Chapitre 13
Elle n’était pas là. Pourtant, Richard parlait comme si elle se tenait à ses côtés.
Parce que Richard, le Transcendant, possédait une ouïe fine, il avait pu surprendre la conversation entre Marie et le gardien à l’extérieur.
« … Que dois-je faire ? »
Face à une situation délicate, il aurait aimé voir la servante chargée de son repas paniquer.
Il ne voulait pas lui en dire davantage.
« On dirait qu’elle va obtenir de l’aide, alors devrais-je lui faire savoir… »
Peu importe l’option qu’il choisirait, cela promettait d’être assez amusant.
Richard attendit que sa servante vienne le voir à l’aube.
*****
Le chef était-il, malgré son attitude bourrue, quelqu’un qui prenait soin des autres ?
Il servait des desserts depuis quelques jours, et la qualité de ceux-ci avait considérablement changé depuis que je lui avais parlé du problème avec la servante de cuisine.
C’était délicieux, mais…
Comment vais-je réussir à terminer ce gâteau à deux étages ?
« Si tu ne veux pas manger, ne mange pas. »
Contrairement à son ton froid, il me tendit un gâteau à deux étages.
« … Merci, je vais le manger avec plaisir. »
Qu’est-ce qui lui prend tout à coup ?
Je n’en savais rien. Tout ce que je savais, c’est que c’était une bonne chose.
C’était trop volumineux pour tenir sur le plateau.
À l’aide d’un chariot, je plaçai le repas de Richard ainsi que le gâteau qu’on m’avait offert, puis je me dirigeai vers la chambre de Richard.
Cependant, un serviteur vêtu d’une tenue louche, que je n’avais jamais vu au sous-sol, se trouvait là.
Je clignai des yeux en regardant le gardien. Qui est-ce ?
Le gardien secoua la tête, comme pour dire qu’il n’en savait rien.
« Rosie ! J’ai entendu dire que tu servais le repas de ce monstre. »
Ah, il connaît Rosie ?
« … Oui, et alors ? »
« Tu n’es pas fatiguée ? »
Le serviteur me lança un regard pesant et effleura le dos de ma main qui tenait le chariot.
Lorsque je me dérobai à ce contact désagréable, les sourcils de l’homme se haussèrent.
« Ce n’est pas difficile. Il s’agit juste d’apporter des repas. »
Quelle était la relation entre cet homme et Rosie ?
Vu la désinvolture avec laquelle il cherchait le contact physique…
C’était soit un amant, soit quelqu’un d’insupportable qui lui mettait la pression.
C’était l’une ou l’autre.
L’important, c’est que même s’il était l’amant de Rosie, cet homme était une personne déplaisante à mes yeux.
« Si tu as des difficultés, dis-le-moi n’importe quand. »
« Et si je t’en parle, qu’est-ce qui se passe ? »
« Hein ? »
« Si je t’en parle, tu t’occuperas du repas à ma place ? »
Je souris comme si j’étais prête à lui céder le chariot à tout moment.
Alors, le serviteur, qui venait de prétendre qu’il ferait n’importe quoi, eut un sourire narquois, comme si l’idée ne lui plaisait pas.
Ça a marché.
Richard était connu ici comme un monstre qui fascinait et blessait brutalement les gens, c’était donc naturel.
Les rumeurs sont si drôles. Comment peut-on y croire si facilement sans même avoir vu quoi que ce soit ?
« Si tu ne comptes pas le faire pour moi, je m’en vais. Je dois apporter ce repas à la personne à l’intérieur. »
« Attends, Rosie. De quoi tu parles ? »
« … Est-ce mal pour la personne de service d’apporter à manger ? »
« Non, ce n’est pas ça. Pourquoi appelles-tu ce monstre comme ça ? »
C’était certain.
Le serviteur devant moi était du genre malfaisant.
Si elle sortait avec ce type, Rosie était aveugle, et si elle était harcelée par lui, elle était une personne à plaindre.
« Alors, comment devrais-je l’appeler ? »
« Tu appelles le monstre "le monstre", comment veux-tu l’appeler sinon ? »
« Alors, comment appelles-tu une personne ou un animal qui a un nom ? »
« Hein ? »
« Tu les appelles par leur nom. Ce serait bizarre d’appeler les gens "gens" et les animaux "animaux", non ? Mais je ne connais pas son nom, alors je l’ai appelé "la personne à l’intérieur". Quel est le problème ? »
« … Non, Rosie. Je veux dire… »
Je savais très bien ce que l’homme voulait dire, mais je ne voulais pas l’accepter.
« Je m’en vais maintenant. Je dois lui apporter son repas. »
« Euh… »
J’ouvris la porte de Richard sans même regarder l’homme.
Richard me fixa et ouvrit lentement la bouche.
« Servante. »
« Oui ? »
« Alors, pour la servante, suis-je un monstre ? »
*****
La servante est-elle une adoratrice du démon ?
C’était une question qui préoccupait Richard ces derniers temps.
Un jour, une servante était apparue devant lui en disant que c’était à son tour de lui servir ses repas.
Au moment même où elle était apparue, plusieurs variables avaient joué un rôle dans sa vie.
Elle était froide avec lui lorsqu’il essayait de l’approcher, mais elle était très attentive à ses besoins.
Richard ne pouvait pas comprendre un tel comportement.
Jusque-là, il aurait pu la traiter comme n’importe qui, mais il avait surpris la conversation du gardien.
« La servante est sortie pour attraper la personne qui avait mis quelque chose de bizarre dans la nourriture ? »
Pourquoi avait-elle fait ça ?
Richard ne pouvait pas comprendre.
Après avoir réfléchi, il en était arrivé à une conclusion.
Si sa vie était menacée, elle en souffrirait aussi gravement.
C’était une conclusion très simple, mais pourquoi y avait-il réfléchi si longtemps ?
« Mais est-elle vraiment une servante ordinaire ? »
Le parfum qui émanait de son corps. Il s’interrogeait à ce sujet.
Ce parfum apaisait la douleur qu’il ressentait en tant que Transcendant et tempérait même ses émotions lorsqu’il était pris d’une intense intention meurtrière après avoir pris des stimulants.
Cela le mettait mal à l’aise.
Il était vrai qu’elle lui apportait du réconfort, mais il n’était pas ravi que quelqu’un puisse influencer son corps.
La servante était un être tout à fait exceptionnel.
Ainsi, Richard prit une décision.
Tant que la servante continuerait à lui apporter ses repas, il se rétablirait, ce qui faciliterait l’élaboration de ses plans d’évasion.
Il décida donc : il s’enfuirait et forcerait la servante à le suivre.
Jusqu’à présent, elle avait eu un effet positif sur son corps, il jugeait donc qu’il n’y avait aucun inconvénient à l’avoir à ses côtés.
Si Rosie l’apprenait, elle serait choquée et terrifiée.
Elle crierait et protesterait en demandant où était passé son libre arbitre, mais cela dépassait les intérêts de Richard.
Soudain, un parfum doux s’attarda au bout de son nez. Au même moment…
« Rosie a vraiment dit qu’elle s’ennuyait de moi ? »
Une nouvelle voix s’éleva de l’extérieur de la pièce.
« C’est un secret, alors surveille ton langage. »
Il entendit un « Chut », comme si le gardien lui avait demandé de se taire.
À cela, Richard ricana. Il pensa que s’il quittait cet endroit, aucun des deux ne s’en sortirait indemne.
« Rosie ! »
Alors que Rosie s’approchait, une voix désagréable l’accueillit.
Richard essaya d’appeler le nom de l’homme à voix basse.
C’était inutile, car c’était un nom qu’il oublierait de toute façon peu de temps après.
« J’ai entendu dire que tu servais le repas de ce monstre. »
Les paroles qui suivirent étaient vraiment ridicules.
Rosie semblait mal à l’aise à chaque fois que l’homme parlait, et, de façon incompréhensible, ce fait procurait à Richard une étrange satisfaction.
« Si tu as des difficultés, dis-le-moi n’importe quand. »
N’est-ce pas incroyable à entendre ? Quel est l’intérêt d’inventer ça ?
« Si je te le demande, tu t’occuperas du repas à ma place ? »
Cependant, bien que ses paroles suivantes aient du sens, Richard se sentit étrange, car elle semblait prête à céder le repas à tout moment.
Pourquoi ?
Parce qu’il souffrirait à nouveau sans elle ?
Contrairement à ses craintes, la servante continuerait à le servir pour le reste de la période.
Il fut étrangement soulagé par cette idée.
« Alors, comment appelles-tu une personne ou un animal qui a un nom ? »
« Hein ? »
« Tu les appelles par leur nom. Ce serait bizarre d’appeler les gens "gens" et les animaux "animaux", non ? »
Richard fut envahi par un sentiment étrange à ces mots que la servante avait prononcés sans difficulté.
Ah. Comme prévu, sa servante était douée.
Peu après, la servante entra. Alors il demanda impulsivement :
« Servante. »
« Oui ? »
« Alors, pour la servante, suis-je un monstre ? »