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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 1 : Tu crois que ça va marcher ?
──────
« Grand frère ! Aide-moi, je t’en prie !
— Encore ? Tu as besoin d’aide ?
— Juste un petit coup de main. Je crois que je peux conquérir son cœur si tu m’aides.
— Haha, petit frère, tu es vraiment irrécupérable ! Bon, bon, j’ai compris ! »
Pris isolément, cet échange n’avait rien d’extraordinaire.
Mais en réalité, il signifiait…
« Qu’est-ce que tu racontes, espèce de taré ?! »
Ce qui se passait, c’était qu’un grand frère laissait son cadet, fou amoureux, dilapider les ressources du pays.
Le puissant Empire de Velos.
Il s’étendait sur les vastes régions du nord et de l’est du continent de Rand.
Cette terre regorgeait de ressources souterraines et conférait au pays une puissance écrasante.
On y trouvait même des ruines antiques où des artefacts apparaissaient presque tous les jours.
« Si je devais comparer ça à la Terre… ce serait comme réunir l’Arabie saoudite et les États-Unis, avec du pétrole à l’infini… et leur puissance militaire ? »
Son territoire était immense et ses ressources abondantes.
Même les monstres dangereux qui vivaient dans le nord n’étaient que de rares ressources face à la puissance du grand empire.
Pourtant, au fil du roman, l’empire déclinait et s’affaiblissait peu à peu.
Pourquoi ? Parce que l’idiot de second prince impérial était tombé amoureux d’une princesse du royaume occidental de Macelin et lui avait tout donné.
Vraiment tout.
Vous manquez de ressources ? Je vais vous aider.
Vous n’avez pas assez de puissance militaire ? Je vous en prête.
Vous partez en guerre ? Je me joins à vous.
Et ça comprenait les hommes, l’aide alimentaire et tout le reste.
Ce taré était tellement aveuglé par l’amour qu’il vivait comme s’il était prêt à céder l’empire tout entier.
« Non, si tu étais amoureux, tu n’avais qu’à te débrouiller tout seul… Faire défection et aller t’amuser ailleurs. Pourquoi donner tout ce que possède le pays ? Ce n’est même pas à toi. »
Bien sûr, rien de tout cela n’aurait été possible si le second prince impérial avait été le seul idiot.
Être stupide était déjà une faute en soi, mais il n’avait pas le pouvoir de prendre toutes ces décisions aberrantes.
C’est pourquoi la personne que je détestais le plus, c’était…
« Ce fichu premier prince impérial. »
C’était ce grand frère psychopathe qui accédait à toutes les demandes de son idiot de petit frère.
Le premier prince impérial, Bellon Velos.
Héritier légitime du trône, il était le prince héritier incontesté.
Il était beau, remarquable au combat et couvert de toutes sortes d’autres qualificatifs flatteurs.
Mais on pouvait le résumer en une seule phrase.
Ce type aime juste ses cadets.
Qu’avait donc fait l’empereur pour que tous ses enfants tournent aussi mal ?
À force d’avoir pour enfants une bande d’imbéciles au grand cœur, mais incapables, l’empire s’effondra à une vitesse folle.
Tout commença avec les demandes délirantes du second prince impérial.
Puis vinrent les jérémiades de la première princesse impériale, et ainsi de suite.
Tous ses cadets étaient fous amoureux et couraient partout comme des idiots, sans se soucier de rien d’autre.
Et leur frère aîné se contentait de rire doucement et d’accéder à chacune de leurs demandes.
Le résultat fut exactement celui que j’avais décrit : l’empire se désagrégeait peu à peu.
Ses forces redoutables s’affaiblissaient parce qu’on les distribuait à tout le monde, tout comme ses ressources et même ses divers artefacts.
L’empire aurait dû garder tout cela pour lui, mais au lieu de ça, on aurait dit qu’il disait : « J’en ai fini avec cette vie, alors je vous donne tout mon équipement. »
On disait qu’une riche famille ruinée tenait trois générations, mais celle-ci fut anéantie avant même d’en atteindre trois.
Puis un autre problème se posa.
L’Empire de Velos n’est pas au cœur de ce roman.
Alors, au juste, qu’était l’Empire de Velos ?
Le grand frère riche et idiot du quartier ?
Le protagoniste devait commencer faible pour que l’histoire ait de quoi remplir ses pages et puisse montrer le plaisir d’une progression graduelle.
Alors on avait fait du protagoniste une princesse d’un royaume faible, puis tout le monde autour d’elle s’était mis à la couvrir de soutien.
Et c’est là qu’apparaissait une réplique particulièrement exaspérante.
« L’Empire de Velos… a dû se sentir accablé d’être aussi puissant depuis si longtemps.
— C-c’est vrai.
— Maintenant que vous avez partagé votre puissance et que tout le monde est devenu égal, ce poids doit être moins lourd. Ça ne vous fait pas du bien ?
— Si ! »
Après avoir tout siphonné, au lieu de la remercier, elle déclara :
J’ai délibérément affaibli votre empire parce que je pensais que sa puissance vous pesait.
« Beurk ! Pouah ! »
Comment ne pas être furieux ?
C’était un royaume faible qui disparaîtrait dès que l’Empire déciderait de lancer une guerre de conquête contre lui, mais comme sa princesse était l’héroïne d’un roman de fantasy romantique, elle parlait de « normaliser l’empire ».
Le second prince impérial avait même pleuré en entendant ça.
Mais pourquoi, au juste ?
Il était complètement fou.
« C’est vrai, je me suis senti accablé tout ce temps… Je crois que le poids de mes devoirs de prince s’est vraiment allégé. Ah… Peut-être que je n’étais pas fait pour être prince, au fond ? »
Il était même allé jusqu’à sortir cette absurdité.
Espèce de taré.
Mais quelle… quelle vie de prince as-tu donc menée ?
Il avait abandonné toutes ses responsabilités de prince, s’était installé dans un royaume faible et lui avait donné tout un tas de choses.
Il ne comprenait même pas ce que signifiait la présence du second prince impérial d’un empire dans le palais d’un autre pays.
Un otage, un prisonnier… Son cerveau fleuri n’envisage même pas qu’on puisse le retenir là-bas comme tel…
Chaque fois que je lisais ça, je m’énervais.
Mais si vous vous demandez pourquoi j’avais continué à le lire…
Ça s’était fait, c’est tout…
Je n’avais rien d’autre à faire.
Le roman était beaucoup mis en avant pour sa sortie.
J’avais du temps devant moi, alors je m’y étais essayé.
Quand j’avais repris mes esprits, j’en avais déjà lu un bon morceau et j’étais maintenant en train de le critiquer.
Mais qu’est-ce que foutait l’empereur ?
L’empire était démantelé sous nos yeux, et pourtant l’empereur n’était pas mentionné une seule fois.
Alors que c’était lui qui dirigeait véritablement le pays, c’était le premier prince impérial, un vrai oui-oui, qui acceptait toutes ces absurdités.
Comment le prince pouvait-il avoir le dernier mot à la place de l’empereur ?
Intrigué, j’avais parcouru les commentaires avec application, à la recherche d’une explication.
↳ C’est tellement palpitant que l’empereur ait disparu et que le premier prince impérial assure la régence.
↳ Pourquoi le premier prince impérial tient-il autant à ses frères et sœurs ?
↳ Céder un pays par amour, mdr. C’est vraiment un prince fou amoureux.
↳ Il aime ses frères et sœurs, il aime son pays. Quand son neveu ou sa nièce naîtra, il va peut-être carrément dire : « Hérite de l’empire ! »
Il n’y avait pas grand-chose d’autre.
C’était tout.
On aurait dit qu’ils n’expliquaient jamais pourquoi l’empereur avait disparu.
Mais à en juger par l’ambiance, l’empereur n’avait pas disparu pour une raison négative.
J’aurais pu continuer à lire, mais ça m’avait semblé être du gâchis, alors j’avais arrêté.
Les éléments de départ étaient tellement stupides que je n’arrivais pas à poursuivre.
« Il y a aussi beaucoup trop de facilités scénaristiques. »
Peut-être parce que la protagoniste était une princesse issue d’un pays faible.
Elle avait des capacités complètement absurdes pour compenser ses origines modestes.
En plus, le point de départ était qu’une Coréenne du XXI<sup>e</sup> siècle, qui connaissait l’œuvre originale de Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de me donner des choses, avait transmigré dans l’histoire.
Elle se servait de ses connaissances modernes pour lancer toutes sortes d’entreprises et bâtissait même une success story.
Autrement dit, tout ce qu’elle touchait devenait un immense succès.
« Si elle prend une épée, elle peut même battre des chevaliers… et tout le reste. »
Les seules pénalités censées la freiner concernaient son endurance et son jugement.
Même ces faiblesses étaient compensées d’une manière ou d’une autre par des artefacts ou le pouvoir des esprits.
Enfin, je n’aurai plus jamais à revoir ça.
Ça suffisait.
Franchement, ça ne servait à rien de s’énerver.
Je l’avais déjà lu et je pouvais simplement passer à autre chose, maintenant.
Je devrais encore m’endormir en lisant un roman aujourd’hui.
Tu m’auras diverti le temps que tu as duré, Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de me donner des choses.
Tu n’étais qu’un roman que j’avais lu parce que je m’ennuyais un peu. Allez, salut.
Je devrais me branler et aller dormir.
++++++
« Quoi ? Le royaume de Macelin est menacé ? Nous ne devrions pas les aider tout de suite ?
— … P-prince Bedin, nous ne pouvons pas prendre une décision pareille à la légère.
— Comment ça, nous ne pouvons pas ? Qu’y a-t-il de mal à aider notre royaume voisin ? Macelin est un pays faible, non ?
— J-je ne comprends tout simplement pas pourquoi ce serait à nous de les aider…
— Hein… Les gens ne sont-ils pas censés s’entraider pour resserrer leurs liens, puis se promettre un avenir ensemble grâce à cette amitié ? Comment pouvez-vous avoir une vision aussi étriquée ?
— … »
Mais qu’est-ce qui se passait ?
Qu’est-ce que c’est que ça ?
J’étais sûr de m’être branlé, puis d’avoir fermé les yeux dans mon lit.
Mais quand je les rouvris, un paysage inconnu s’étendait devant moi.
La première chose que je vis fut un lustre accroché au plafond, d’une richesse complètement indécente.
En dessous se trouvait une longue table ronde, du genre de celles qu’on pouvait voir lors d’une réunion du Conseil d’État.
… Je suis assis en bout de table ?
Je baissai les yeux sur le siège où j’étais installé et constatai que j’occupais bel et bien le bout de la table.
C’est un rêve ? Je fais un rêve particulièrement réaliste ?
Mais pourquoi ce que je venais d’entendre me semblait-il si familier ?
Comme je restais silencieux, à regarder autour de moi, perdu dans une situation que je n’avais jamais vécue, la discussion reprit.
« Il faut les aider ! Tout de suite ! Nous devons protéger leurs troupes !
— M-mais qu’en est-il de nos soldats…
— Nous ne sommes pas puissants ? Nous ne pouvons pas envoyer les Exécuteurs, réputés être les plus forts ?
— Les Exécuteurs sont la plus grande force de l’Empire. Comment pouvez-vous proposer aussi facilement de les envoyer dans un autre pays ?
— Hein… Justement, puisqu’ils sont les plus forts, ils peuvent régler le problème rapidement et revenir, non ?
— Prince Bedin, je vous en prie, réfléchissez-y encore…
»
À mesure que j’essayais de comprendre ce qui se passait, je commençai à saisir leurs propos.
Bedin ? Ils ont dit Bedin ?
Ce pouvait-il que ce soit Bedin, le personnage de Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de me donner des choses, le second prince impérial de l’Empire de Velos, ce psychopathe fou amoureux ?
Attends, attends…
Ça voulait donc dire que j’étais dans le roman ?
Une fois la situation comprise, mon esprit, qui venait de s’éclaircir, se remit à tourner.
Pourquoi avais-je transmigré ? Parce que j’avais trop râlé ?
Non, c’était normal de se plaindre un peu en lisant un roman, non ?
Pourquoi avais-je été transmigré sans mon accord ? Et qu’allait-il advenir de ma vie d’origine ?
Des dizaines de pensées se bousculaient dans ma tête.
« Mais à quoi bon tout ce discours ? C’est grand frère qui décide, non ? Tu comprends ce que je ressens, grand frère ! Tu vas m’écouter, pas vrai ?
— … ? »
Aux paroles du second prince impérial, mon esprit embrouillé s’éclaircit d’un coup.
Je le regardai, l’air de lui demander ce qu’il essayait de dire, et il me dévisagea avec espoir avant de se lancer avec enthousiasme :
« Nous allons envoyer les Exécuteurs au royaume de Macelin ! Ils sont en danger, il faut les sauver ! Pas vrai, grand frère ? Tu vas donner ton accord, hein ?! »
À ces mots, toute la colère que j’avais ressentie contre le second prince impérial me submergea.
J’aurais voulu lui expliquer calmement pourquoi c’était impossible, en commençant par toutes les raisons pour lesquelles cela ne pourrait jamais se faire.
Mais je n’étais pas doué pour les longs discours.
Alors…
« Hé, espèce de putain de taré. »
Je me contentai de balancer la conclusion.
Réfléchis deux secondes. Tu crois que ça va marcher ?
Notes de bas de page :
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