Chapitre 2 030
Un million trois cent mille ans après la signature de l'Accord, une petite armée envoyée par les Primordiaux Anciens déferla vers les Royaumes d'Origine. Ils se comptaient par billions… à l'échelle de cette bataille, ce n'était qu'une force mineure.
À la lisière où les Limbes rencontraient la frontière des Royaumes d'Origine, l'armée destinée à mettre fin à tout ce qui était bon au sein de l'Existence commença à se rassembler, tel un raz-de-marée de cauchemar devenu tangible.
Le mot « billion » semblait dérisoire, mais le voir de ses propres yeux était une tout autre affaire. La noirceur de leur nombre s'étirait si loin qu'elle se courbait selon la géométrie de l'espace multidimensionnel, engloutissant la lumière des étoiles, dévorant la faible lueur aurorale qui marquait depuis toujours la frontière entre les Royaumes d'Origine et l'espace désolé que les Limbes étaient devenus.
Ils avançaient en silence, un phénomène étrange à observer pour des créatures du chaos et du désordre ; certains étaient petits comme des fourmis, d'autres plus vastes que des univers, et pourtant, tous ces monstres avançaient à l'unisson. Leurs pas sur le tissu de l'espace et du temps résonnaient comme le battement de tambour annonçant leur arrivée.
À travers les dix mille Royaumes d'Origine, les défenseurs s'éveillèrent face à l'apocalypse. C'était ce à quoi ils se préparaient chaque jour, et une évaluation rapide fut transmise par les éclaireurs pour déterminer le nombre de leurs ennemis et leur niveau de menace.
Alors que les rapports affluaient, les défenses des Royaumes d'Origine entrèrent en action. De minuscules points de lumière surgirent de l'un des Royaumes d'Origine les plus avancés, formant une tortue massive faite de pure lumière.
Il y a des centaines de milliers d'années, Eos avait finalement accordé à Ananke, la Bête de l'Inévitabilité, son propre Royaume d'Origine à protéger et à gérer.
La Bête s'habituait rapidement à protéger son domaine et recouvrait lentement la puissance perdue lors de l'attaque inattendue d'Enoch. Elle fut l'une des premières à se dresser lorsqu'elle perçut la menace imminente.
Ses yeux blancs brillaient comme des étoiles. Le corps de tortue qu'elle avait créé à partir de lumière s'étendit jusqu'à dominer plusieurs Royaumes d'Origine. Elle ouvrit ses gueules — celles de la tortue et du serpent — et une lance d'effacement pur, brillant comme la première étoile de l'Existence, fendit la distance pour percuter l'armée du cataclysme.
Un billion de silhouettes translucides au loin, à peine discernables, cessèrent simplement d'exister. Effacées jusqu'à leur racine.
La lance d'effacement de la Bête de l'Inévitabilité supprima même leurs souvenirs de l'existence. Là où sa lumière touchait, l'espace et le temps s'effondraient en points de néant, entraînant les monstres environnants dans une implosion récursive qui faisait gémir l'Existence elle-même.
La marée noire surgie de nulle part recula pour la première fois, un tressaillement visible se propageant à travers les billions d'entités. Mais ce recul dura moins d'un battement de cœur.
La Progéniture Abyssale du Démon Primordial surgit pour combler la brèche créée par la Bête de l'Inévitabilité. Des horreurs chitineuses de la taille de cités vomirent des nuages de venin qui rongeaient la membrane entre les royaumes. Des Titans de la Progéniture rugirent, chaque gueule étant une fournaise de corruption, et se propulsèrent à travers l'espace et le temps, entraînant toute leur armée avec eux, donnant l'impression que cette masse colossale se téléportait.
Un instant, ils étaient à des quadrillions d'années-lumière, et l'instant d'après, la distance n'était plus que de quelques billions. À cette vitesse, ils allaient percuter la frontière des Royaumes d'Origine en quelques battements de cœur.
Partout dans les Royaumes d'Origine, des silhouettes mystérieuses vêtues de robes noires couvrant tout leur corps commencèrent à s'élever dans les airs. Toutes possédaient les pouvoirs des Primordiaux !
Ils ne firent aucun geste ; ils se contentèrent d'observer une puissante vague de lumière et d'énergie s'élever des Royaumes d'Origine pour s'abattre sur l'armée.
L'espace devant cette vague sembla s'étirer avant de se briser.
Il est à noter que, tandis que cette vague de lumière et de puissance émergeait des Royaumes d'Origine, elle balaya le corps massif de la Bête de l'Inévitabilité. Celle-ci rugit, imprégnant chaque onde de puissance qui la traversait de la capacité d'effacer, de défaire et de briser.
La première vague percuta les énormes mastodontes en tête de horde, les pulvérisant jusqu'au néant. Ces créatures, dont l'état pouvait boucler à travers le temps, se retrouvèrent figées en pleine transformation, leurs corps coincés entre le présent et le passé.
Cela créa une dissonance massive dans l'Existence : les Limbes se rétractèrent à cet endroit pendant un instant avant de se dilater, provoquant une explosion colossale qui déchiqueta des milliards d'entités.
Des créatures mi-dragon, mi-sauterelle hurlèrent alors que leurs propres paradoxes les déchiraient de l'intérieur, leurs corps s'effondrant en une poussière fractale qui remontait vers le vide des Limbes.
Cependant, l'effacement n'était que la première série de concepts imprégnés dans la volée dévastatrice déchaînée par les Royaumes d'Origine. Plusieurs souffles Primordiaux commencèrent à s'élever de la terre, injectant leurs pouvoirs dans les vagues d'énergie qui jaillissaient continuellement des Royaumes d'Origine.
C'était comme si les dix mille Royaumes d'Origine respiraient. À chaque expiration, ils libéraient des ondes massives d'énergies destructrices qui transformaient l'espace séparant l'armée du cataclysme des Royaumes d'Origine en un champ de mort fait de lumière aveuglante, de géométries impossibles, de cisaillements temporels, de surcharge mémorielle et de feu purificateur.
La puissance d'Origine fit trembler les Limbes et résonna profondément au loin ; même une douzaine de Primordiaux auraient eu du mal à survivre au milieu de ce bombardement, mais l'armée continua d'avancer.
Des billions périrent lors de la première salve, peut-être un tiers de leur nombre effacé en quelques minutes qui semblèrent durer des siècles. Mais des billions d'autres surgirent pour prendre leur place. L'Armée du Cataclysme n'avait pas d'arrière ; elle n'était que front, que faim, qu'inévitabilité.
Les Titans de la Progéniture formèrent des ponts vivants, leurs corps colossaux s'enchaînant à travers le vide, créant des autoroutes de chitine et d'ichor pour que les horreurs plus petites puissent ramper.
Des spectres d'âmes chevauchaient ces ponts, leurs gueules en vortex buvant la Force d'Origine résiduelle qui fuyait des membranes fissurées.
Des Béhémoths Paradoxaux déformèrent l'espace local afin que les lances de destruction envoyées par les Royaumes d'Origine se courbent et frappent leurs propres royaumes.
Des Chronophages se faufilèrent à travers les failles temporelles, émergeant à la frontière des Royaumes d'Origine pour cracher leur poison, mais des vagues de lumière purificatrice les éradiquèrent, eux et leur corruption.
La volée se poursuivit pendant des heures, puis s'arrêta aussi soudainement qu'elle avait commencé. Mais il n'y eut guère de célébration dans les Royaumes d'Origine ; ce n'était qu'une fraction infime des armées qui allaient s'abattre sur eux, et ils avaient réussi à atteindre leur frontière.