Chapitre 319
Je me trouvais actuellement dans un poste de garde. Enfin, peut-être était-ce une cellule de prison. Quoi qu'il en soit, le fait est que j'étais enfermé. Enfermé et en train de m'entraîner. Pompes, gainage, tractions, etc.
[Votre Force augmente de 0,1]
[Votre Vitalité augmente de 0,1]
[Votre Endurance augmente de 0,1]
Comme le montraient les alertes ci-dessus, l'exercice se passait plutôt bien. J'avais enregistré une augmentation de 0,6 point en seulement 36 heures. Je n'aurais jamais pu connaître une telle progression sur Terre.
« ... »
Je regardai les veines saillantes sur mon avant-bras. À ce rythme, je pensais pouvoir retrouver mes capacités d'origine en quelques mois.
BOUM— !
Soudain, la porte vola en éclats.
Je levai la tête vers l'entrée.
Tap, tap. J'entendis des pas lourds s'approcher. Clang. Le bruit du métal contre le métal résonna.
Une personne en robe se tenait devant ma cellule.
« Es-tu le tireur d'élite de rang F, Kim Hajin ? »
Une voix claire parvint à mes oreilles. C'était une voix magnifique, de celles qu'on n'oublie jamais une fois entendues.
« C'est moi », répondis-je.
La femme à la capuche esquissa un léger sourire.
« Est-il vrai que tu t'es introduit dans la bibliothèque pour lire des livres ? »
La femme me posa la question, et ce n'est qu'à cet instant que je réalisai son nom et son statut. Observation et Lecture s'étaient activés avec un peu de retard.
[Airun - Commandante des Chevaliers]
« ...Oui. »
« Cela signifie donc que tu sais lire ? »
Le taux d'analphabétisme était-il si élevé dans ce monde ? Airun afficha un large sourire quand je confirmai mes capacités.
« Parfait, c'est une bonne nouvelle. »
Elle sortit une plaque de cuivre et une carte de sous sa robe.
« Je sais que seuls les individus compétents peuvent intégrer les Services Secrets de Lorenzio. Les statistiques prouvent que les soldats des Services Secrets sont généralement d'un ou deux rangs supérieurs à ceux des autres escouades », déclara Airun en jetant la plaque et la carte dans ma cellule.
« J'ai entendu dire que cela ne faisait que trois mois que tu avais rejoint l'armée. »
J'examinai la plaque de cuivre. De courtes phrases y étaient gravées.
[1h30, 8 mars, une écurie près de la porte est de Lorenzio]
[J'ai besoin d'un tireur d'élite pour me guider à travers les montagnes de Rotio]
[Il doit être capable de lire cette plaque de cuivre]
Je trouvai la dernière phrase un peu étrange, mais décidai de passer à la carte pour le moment. Le mot [Carte de Ravitaillement] était inscrit en noir sur la carte.
« Peux-tu lire cette plaque ? »
« ...Pardon ? Ah, oui. Je peux. 1h30, 8 mars. »
Lorsque je lus ce qui était écrit, Airun sourit et poursuivit.
« Très bien. Maintenant, écoute-moi. Je souhaite t'engager pour une mission secrète. Tu es sûrement conscient qu'en tant que soldat de rang F, ta carrière dans l'armée pourrait s'arrêter net maintenant que tu es en prison. »
Je l'écoutai attentivement, car j'ignorais tout de ma situation actuelle.
« Cependant, si tu reviens vivant de cette mission, je te garantis une place dans l'armée, non pas comme simple soldat, mais comme officier. ...Oh, et tu seras libéré immédiatement si tu acceptes mon offre. »
Il s'avérait qu'elle demandait mon aide.
« Mm... »
Je me demandais si je devais accepter son offre quand, soudain, plusieurs phrases apparurent devant mes yeux.
[Nouvel Événement]
[Résumé - Airun vous a choisi comme garde du corps de Harin.]
[Difficulté - Élevée]
[Objectif - Escorter « Harin » en toute sécurité jusqu'à la « République de Leores » dans le sud.]
[Récompense - Une pièce d'équipement que vous avez perdue.]
« J'accepte. »
Je hochai immédiatement la tête.
« Bien. Tu revêtiras des vêtements civils et tu partiras demain. Tu pourras obtenir tout l'équipement nécessaire à l'armurerie avec cette carte. »
Airun sourit et fit volte-face. Ses mouvements étaient empreints de grâce.
Alors qu'elle s'éloignait dans le couloir vers la sortie, le garde s'approcha de moi et ouvrit la cellule.
« Vous êtes libéré, tireur d'élite de rang F Kim Hajin. Vous devrez remplir un formulaire rapide avant de partir. »
**
KOOOONG— !
La porte du poste de garde se referma. Airun poussa un soupir en regardant le battant de fer. Comme toujours, il était trop lourd et encombrant à son goût. Un simple traitement magique aurait suffi à régler le problème, mais quiconque l'avait construit ne s'en était pas soucié le moins du monde.
« ...Alors c'est là que tu te caches. »
Soudain, une voix agacée attira l'attention d'Airun. Surprise, elle tourna le regard vers la provenance du son.
Là, son subordonné « Draven » l'attendait.
« Draven. »
« Commandante, vous manigancez encore quelque chose ? »
« ...Ce n'est pas une façon de parler à votre supérieure. »
Airun prit une expression solennelle, mais Draven restait persistant. Plus sérieux qu'auparavant, il lui barra la route.
N'ayant pas d'autre choix, Airun soupira : « Une vieille connaissance m'a demandé de lui prêter un tireur d'élite. »
« Une vieille connaissance... ? »
« Oui », répondit Airun avec un sourire amer, « je suis sûre que vous la connaissez aussi. »
« ... ? ! »
Draven écarquilla les yeux. Il n'y avait qu'une seule personne à laquelle il pouvait penser : la sœur de l'homme exécuté pour avoir propagé de fausses rumeurs sur le prince.
Draven s'exclama, horrifié : « Commandante ! »
« ...Chut. »
« Ils pourraient croire que nous travaillons avec les traîtres. Ils... »
« Tout va bien. C'est précisément pour cela que je suis venue ici. »
Harin, la fille aînée du Clan Leon.
À cause de la prophétie traîtresse de son frère — « Un jour, le prince deviendra le diable et détruira le monde » — toute sa famille avait été exterminée, et elle était la seule survivante.
« Elle a besoin d'un tireur d'élite pour l'aider à s'échapper. Il n'est même pas rang D. Je peux bien lui céder un soldat de rang F. Personne ne remarquera sa disparition de toute façon. »
Airun avait déjà testé le tireur d'élite de rang F nommé Kim Hajin.
La plaque de cuivre qu'elle lui avait montrée ne pouvait être lue que par ceux dotés d'une excellente vue. C'était un objet magique conçu spécifiquement à cet effet.
« Lui prêter un soldat ne changera pas sa situation, mais cela pourrait changer la nôtre... »
« Draven. »
Airun l'interrompit fermement.
« C'est une décision que j'ai prise, et vous n'avez aucun droit de m'en empêcher. Et je sais pertinemment que vous avez aussi une dette envers les Leon. »
« .... »
Draven se tut. C'était exactement comme la Commandante l'avait dit : le Duc de Leon était un fervent soutien des chevaliers d'Arunheim. Il aidait les talents, quel que soit leur statut, et offrait un soutien financier pour que les bénéficiaires puissent se concentrer sur le perfectionnement de leur art de l'épée.
Airun était l'une de ces bénéficiaires. Bien qu'elle et Harin se soient éloignées à cause d'événements passés, elle n'avait pas oublié tout le soutien reçu de sa famille.
« ...Très bien. »
Draven, un aristocrate local et autre bénéficiaire des Leon, finit par céder.
« Mais, Commandante, si ce soldat meurt durant la mission, tant mieux, mais s'il revient vivant par miracle, je le tuerai moi-même. Nous devons garder cela pour nous. »
« .... »
Airun ne dit rien. Elle dépassa son subordonné en silence, et Draven la suivit à pas lents.
**
[Nouvel Événement]
[Résumé - Airun vous a choisi comme garde du corps de Harin.]
[Difficulté - Élevée]
[Objectif - Escorter « Harin » en toute sécurité jusqu'à la « République de Leores » dans le sud.]
[Récompense - Une pièce d'équipement que vous avez perdue.]
J'examinai les détails de cette mission importante et me changeai dès ma sortie du poste de garde. Je commençai à ressentir des démangeaisons dès que je les enfilai.
Ma destination suivante fut l'armurerie. Les gardes tentèrent de m'arrêter, mais reculèrent dès que je leur montrai la carte, comme Airun me l'avait indiqué. Ils me remirent alors les armes nécessaires.
« Cotte de mailles, sac à dos de chasse, crampons, arbalète en fer, 40 carreaux magiques en bronze. Vous êtes prêt ? »
« Oui, monsieur. »
Je choisis le meilleur équipement disponible. Bien sûr, tout cela était au mieux banal, mais je pourrais probablement les rendre plus utiles grâce au [Système de Consolidation Aléatoire].
« Bonne chance. »
« Merci. »
J'échangeai quelques salutations avec les gardes et quittai l'armurerie.
Je me dirigeai ensuite vers le champ de tir. Ma mission commençait demain et je ressentais le besoin d'aiguiser mes compétences.
« C'est grand. »
Le champ de tir faisait 15 mètres de large sur 500 mètres de long. Il semblait plutôt bien entretenu.
Je me plaçai dans une ligne de tir et sortis l'arbalète.
Kiik—
J'armai et chargeai le carreau sur la corde, puis je visai la cible.
Je tirai.
Tang— !
Immédiatement après mon premier tir, j'enchaînai avec le second.
Tang— !
Mon second carreau poursuivit férocement le premier.
C'était comme si je les avais tirés tous les deux en même temps. Cette technique de « tir rapide » était rendue possible par mon Don.
Koong— ! Koong— !
Un bruit sourd résonna. Le premier carreau atterrit au centre, et le second fendit le premier en deux avant de transpercer la cible.
« ... »
Je hochai la tête, satisfait. Malgré la baisse de mes statistiques, le résultat était excellent. Avec la combinaison de ma précision et de mon Stigma, j'étais confiant dans ma capacité à dominer presque tous les ennemis d'un seul tir.
« ...Je me demande ce que font les autres. »
Une curiosité soudaine m'envahit.
Il y avait au total 200 Terriens dans ce monde.
Avaient-ils tous commencé tout en bas comme moi ? Ou avaient-ils débuté plus haut, vers le milieu ? Peut-être que certains étaient devenus des aristocrates et étaient mieux placés pour voir d'où venait le vent.
Je sortis le Livre de la Vérité pour trouver la réponse.
« Où se trouve Kim Suho dans ce monde ? »
Je supposai que cette question consommerait 2 points de endurance, ce qui était risqué maintenant que mes capacités physiques étaient limitées. Mais je voulais savoir où était Kim Suho, quoi qu'il en coûte.
[...Kim Suho se trouve dans la République de Leores, au sud.]
« Oh ? »
Mes yeux s'agrandirent.
« C'est là que je vais. »
Un petit rire m'échappa alors que je remerciais ma bonne étoile.
**
Arunheim, 8 mars du calendrier de Kairos, une nuit tardive dans le duché de Lorenzio.
« ...Huu. »
Des cheveux courts bleus et des traits acérés. Ni la saleté ni l'armure encombrante ne pouvaient masquer la beauté qui avait autrefois charmé tout le royaume.
N'importe qui remarquerait cette femme mystérieuse et pourtant souillée. Ce fait faisait trembler de peur « Harin », la dernière survivante des Leon.
« Huu... »
Dans une écurie près du mur d'enceinte, elle errait seule, terrifiée. Elle avait réussi à atteindre le duché de Lorenzio grâce à l'aide des chevaliers. Actuellement, elle était seule. Son seul compagnon l'avait quittée pour détourner l'attention de l'ennemi.
—Attends !
C'est alors qu'elle entendit un homme crier.
« Hup ! »
Harin se cacha derrière un mur et se couvrit la bouche.
—Allons voir ailleurs ! La nuit est encore jeune.
—Excellente idée ! Allons-y !
« ...Haa. »
Elle attendit dans l'obscurité l'arrivée de l'aide d'Airun, tout en sursautant continuellement au moindre bruit de pas ou d'animal sauvage.
« Combien de temps vais-je devoir attendre encore... ? »
Harin se sentait humiliée de devoir demander de l'aide à Airun, mais elle n'avait pas le choix. Elle décida que rester en vie était plus important que sa dignité.
Elle avait demandé un tireur d'élite. Pour s'échapper d'Arunheim, elle devait traverser une chaîne de montagnes escarpée.
« Attends, est-ce qu'elle a... ? »
Mais elle ne pouvait exclure la possibilité qu'Airun l'ait trahie. Elle savait qu'Airun n'était pas du genre à revenir sur sa parole, mais... Harin joignit les mains et pria pour qu'Airun se souvienne de tout le bien que le Clan Leon avait fait pour elle.
C'est alors.
« C'est toi ? »
Une voix attira l'attention de Harin.
Surprise, Harin recula d'un pas et leva la tête. Elle vit, dans l'ombre du mur du château, un homme dissimulé sous une robe.
Harin déglutit et observa l'homme.
« ...Qui es-tu ? »
Elle se sentit soulagée, mais seulement un instant. La tension monta d'un cran lorsqu'elle commença à soupçonner l'homme d'être un assassin envoyé par la famille royale pour l'éliminer.
« Je suis le destinataire de cette plaque de cuivre. »
L'homme montra à Harin la plaque qu'elle avait remise à Airun. C'était la preuve que cet homme mystérieux était de son côté.
Mais Harin restait méfiante, car elle ne pouvait nier la possibilité qu'Airun l'ait trahie.
« Est-ce qu'Airun t'a envoyé ? »
« C'est exact, je suis le pion. »
« ...Pion ? »
Harin fut déconcertée par son choix de mots, mais choisit néanmoins de le croire. Elle savait que si Airun l'avait réellement trahie, elle ne parviendrait jamais à atteindre Leores vivante, quoi qu'elle fasse.
« ...Enchantée. Je suis Renha. »
Harin présenta un alias et tendit la main.
« Je suis Kim Hajin. »
L'homme se présenta à son tour et lui serra la main.
C'est ainsi qu'elle serra la main de celui qui allait devenir son garde du corps.
« Kim Hajin... »
C'était un nom plutôt étrange, ce qui le rendait encore plus suspect.
« Oui, c'est moi. »
Mais l'homme hocha la tête comme s'il ne se doutait de rien, ce qui rassura un peu Harin. Pour un assassin, il semblait bien trop détendu, après tout.
Harin demanda nonchalamment : « J'ai un cheval. Sais-tu monter à cheval ? »
« Hm ? Ah, oui, oui, je sais. »
« Très bien alors. »
Harin hocha la tête et sortit le cheval de l'écurie. Il était assez grand pour deux personnes.
« Montons ensemble. ...Ah, mais avant cela, »
Harin réalisa soudain qu'elle ne connaissait pas le rang de son garde du corps.
« Es-tu... »
Mais elle s'arrêta au milieu de sa question.
Si cet homme était un chevalier, il serait impoli de lui demander son rang. Et si elle parvenait à sortir vivante d'Arunheim, il valait mieux qu'ils ne sachent rien l'un de l'autre.
« ...un tireur d'élite ? »
Elle décida donc de changer sa question. Elle voulait confirmer qu'Airun lui avait bien envoyé un tireur d'élite.
L'homme hocha la tête avec un sourire. « Oui, je suis tireur d'élite. »
Cela suffisait à Harin.
Mais apparemment, pas à son garde du corps.
Il ajouta une phrase dont elle se serait volontiers passée.
« Je suis Kim Hajin, un tireur d'élite de rang F. »
« ...Pardon ? »
L'esprit de Harin se vida.
Rang F.
Cet homme parlait-il du rang F qu'elle connaissait ? Le rang F synonyme de déchet ?
Stupéfaite, Harin fixa l'homme un long moment avant de demander : « As-tu dit... rang F ? »
« Oui. »
« ... »
Ce n'est qu'alors que Harin observa enfin l'homme correctement. Sa tenue ne ressemblait en rien à celle d'un chevalier, mais plutôt à celle d'un simple soldat.
Coïncidence — l'homme lui montra même sa carte d'identité.
« Vous pouvez me faire confiance. Voici ma carte d'identité avec mon nom et mon rang. »
[Soldat des Services Secrets, Tireur d'élite de rang F Kim Hajin]
« C'est juste... »
Me faire confiance ? Comment pourrais-je vous faire confiance ?
Harin chancela, prise d'un vertige soudain. C'était une anémie due au stress.
« Rang F... »
Elle se prit la tête entre les mains, étourdie. Soudain, le ressentiment l'envahit.
« Airun, comment as-tu pu ? Je sais que je demandais beaucoup, mais un rang F, c'est trop. Il ne pourra même pas survivre dans les montagnes que je dois traverser... »
« Pourquoi... »
Désemparée, Harin s'effondra sur le sol de l'écurie.