverser des endroits difficiles, car son uniforme était en lambeaux de la tête aux pieds.
On aurait plutôt dit qu’il se promenait vêtu de guenilles.
Son corps, visible sous les morceaux de tissu, était couvert de muscles tendus et de cicatrices, petites et grandes.
Le capitaine du club Nature m’observait lui aussi à sa manière. Il finit par froncer les sourcils.
« … C’est étrange. Très étrange. »
Il leva un doigt et compta les personnes présentes une à une.
Puis il recommença à compter, marmonnant que quelque chose clochait.
N’y tenant plus, Park Na-ri prit timidement la parole.
« Capitaine… Qu’est-ce qu’il y a, cette fois ? »
« Il nous manque pourtant quelqu’un. »
« Devant un invité… ce n’est pas poli. »
« Mmh. C’est vrai. »
« Et tes vêtements… Habille-toi. »
« Mmh. Compris. »
Le capitaine du club Nature hocha silencieusement la tête, ouvrit son inventaire, en sortit une veste d’uniforme et l’enfila à la va-vite.
Après avoir fermé quelques boutons, il contracta le haut de son corps.
Rrrrriiip.
Quelque chose se déchira.
Mais comme si cela lui arrivait tout le temps, il n’y prêta aucune attention et se présenta.
« Je m’appelle Kwon Uram. »
« Kim Ho. »
« Pardonne-moi d’avoir été impoli alors que nous venons à peine de nous rencontrer. J’ai sans cesse l’impression qu’il y a quelqu’un d’autre ici. »
Il ajouta qu’il s’était demandé si la Senior Dang Gyu-young était venue.
Son instinct de bête avait dû se manifester, comme chez Beomi et Chaemi.
Je répondis d’un ton calme :
« Ce n’est rien. Si tu as pensé à cette Senior, c’est que vous avez dû avoir des liens. »
« Elle m’a beaucoup aidé dans toutes sortes de domaines. Surtout quand je descendais sous terre. »
En gros, ils avaient tous deux appartenu à l’Alliance des guildes, et il avait aussi souvent fait appel au service de courses du Club des voleurs.
À en juger par son allusion aux descentes sous terre, il avait sans doute demandé un guide lors de ses explorations non autorisées.
Comme s’il se souvenait soudain de quelque chose, Kwon Uram me dévisagea.
« À bien y penser, j’ai entendu dire que cette Senior appréciait particulièrement un élève de première année… »
« C’est moi. »
« Je comprends mieux pourquoi je me suis trompé au départ. Tu as quelque chose en commun avec la Senior Dang Gyu-young. »
« On dit que les gens se ressemblent d’autant plus qu’ils sont proches. »
En réalité, il ne s’était pas trompé. Il y avait bel et bien quelqu’un d’autre qui se cachait sous mes pieds.
Ombre-Gyu sembla ravie par cette histoire de ressemblance entre personnes proches et se mit à danser joyeusement.
Kwon Uram hocha la tête et poursuivit :
« Je vois. Comment va cette Senior ? »
« Très bien. J’ai encore été en contact avec elle récemment. »
« Transmets-lui mes salutations la prochaine fois. Dis-lui que je lui rendrai la pareille, c’est promis. »
« Je n’y manquerai pas. »
« J’ai entendu dire que Park Na-ri avait elle aussi une dette envers toi. »
« Ce n’est rien d’extraordinaire. »
Comme j’expliquai modestement que je m’étais contenté de lui parler d’une Pièce Cachée et de lui donner une solution, Park Na-ri intervint :
« Je… te suis reconnaissante. Beomi aussi. »
« Miaou. »
« Je veux vraiment… te rendre la pareille. »
« Tu l’as entendue. Si tu veux quelque chose de nous, dis-le. »
À l’origine, j’avais prévu d’aborder ma demande à ce moment-là.
Mais, contre toute attente, j’avais obtenu un bien meilleur moyen de négocier auprès du Club d’ingénierie magique.
« Avant ça, j’aimerais vous montrer quelque chose. »
« … ? »
Je tournai la tête vers Park Na-ri.
« Tu peux me donner le cube un instant ? »
« … ? D’accord. »
Je reçus le [Cube de vie (B)] et l’examinai rapidement.
Il était dans un état lamentable, couvert de rayures et de marques de bec.
Je l’avais nettoyé une fois pendant les travaux de rénovation, mais Beomi et Chaemi avaient dû le malmener, car il avait déjà retrouvé cet état.
« Ce serait mieux de le remplacer complètement. »
« Un nouveau… ? »
« Oui, un nouveau. »
Comme si je l’avais ramassé en chemin, je posai le cube de rang S sur la table avec un bruit sourd.
Kwon Uram et Park Na-ri ne purent cacher leur stupeur.
« Quoi ? »
« Comment… ? »
Ils se tournèrent vers moi en même temps. Je leur répondis avec un sourire en coin.
« Bong Jaeyeong a bien travaillé. »
« J’ai entendu dire que la petite sœur du président Bong était un génie comme on n’en voit qu’une fois par siècle. Même comme ça, je pensais qu’elle n’y arriverait pas cette année. »
« Elle a progressé plus vite que prévu, elle aussi. Elle m’a dit qu’elle en avait déjà terminé un, alors je l’ai apporté. »
En échange, je reprendrais le prototype.
Mais même après mes explications, Park Na-ri ne semblait toujours pas y croire.
« C’est vrai… ? »
« Oui. Il est à toi. »
À proprement parler, il appartenait à la guilde et au club Nature, mais pour l’instant, personne ne le méritait plus que Park Na-ri.
Tandis que la propriétaire de l’objet hésitait, les maîtresses des lieux prirent les devants.
« Miaou. »
« Cui, cui, cui… »
Beomi et Chaemi sautèrent sur la table.
Elles tournèrent autour du cube comme pour l’inspecter, puis s’y faufilèrent avant que quiconque puisse les arrêter.
Une fois confortablement installées, elles émirent des sons semblables au démarrage de moteurs de moto.
« Pr r r r… »
« Crrr… »
Je les observai du coin de l’œil, puis dis à Park Na-ri :
« On dirait qu’elles l’aiment bien. »
« Mais je ne t’ai même pas encore… rendu ce que je te dois pour la Pièce Cachée… »
« Ne te sens pas trop obligée. »
Kwon Uram hocha lentement la tête et reprit :
« Exactement. Tu n’as qu’à rendre ce que tu as reçu. »
« C’est vrai. »
« Je pense qu’il est temps de savoir ce que tu veux. »
« C’est peut-être une demande un peu difficile. »
« Forcément. Tu as même apporté un cube avant d’en parler. Vas-y. »
Je marquai une brève pause, puis pris la parole.
« J’aimerais rencontrer le Dragon des Montagnes. »
« … ! »
« … ! »
Ils écarquillèrent les yeux et échangèrent un regard.
Kwon Uram finit par me poser une question.
« Ce ne sera certainement pas facile. Qu’est-ce que tu lui veux, exactement ? »
« Une [Consécration] pour un objet en bois. »
Quand je sortis le [Conifère millénaire (S+)] et le leur montrai, ils furent de nouveau stupéfaits.
Même eux ne voyaient pas souvent des objets de rang S+.
Après avoir poussé un grognement sourd et réfléchi un instant, Kwon Uram déclara :
« Si tu nous le demandes, c’est que tu as déjà une idée de la situation. »
« Dans les grandes lignes, oui. »
Le nombre de personnes autorisées à gravir la grande montagne pendant une période donnée était limité.
Le Dragon des Montagnes préférait le calme de nature et n’aimait pas que des gens viennent trop souvent faire du bruit.
Kwon Uram ajouta :
« La priorité revient surtout à Emerald, à Nature ou aux groupes qui entretiennent des liens étroits avec eux. »
« Sans doute parce que leurs attributs sont similaires. »
« Oui. En pratique, les étrangers gravissent rarement la montagne. »
« … »
Je ne répondis rien et attendis, un sourire aux lèvres.
Kwon Uram et Park Na-ri prirent alors la parole à tour de rôle.
« Mais après que tu as fait tout ce chemin, nous ne pouvons pas refuser au moins d’étudier ta demande. »
« Je trouverai un moyen… ! »
« Tu as déjà choisi quand ? »
Autrement dit, à quel moment je gravirais la montagne pour rencontrer le Dragon des Montagnes.
Je répondis sans prendre le temps d’y réfléchir.
« Le plus tôt sera le mieux. Si possible, pendant les vacances d’été. »
« Les vacances d’été, en plus. C’est à ce moment-là que la concurrence est la plus rude. »
Eh oui, tous les autres élèves quittaient eux aussi l’Île du Donjon à cette période.
Bien sûr, ce n’était pas à moi de m’en soucier.
C’étaient eux qui avaient dit qu’ils trouveraient un moyen.
« Je vais contacter la guilde. »
« … »
« Je parlerai aussi de la [Consécration] au Dragon des Montagnes, mais je ne peux rien te garantir là-dessus. »
« S’il refuse, tant pis. »
La [Consécration] ne se contentait pas de consommer un peu d’énergie. D’ordinaire, même la plupart des rangs S et S+ préféraient l’éviter.
Le Dragon Météore l’avait même reportée, en disant qu’on en reparlerait une fois le conflit avec le Démon de Sang réglé.
Et pourtant, elle était extrêmement amicale envers moi et la famille Seo.
Compte tenu de tout ça, le Dragon des Montagnes n’avait aucune raison particulière d’accéder à ma demande.
Mais il ne me rejettera sans doute pas d’emblée.
Un parfait inconnu débarque avec un [Conifère millénaire (S+)] et demande une [Consécration] ?
Et en plus, Kwon Uram, Park Na-ri, Gwak Seungjae et les autres me recommandent ?
Ça pourrait l’intriguer, même s’il ne l’était pas au départ.
Au minimum, il voudrait probablement me rencontrer d’abord.