La décharge violette frappa la poitrine de l’apôtre et se répandit sur sa robe. Pendant un instant, je distinguai chaque pli du tissu. Puis elle disparut dans les marques violettes au-dessus de son col.
Il lissa le tissu d’un geste.
Derrière lui, le Roi orc enjamba la porte abattue. Le deuxième orc contourna la table en y traînant une main jusqu’à ce que le bois cède sous ses doigts.
J’envoyai une décharge plus faible vers son genou. Les mêmes lignes violettes apparurent sous sa peau.
« Encore, si vous le souhaitez », dit l’apôtre.
J’ouvris un Trou de ver près de ma main gauche et y plongeai le bras.
La première hache frappa le roi sous le menton. Sa tête se brisa au niveau de la douille. Le manche tournoya près de son oreille, mais il continua d’avancer.
J’en lançai une autre sur l’apôtre. Il leva l’avant-bras. Le métal heurta les marques violettes et entailla légèrement sa manche.
Cette entaille m’intéressa davantage que l’échec de mes sorts.
« Mon garçon, dit Mimir, on commence à manquer de choses à jeter. »
Le roi abattit sa massue.
Je me baissai et m’engouffrai dans sa garde. Des échardes me frappèrent le dos lorsque l’arme percuta la table. Je laissai le Trou de ver se refermer et pris appui.
J’avais passé des boucles entières à combattre dans cette posture. Me rappeler où placer mon poids était plus facile que de savoir quelle incantation ce corps pouvait se permettre.
Le genou du roi partit vers l’avant. Je pivotai contre sa cuisse et passai le long de sa jambe, côté extérieur, en gardant mon bras blessé plaqué contre mes côtes. Sa main libre se referma là où se trouvait ma tête.
Je frappai l’intérieur de son coude de la paume gauche. Son bras plia. À peine, mais juste assez pour me laisser passer.
Le deuxième orc me barra le passage.
Je renonçai à essayer de le dépasser et fonçai sur lui. Son poing passa au-dessus de mon épaule. Je lui enfonçai le talon dans le genou, agrippai le bord de sa ceinture et me propulsai autour de sa hanche.
Mon flanc s’ouvrit sous le bandage.
[Saignement.]
La notification resta près de sa jambe tandis que je dégageais ma botte de la robe enroulée autour.
« Vous n’avez ni la force ni les réserves nécessaires, dit l’apôtre. Qu’espérez-vous accomplir ? »
Je me baissai au moment où la massue du roi s’abattait sur l’épaule de l’autre orc.
Le choc nous projeta tous les deux sur le côté. J’atterris sur un genou et me relevai avant qu’ils puissent m’atteindre. Ma paume laissa une trace de sang sur le sol.
« Je bouge encore », lui dis-je.
Son bâton s’abattit avec assez de force pour ébrécher la pierre.
J’essayai de me rappeler la séquence de récupération de la voie du Moine. Mon corps entama le premier mouvement avant que je me souvienne que cette compétence appartenait à une autre boucle. Rien ne suivit.
Pendant une demi-seconde, j’attendis quand même.
Mimir cria.
Un poing remplit l’espace au-dessus de moi.
J’attrapai sa corde et tirai sa tête entre nous. Ses yeux s’écarquillèrent. Une lumière blanche jaillit de son visage, si près que je vis les os de mes doigts à travers ma peau.
Le poing s’écrasa sur le sol, à côté de ma botte.
« Préviens-moi ! » beugla Mimir.
« Tu aurais pu me prévenir. »
« Mais je l’ai fait, bon sang ! »
L’apôtre s’était couvert les yeux. Je laissai Mimir retomber contre ma hanche, enjambai le manche brisé de la massue et décochai un crochet du gauche dans la mâchoire de l’homme.
Sa tête pivota. Il tituba contre le roi.
J’ouvris un Trou de ver derrière lui et traversai avant qu’ils aient repris leurs esprits. Le déplacement tira désagréablement sur ma taille. Je réapparus près d’une hache tombée, la saisis par le manche et la lançai dans le dos de l’apôtre.
Cette fois, elle s’enfonça.
[Trou de ver : traversée terminée.]
Il tendit le bras derrière lui. Ses doigts touchèrent le manche, puis se retirèrent.
« Vous persistez », dit-il, en choisissant ses mots avec nettement moins de soin.
Du sang coulait sous son col. Les marques sur le cou du roi s’assombrirent.
J’avais trouvé quelque chose dont je pouvais me servir.
Le deuxième orc se tourna vers moi. Je fonçai sur son côté gauche, pris appui sur le banc renversé et sautai. Mon avant-bras droit s’abattit sur sa nuque. La douleur me remonta jusqu’aux dents.
J’agrippai son col de la main gauche et me hissai sur son dos.
Il passa une main par-dessus son épaule.
Je plaquai ma tête contre sa nuque. Ses doigts me raclèrent le crâne, puis se refermèrent sur du tissu vide quand je laissai mon poids basculer vers son côté droit.
Je serrai les jambes autour de ses côtes. Je lui tirai la tête en arrière et la tordis.
Quelque chose craqua. Il tomba sur un genou.
Il bougeait encore.
Une hache était restée coincée dans les sangles de son épaule. Je la dégageai et fis passer un faible filet de mana dans le manche, juste assez pour conduire la décharge jusqu’à la lame.
Je l’enfonçai à l’arrière de son crâne.
[Poing-sorcier : décharge au contact.]
[Orc vaincu.]
Son corps bascula vers l’avant. Je roulai maladroitement sur le côté, me cognai la hanche et laissai la hache où elle était. La circulation du mana s’éveilla après le meurtre. J’aurais voulu m’asseoir assez longtemps pour la sentir pleinement.
Le roi attrapa ma robe.
Il me souleva avant que j’aie pu déchirer le tissu pour me libérer.
Mes pieds heurtèrent son ventre. Je pris appui dessus, attrapai sa défense inférieure de la main gauche et me hissai vers son visage.
Son haleine chaude jaillit de sa bouche ouverte.
Je lui enfonçai le pouce dans l’œil.
Il me secoua. Ma prise sur sa défense glissa, et j’enfonçai la main plus profondément plutôt que de lâcher. Son autre main se leva. Je fis glisser mes doigts sur l’arête de son nez et frappai son œil valide avant qu’il ait le temps de le fermer.
Il hurla en plein dans mon visage.
Je m’écrasai au sol sous lui et rampai entre ses jambes. Son talon s’abattit sur ma robe. Le tissu se déchira alors que j’essayais encore de m’en dégager.
Au-delà de lui, une statue de pierre se dressait dans une alcôve. Quelqu’un avait posé une véritable épée sur ses bras. La lame était couverte de poussière, et une bande de tissu rouge était nouée autour de la poignée.
Je la dégageai à deux mains.
Les doigts de ma main droite lâchèrent prise. Je passai l’épée dans ma gauche avant qu’elle ne tombe.
Le roi se tourna vers le bruit et frappa à l’aveugle. Ses jointures brisèrent la mâchoire de la statue au-dessus de mon épaule.
Je déversai dans l’épée le peu de mana qu’il me restait.
[Imprégnation d’arme.]
[Mana : 0 / 300]
La lame trembla. Je m’avançai vers le roi tandis que son bras passait, baissai l’épaule et tailladai la plaie à découvert sous son armure abîmée.
Le tranchant s’enfonça là où les plaques s’étaient déjà fendues.
Je continuai de tourner. Mon coude gauche heurta son ventre et l’épée se dégagea, avec assez de force pour m’entraîner d’un pas de plus.
Ses genoux fléchirent.
[Roi orc vaincu.]
La lame s’était tordue près de la poignée. Je la lâchai et tentai de me redresser. Ma taille refusa de coopérer, alors je restai courbé.
L’apôtre avait retiré la hache de son dos. Il la tenait à deux mains, les yeux fixés sur le sang qui maculait sa tête.
J’avais oublié Petra.
Elle était étendue près du mort, un coude en appui sur le sol. Son arc tremblait tandis qu’elle essayait de bander la corde. Je détournai le regard avant que l’apôtre ne suive mon attention.
« Vous auriez dû mourir », dit-il.
Il lança la hache. Je m’écartai, mais mon pied traîna, et le manche me heurta le tibia.
Je faillis tomber. Une boucle se trouvait près de ma main, une petite boucle carrée, et je tendis le bras vers elle comme si elle pouvait m’aider à me relever.
L’apôtre leva son bâton.
Petra lâcha sa flèche.
Elle lui entra dans l’œil.
Il poussa un petit cri indigné et lâcha son bâton. Ses deux mains se levèrent vers la flèche. Je traversai la distance tandis qu’il la touchait encore.
Mon bras droit refusait de se lever. Je joignis les doigts de la main gauche, alignai mon poignet et enfonçai ma main sous ses côtes comme j’y aurais planté une épée fine.
Sa robe déchirée céda sous mes phalanges.
Je poussai jusqu’à ce que mon poignet disparaisse en lui. Quelque chose bougea sous mes doigts. Sa bouche s’ouvrit contre mon oreille.
Puis il éclata de rire.
« Comment ? Du sang coulait sur sa lèvre inférieure. Vous n’avez plus de mana. »
J’essayai de retirer ma main.
Ses bras se refermèrent sur moi.
Sa prise fut d’abord faible. Je pivotai de l’épaule, m’attendant à m’en dégager. Ses ongles accrochèrent ma robe, dans mon dos, tandis que les marques violettes s’étendaient de son crâne à son cou.
Mimir se mit à crier.
Je ne parvenais pas à distinguer ses mots du bruit qui sortait de la bouche de l’apôtre.
Je frappai l’apôtre à la gorge avec mon front. Son menton heurta mon crâne, mais ses bras se resserrèrent. Derrière lui, Petra tirait une autre flèche de son carquois. Elle la laissa tomber, puis tendit de nouveau la main pour la ramasser.
Le sol disparut sous mon pied droit.
J’agrippai le col de l’apôtre de ma main prisonnière et tirai. Le tissu se déchira. Sa peau s’ouvrit le long des marques, sans laisser couler une goutte de sang.
L’obscurité s’ouvrit à l’intérieur de ces fissures.
J’essayai de tendre le bras au-delà de lui vers la pierre. Mes doigts la touchèrent une fois. Puis son corps m’attira à lui, et la citadelle se réduisit à l’arc de Petra et à une bande de feu au-dessus de son épaule.
Le feu disparut.
Mimir parlait toujours contre ma hanche. Je sentais sa bouche bouger à travers le tissu, même si je ne l’entendais plus.
L’apôtre ne lâchait pas prise. Je glissai mes doigts libres sous son poignet et continuai d’essayer de le soulever.