Chapitre 19
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Ceaseless
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 19 : Numéro huit
──────
« J’ai survécu. »
Tom secoua ses mains engourdies, incapable de cacher sa joie.
Il avait survécu après avoir affronté des Monstres et des Démonides. C’était tout bonnement miraculeux.
Les réactions autour de lui étaient toutefois étranges.
Damian était étalé par terre et marmonnait qu’il avait faim, tandis que Gwen restait assise là, le regard vide.
Son visage était empreint de culpabilité. On aurait dit une soldate qui venait de tuer quelqu’un pour la première fois.
C’était sans doute parce qu’elle avait utilisé la magie. Même Tom savait à quel point Gwen la détestait.
Tom claqua doucement la langue et s’occupa d’abord de Gwen. C’était elle qui était dans le pire état.
« Grâce à vous, on a survécu. Sans vous, Gwen, ce monstre nous aurait tous tués. »
« … Est-ce que j’ai bien fait ? »
« Oui, bien sûr. Sans votre magie, on y passait tous. »
« Mais j’ai utilisé la magie… »
Gwen parlait en se maîtrisant de toutes ses forces. La magie avait manifestement un poids particulier pour elle.
Tom comprenait. Dans le Nord, les mages étaient considérés comme des ordures démonides maudites. Plus d’un mage avait été pendu à un arbre et brûlé vif.
Et pourtant…
« Vous ne les avez pas frappés, tout à l’heure ? Le forgeron, l’épéiste et le gamin. »
« Mais si je suis une mage, les enfants… »
Le murmure discret de Gwen permit à Tom de comprendre le problème.
Gwen parlait souvent des orphelins dont elle s’occupait, de leur gentillesse et de leur adorable petite frimousse. Elle était prête à tout pour de l’argent, parce qu’elle devait les nourrir.
Elle craignait que les enfants se fassent harceler si l’on apprenait qu’elle était mage. Et leur statut d’orphelins les rendrait encore plus vulnérables.
La réponse était évidente.
« Vous n’avez qu’à devenir plus forte, Gwen. »
Gwen cligna des yeux.
Dans le Nord, les gens ne souffraient que pour une seule raison.
« Ils souffrent parce qu’ils sont faibles. Regardez le capitaine. C’est un mage, mais comme il est fort… »
Tom ravala le reste de sa phrase.
Son explication sembla faire mouche : les yeux de Gwen s’écarquillèrent.
Tom se releva. Gwen n’était pas la seule membre de l’escouade dont il devait s’occuper.
« J’ai faim… »
Damian gigotait par terre.
Ils avaient emporté beaucoup de nourriture, mais difficile de savoir si cela suffirait à rassasier Damian.
Tom repéra alors derrière eux la carcasse d’un Monstre-taupe. Sa viande avait un goût affreux, mais Damian ne faisait pas le difficile.
« Heureusement que j’ai pris des épices. »
« Je… je vais vous aider, moi aussi ! »
« Non. Restez là, c’est déjà une aide précieuse. Merci. »
Tom refusa fermement la proposition de Gwen.
« Quand est-ce qu’ils vont revenir ? »
Il jeta un coup d’œil vers les profondeurs de la grotte, où Galahad avait emmené le mage au masque de corbeau.
* * *
« … Mon Dieu. »
Crow avait été si stupéfait qu’il en avait oublié de lancer un sort.
Ce salaud était devenu plus fort qu’avant.
Comment était-ce possible ?
Cela aurait été compréhensible s’il avait été mage noir, mais Galahad était un agent du Bureau du renseignement.
Galahad détestait à un point absurde augmenter le mana en se servant d’êtres humains. Pourtant, il avait tranquillement percé des trous dans le crâne de mages humains…
C’était pour cela que Crow avait trouvé un moyen de s’en sortir grâce aux Pierres magiques, plutôt qu’aux êtres humains.
Et pourtant, Galahad était devenu plus fort…
Ce qu’il avait utilisé, c’était clairement…
« Le Feu infernal ne venait-il pas d’une Tour de magie déchue ? »
Les mains de Crow se mirent à trembler toutes seules. Un sentiment d’injustice le submergea. Il avait tout abandonné pour venir ici, et Galahad l’avait poursuivi jusque-là…
En même temps, son esprit tournait à toute allure. Comment survivre à Galahad ? Il n’y avait qu’une réponse.
« L’emplacement de la branche de la Société de magie noire… La situation des Démonides… »
Crow passa désespérément en revue tout ce qu’il savait, à la recherche d’informations susceptibles d’intéresser Galahad.
Est-ce que cela suffirait à convaincre Galahad de l’épargner… ?
Soudain, un parfum de citron familier flotta dans l’air.
Crow retint de toutes ses forces le cri qui menaçait de lui échapper.
Galahad le toisa de son regard indifférent, comme toujours.
« J… je vous attendais. »
Galahad plissa les yeux. Quelque chose le tracassait manifestement.
Ah ! Quelle erreur…
Crow rejeta précipitamment sa cape et vida tout ce qu’il avait sur lui. Ses poches, les petites Pierres magiques qu’elles contenaient, absolument tout.
« Ah, c’était Huit. »
La réaction de Galahad était étrange, mais Huit était trop terrifié pour s’en rendre compte.
Huit s’inclina aussitôt.
« Ça faisait longtemps, patron ! »
* * *
« C’était Huit. »
Galahad claqua doucement la langue.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
« Un informateur dont je me servais autrefois. »
À la question de Gilbert, Galahad claqua de nouveau la langue.
La magie dérangeait l’esprit des gens, et c’était pour cela qu’on voyait sans cesse surgir des types bizarres.
Pour gérer des organisations aussi douteuses, avoir des informateurs était le strict minimum. Galahad avait toujours respecté les règles de base.
Huit était l’informateur de Galahad au sein de la Société de magie noire.
Il lui rapportait de bonnes informations, puis avait disparu du jour au lendemain.
« Il était dans le Nord. Pas étonnant que je ne l’aie pas trouvé. »
Tous les informateurs avec lesquels il avait perdu contact s’étaient-ils enfuis dans le Nord ?
C’était tout à fait possible. S’ils s’étaient cachés ailleurs, le Bureau du renseignement les aurait retrouvés depuis longtemps.
« … Vous rackettez un informateur ? »
« Ce sont des preuves. »
Galahad examina les objets que Huit lui avait remis. Deux Pierres magiques de haute qualité, quelques pièces, du parchemin et divers objets.
« Il doit croire que je l’ai poursuivi jusqu’ici. »
Vu les circonstances, Galahad comprenait pourquoi Huit tremblait autant.
À quel point devait-il être terrifié, s’il croyait que Galahad l’avait traqué jusqu’à cette grotte, en plein cœur du front nordique ?
La situation relevait du hasard, mais inutile de le lui expliquer.
S’il laissait Huit dans cet état, celui-ci ne le trahirait plus jamais.
Huit avait fui jusqu’aux confins du Nord, et Galahad l’avait quand même retrouvé.
Où Huit pourrait-il bien aller, maintenant ?
Après avoir fait ses calculs, Galahad lui adressa un doux sourire.
« Huit, je m’inquiétais, je te croyais mort. Mais regarde-moi ça. Tu es vivant. »
« Ha ha… ! Ha ! Il y avait une raison à tout ça. L’organisation a commencé à me soupçonner, alors elle m’a envoyé dans le Nord. Ils m’ont même collé un surveillant, je ne pouvais rien faire. »
Huit se prosterna à plat ventre. S’il n’avait pas porté de masque, il aurait été prêt à lécher les bottes de Galahad. Celui-ci recula discrètement le pied.
« Bien sûr. Huit, tu as quand même un peu de jugeote, non ? Tu n’as tout de même pas eu la bêtise de croire que tu pouvais m’échapper. »
« Comment pouvez-vous dire une chose aussi évidente ! Ah, pardonnez-moi de vous avoir inquiété ! Ces foutus mages noirs ! »
Huit continua de déverser sa colère. Galahad sourit en ravalant de force le sang qui lui remontait dans la gorge. Il se sentait atrocement mal, mais garder son sang-froid était une arme.
« Oui, je te faisais confiance. On s’entendait plutôt bien, non ? »
« … Oui ! C’est un honneur ! »
Il repoussa doucement Huit, qui tentait de s’agripper à ses pieds.
« J’ai vu tout à l’heure un cercle magique qui semblait appartenir à un Dresseur de monstres, sur le ventre du Monstre-taupe. Tu en sais quelque chose ? »
« Ah, ça ? Bien sûr que oui ! Pour vous expliquer, je devrais commencer par vous parler de ces salauds d’Aube. »
Ce n’est qu’alors que Galahad se souvint que Huit avait toujours été trop bavard.
« Tu peux faire court ? Donne-moi les détails dans un rapport. »
« Oui, pour aller droit au but, Aube, qui a rapidement étendu son influence, les distribue ! »
« … Ils distribuent le cercle magique du Dresseur de monstres ? »
Ils semblaient distribuer des copies de mauvaise qualité plutôt que l’original, mais Huit n’avait pas l’air au courant.
« Oui, Aube les donne à ses organisations subordonnées. »
« Attends. La Société de magie noire est devenue une organisation subordonnée d’Aube ? »
Galahad fronça les sourcils.
Aube n’avait jamais été une organisation particulièrement puissante. Et pourtant, elle avait mis la Société de magie noire sous sa coupe…
Même si Galahad avait semé le chaos dans la Société de magie noire, cela n’aurait pas dû suffire à la pousser à rejoindre Aube.
Huit n’avait aucune raison de mentir.
Il y avait trois raisons possibles pour lesquelles Galahad n’était pas au courant.
Soit Aube était assez douée pour échapper au regard du Bureau du renseignement, soit les informations n’étaient tout simplement pas transmises à Galahad…
S’il en avait entendu parler, il aurait arraché le problème à la racine.
Le Bureau du renseignement se servait peut-être même d’Aube.
« Aube a un Dresseur de monstres ? »
« Je l’ignore. Mais Aube distribue des vestiges de la Guerre de Jema. Pas seulement des reliques de Dresseurs de monstres. »
La Guerre de Jema, c’était le nom donné à la guerre que les Démonides avaient livrée contre l’Empire, il y a longtemps.
Galahad sortit son carnet de cuir et en consulta le contenu. Il aurait dû y avoir une mention d’une organisation qui distribuait des vestiges de la Guerre de Jema.
« … Non. »
Peut-être ne s’en souvenait-il tout simplement pas. Après tout, il n’avait noté que les informations les plus importantes. Malgré tout, Galahad avait l’impression que la situation avait pris une tournure étrange.
« Bonne nouvelle. »
C’était la preuve que les années qu’il avait passées à lutter n’avaient pas été vaines.
« Bien. Qu’est-ce que tu faisais ici ? »
« On extrayait des Pierres magiques. Le plan, c’était de les faire avaler à ce Démonide pour créer une brèche sur le front. »
« Vous faites avaler des Pierres magiques aux Démonides ? »
« Quand les Démonides ont faim, ils mangent des Pierres magiques. Plus ils en avalent, plus ils deviennent forts, mais ils perdent la raison en échange. »
« C’est Aube qui vous a donné cette information ? »
« Oui, c’est ça ! »
Il en savait beaucoup trop.
« Quel est le but d’Aube ? »
« Probablement déclencher une deuxième Guerre de Jema. Ils comptaient semer le chaos à l’intérieur et faire s’effondrer le front. Ces salauds croient qu’un monde véritable s’ouvrira quand le mur tombera. »
Gilbert éclata de rire. C’était un rire moqueur sans équivoque. Huit tourna la tête vers lui.
« Tu serais mort sans mon responsable, chevalier arrogant. »
« Ah, c’est tellement drôle. Cette idée de faire tomber le mur. »
Malgré son rire, le visage de Gilbert s’était durci.
« Tu n’as jamais vu ce qu’il y a de l’autre côté du mur. »
Huit ne répondit pas à la remarque de Gilbert.
« Enfin, patron. Il y a encore d’autres choses que je sais… »
Non, on aurait dit que cela lui était égal.
Galahad envoya Gilbert dehors, puis passa un moment à convaincre Huit.
Désormais bien plus docile, Huit déballa tout ce qu’il savait sans broncher.
Il évoqua même des choses que Galahad ne lui avait pas demandées.
« Bien. Tu es plutôt malin, je n’aurai donc pas besoin de t’en dire davantage. »
« … Oui ! Bien sûr ! Je rentrerai et je vous enverrai régulièrement des informations ! Surtout sur Aube ! »
Les yeux de Huit tremblèrent derrière son masque.
« Le fait qu’il croyait que je l’avais poursuivi jusqu’aux confins du Nord a beaucoup joué. »
Il ne s’enfuirait certainement plus jamais.
Galahad avait retrouvé Huit même aux confins du Nord. Où pourrait-il aller ?
Huit était malin et rusé, mais pas stupide.
« Tu sais à combien s’élèvent les pertes ? Huit, sans toi, je ne me montrerais pas aussi indulgent. Tu sais combien valaient ces Pierres magiques ? De quoi acheter un château. »
« … Les pertes de Pierres magiques ? Vous en avez utilisé ? »
Huit pencha bêtement la tête. Galahad lui désigna discrètement le sol, où des fragments ternes de Pierres magiques étaient éparpillés.
C’étaient les restes des Pierres magiques qu’on avait fait avaler au Démonide.
« … »
Derrière son masque, les yeux rouges de Huit se plissèrent, puis s’écarquillèrent. « Fils de… » Un juron lui échappa dans un souffle.
« Ha ha. C’est ça ! Je les avais rassemblées pour vous les donner, à la base ! Ce Démonide stupide a tout bouffé ! Merde ! Putain ! Sale bâtard ! Démonide ! »
« Tu vois ? Tu as failli me faire croire le contraire. J’ai pensé que tu avais rompu ta promesse et que tu les avais détournées. Tu m’appartiens, alors tout ce que tu gagnes m’appartient. »
« Je… je m’en souviens. Ha ha ! »
« Tu vois ? Puisque c’est toi, je ne te ferai pas payer d’intérêts. »
Huit était peut-être ému, car des larmes coulèrent de ses yeux rouges. Galahad lui tapota l’épaule.
« Ah, c’est la dernière fois que je te laisse t’en tirer. »
À ces mots prononcés à voix basse, Huit baissa profondément la tête.
« Et porte correctement ton masque. »
Huit hocha la tête et rajusta son masque.
Ne pas montrer son visage était l’une des conditions que Galahad lui avait imposées en lui laissant la vie sauve.
D’un geste de la main, Huit disparut dans les ténèbres.
Ce n’est qu’alors que Galahad relâcha le souffle qu’il retenait. Du sang noir coula au coin de sa bouche.
« Boire trop de sang de Démonide, c’est mauvais pour la santé. »
Il marmonna en s’essuyant la bouche. Ses entrailles étaient en vrac. Tous ses canaux de mana étaient tordus.
Les muscles écrasés sous le mana hurlaient de douleur. Galahad s’adossa au mur et glissa une cigarette entre ses lèvres.
« Il ne me reste qu’un soupçon de mana. »
Il avait l’impression que son âme, plutôt que son corps, était sur le point de se briser. En claquant la langue, Galahad se laissa glisser au sol.
« Je devrais dormir un peu. »
Ses lourdes paupières se fermèrent malgré lui.
Combien de temps s’était écoulé ? Galahad ouvrit les yeux en toussant violemment.
Gilbert était assis non loin, toujours vêtu de son armure complètement froissée.
« Vous avez une sale tête. »
« Je ne crois pas que ce soit le moment de me critiquer. »
« C’est vrai. »
Galahad eut un petit rire. Il avait l’impression d’avoir dormi longtemps. Son mana s’était un peu régénéré, mais il n’en restait toujours qu’un soupçon.
Il ramassa la cigarette tombée par terre, la dépoussiéra et la remit entre ses lèvres. Il fit claquer ses doigts, mais aucune flamme ne jaillit. Agacé, Galahad agita de nouveau la main. Une minuscule flamme apparut.
« Qu’est-ce que vous êtes, au juste ? »
À la lueur du feu, le visage de Gilbert semblait inhabituellement grave. Il était tendu.
« Ce que je suis… »
Galahad se répéta ces mots amusants pendant un instant.
« Un chien de chasse qu’on a jeté. J’ai de la chance de ne pas m’être fait bouffer… »
Un puissant parfum de citron flotta dans l’air. Son esprit embrumé commença enfin à se réveiller peu à peu. Il força le mana à circuler dans son corps. Chaque parcelle de son être semblait brûler, mais il ne s’arrêta pas.
« Quelqu’un pourrait-il bien vous manger ? »
« Au juste, vous me prenez pour quoi ? »
À la voix stupéfaite de Gilbert, Galahad rit comme s’il toussait.
« Un mage qui tue des Démonides avec sa magie… Je n’en ai jamais entendu parler. »
« Je ne vous l’ai pas dit ? Je suis du genre à ouvrir la voie. »
Un grand éclat de rire retentit dehors.
Galahad força ses jambes flageolantes à le porter et se releva. Il refusa la main que Gilbert lui tendait machinalement.
« Je n’aime pas qu’on me touche. Surtout les hommes. »
« … Ce n’est pas comme si j’aimais ça, moi non plus. »
Galahad gloussa et traîna ses pieds lourds vers l’avant.
Une odeur de viande bien grillée emplissait la grotte. De gros morceaux étaient empilés en hauteur.
Tom faisait griller de la viande avec application devant un immense feu, tandis que Damian et Gwen se tenaient à côté de lui. On aurait dit une soirée autour d’un feu de camp.
« Ah, capitaine. Vous voilà. Ce sera bientôt prêt. »
Tom s’essuya le front. La poêle qu’il tenait à la main cliquetait bruyamment. Il avait l’air d’un chef de première classe.
« Ce n’est pas un dîner d’entreprise. »
« … Je sais. »
Gilbert répondit sèchement et étala son manteau en lambeaux par terre.
Galahad ne protesta pas et s’assit dessus.
À voir la grimace de Gilbert, il ne l’avait pas étalé pour Galahad.
Tom lui tendit alors un bol en métal rempli de viande grillée.
« Ah, merci. Tenez-moi ça. »
Galahad tendit à Gilbert la cigarette qu’il fumait et prit le bol. La viande empestait le gibier.
« C’est dégueulasse. »
Galahad claqua doucement la langue et mâcha longuement.
« Combien d’informateurs avaient disparu, déjà… ? »
Il compta un instant. Pour une raison ou une autre, il avait l’impression qu’ils se trouvaient tous dans le Nord.
« Huit, à peu près. »
Et il y avait aussi les informations qu’il avait obtenues de Huit…
Il avait de plus en plus de travail.
Il se sentait plus débordé qu’au Bureau du renseignement.
Adrianna lui vint alors soudain à l’esprit.
« Quand les renforts arriveront-ils, au juste ? »
« Ils ne devraient pas tarder. »
« Ils sont lents. »
Galahad grommela à voix basse.
* * *
« Dépêchez-vous. Tout le monde abandonne les carrosses. »
Hartna ouvrit de grands yeux à l’ordre d’Adrianna.
Adrianna était toujours calme. Si elle avait l’air aussi pressée, c’est qu’il s’était forcément passé quelque chose.
Tenant les rênes, Hartna se rapprocha de Carrot, son supérieur.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Ils ont signalé qu’une créature était apparue du côté de Gilbert, et que les traces ressemblaient à ce qui s’est passé au Septième bataillon. »
« Ah, l’attaque récente des Démonides contre le Septième bataillon ? »
« Ouais, mais ils disent que c’est apparu du côté de Gilbert. C’est la merde. Et ce bâtard d’Impérial est avec eux. S’il meurt, ça donnera à l’Empire un prétexte pour nous mettre la pression… Putain, c’est le bordel. »
Hartna laissa échapper un discret soupir en entendant Carrot jurer aussi rudement.
Le Nord était divisé en trois factions concernant l’Empire.
Les jusqu’au-boutistes, qui disaient : « On ne peut plus supporter ces foutus Impériaux. Éliminons-les. »
Les modérés, qui disaient : « Tenons bon. Comment des humains pourraient-ils se battre entre eux alors que les Démonides sont là ? »
Et les jusqu’au-boutistes extrêmes, qui disaient : « Éliminons à la fois les Démonides et l’Empire. »
Voilà quelles étaient les trois factions.
Les modérés avaient été les plus nombreux à l’origine, mais les jusqu’au-boutistes avaient gagné du terrain après l’incident impliquant Adrianna et le prince héritier.
Si l’Empire se servait de la mort de ce salaud comme prétexte pour les mettre sous pression, les jusqu’au-boutistes gagneraient sûrement en influence.
Bien sûr, la décision finale reviendrait au Grand-Duc, mais c’était quelqu’un qui buvait le sang, pas quelqu’un qui le fuyait.
« Il était plus important que je ne le pensais ? »
« Et tu croyais que c’était quoi, bordel ? »
Pourquoi il me jurait dessus, lui… Hartna se retint de répondre.
« Mais ce n’est pas déjà terminé ? Un Démonide plus puissant que celui qui a attaqué le Septième bataillon, plus douze Monstres-taupes… Même si Gilbert est fort… »
« Ouais, il est probablement déjà mort. On va au moins récupérer son corps. »
Au cri de Carrot, Hartna agrippa les rênes. Tout le monde autour d’eux s’affairait à rassembler ses affaires.
Même s’ils réagissaient dans l’urgence, personne ne semblait douter que le groupe de Gilbert avait été anéanti.
« Ce serait déjà bien s’ils avaient tenu bon un peu. Un Démonide de rang intermédiaire dès leur première mission. L’Unité d’assaut spéciale doit être maudite. »
Hartna entrouvrit les lèvres, comme si elle voulait dire quelque chose.
« Qu’est-ce qu’il y a, bordel ? Parle. »
« Euh… Ce n’est pas l’Unité d’assaut spéciale. C’est l’Unité des opérations spéciales… »
« Ah, putain ! Sérieusement ! »
Hartna tira précipitamment sur les rênes.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>