Chapitre 75
« Hé, je t'avais complètement oublié. »
La lame d'Ardyn brilla alors qu'il faisait rouler ses épaules.
« Dans ce cas, on devrait discuter plus souvent. Alors, tu m'éclaires ? Pourquoi cette épée longue ? » lança Ruvian, assez fort pour que l'homme l'entende.
Ardyn sourit. « À ton avis ? Parce qu'elle peut tuer n'importe quel Rejeton du Vide plus vite que ton cure-dent de baguette. »
Il rit ensuite de sa propre blague. La foule de la Classe A laissa échapper un rire général.
Ruvian esquissa un sourire froid.
« Plus vite ? Hein, tu es sérieux ? Tu sais vraiment comment faire rire les gens. Même ta classe se moquait de ta logique absurde. Je sais pertinemment que tu traînes ce couperet surdimensionné juste pour frimer. »
« Genre... sérieusement, personne ne t'a jamais dit que plus c'est lourd, plus tu es lent ? »
« Et alors ? » demanda Ardyn, la voix irritée.
« Laisse tomber, je suis assez déçu. Malgré tes cheveux brillants, tu n'es pas une lumière, n'est-ce pas ? »
Les murmures dans les gradins redoublèrent.
La mâchoire d'Ardyn se contracta, mais sa voix resta stable.
« Hah ! Un vrai homme gagne le respect par sa force, pas par sa gueule. Tu parles trop. »
Ruvian laissa échapper un court rire.
Il inclina légèrement la tête, un sourire en coin aux lèvres.
« Très bien, en utilisant ta logique incroyable... »
« ...j'imagine que ça fait de toi quelqu'un qui n'a pas grand-chose d'un homme non plus. »
« Parce que depuis le début de ce match, ta soi-disant "force" ne m'a pas fait peur, même un tout petit peu. »
Les narines d'Ardyn se dilatèrent, sa poigne sur l'épée se resserrant si fort que ses articulations blanchirent.
Mais Ruvian continua, ignorant totalement les signes avant-coureurs évidents.
« Alors, Blondinet... tu veux savoir quel genre d'homme je pense que tu es ? »
Il afficha un sourire paresseux et carnassier.
« ...le genre de type qui supplie pratiquement le public d'applaudir pour son cul. »
Le calme d'Ardyn vola enfin en éclats. Le sourire suffisant disparut, remplacé par la mine hideuse de quelqu'un dont l'orgueil venait d'être jeté dans un escalier.
« JE VAIS TE FERMER TA GUEULE ! »
Il rugit de toutes ses forces, la plateforme tremblant sous chacun de ses pas lourds alors qu'il fonçait, ressemblant moins à un noble guerrier qu'à un taureau enragé venant d'être insulté en public.
Pour quelqu'un qui maniait un bloc de métal géant, il était agaçant de rapidité. Plus rapide qu'avant, même. L'épée démesurée aurait dû le ralentir, mais d'une certaine manière, cela le rendait juste plus désespéré... comme s'il essayait vraiment de prouver quelque chose au public.
Ruvian pouvait sentir la pression se diriger droit sur lui.
Ardyn ne se retenait plus !
« Eh bien, c'était amusant. »
La lame s'abattit avec assez de force pour le transformer en pâte à modeler.
Ruvian claqua la langue et fit pivoter sa baguette vers l'avant.
« [Souffle de Vent] ! »
Une spirale de vent fila droit sur Ardyn.
Et il se contenta de... la bloquer.
Sérieusement ? C'était tout ?
Mais l'impact laissa une balafre sur la plateforme, tandis que des étincelles et de la poussière jaillissaient dans les airs.
« Tu es mort ! »
Ardyn s'était déjà déplacé, les yeux fixés sur Ruvian avec une intensité effrayante.
Son épée pivota avec une aisance trompeuse, et il s'engouffra dans la brèche comme une ombre, se forçant à entrer dans l'espace où Ruvian se trouvait un instant plus tôt.
Il était déjà sur Ruvian avant même que la foule ne puisse réagir.
« Oh allez, laisse-moi une seconde ! »
Les lèvres de Ruvian se retroussèrent en un sourire tendu.
Encore une fois, Ruvian esquiva de justesse.
Cependant, Ardyn chargea à nouveau immédiatement, comme s'il avait déjà prédit que Ruvian esquiverait... et qu'il était déterminé à ne pas lui laisser une demi-seconde pour incanter un autre sort.
« ...Ok, peut-être que j'ai appuyé un peu trop fort sur ses boutons. »
Oublie ça.
« J'ai définitivement appuyé beaucoup trop fort sur ses boutons. »
Mais contrairement à un certain aspirant héros au cerveau musclé, Ruvian utilisait vraiment son cerveau. Il avait déjà prédit qu'Ardyn tenterait quelque chose comme ça, ce qui était exactement la raison pour laquelle le sort se formait déjà sur sa langue.
Le sort attendait, prêt à être utilisé.
Alors que la lame d'Ardyn sifflait à nouveau vers le bas...
« [Souffle de Vent] ! »
Cette fois, Ruvian ne prit même pas la peine de viser Ardyn.
Au lieu de cela, il tira sur son côté, vers le sol.
La rafale de vent explosa à côté de lui, projetant son corps sur le côté. La bourrasque l'entraîna hors de portée juste au moment où la lame fendait l'air vide avec un sifflement très satisfaisant.
Ruvian avait lancé le sort non pas pour attaquer, mais pour se propulser, utilisant sa force pour se déplacer plus vite.
Avec cette dernière esquive désespérée mais totalement calculée, Ruvian glissa sur la plateforme et se regroupa avec les autres.
Noelle s'était déjà stabilisée. Sa posture rayonnait de calme, mais ses mains tremblaient encore légèrement autour des gardes de ses dagues.
Griffer se tenait à côté d'elle, moins calme et nettement plus frustré, son expression tendue par la culpabilité alors qu'il jetait un regard gêné à Ruvian.
« Désolé », murmura Griffer en se frottant la nuque.
« C'est de ma faute. Je n'aurais pas dû bondir. »
Noelle, toujours la plus curieuse des deux, inclina légèrement la tête pour signaler sa suspicion tout en gardant les yeux sur la silhouette immobile d'Ardyn.
« Pourquoi l'as-tu mis en rage ? » demanda-t-elle, d'un ton calme... mais clairement jugeur.
« J'essayais de nous faire gagner du temps », répondit Ruvian avec désinvolture. « Malheureusement, j'ai peut-être légèrement... dépassé mes objectifs. »
Griffer cligna des yeux, ne voyant clairement pas le problème.
« Hé, alors continue », dit-il. « Ce n'est pas mieux s'il continue à faire une crise ? Il a l'air beaucoup plus facile à gérer quand il est en colère. »
Ruvian lui lança un regard plat.
« Je pense qu'on a atteint le niveau optimal d'"idiot en colère" », dit-il sèchement. « Si je le pousse plus loin, je suis sûr que je vais juste mourir ici. Et je ne suis pas encore intéressé par ce qu'il y a dans l'au-delà. »
Il expira rapidement, se reconcentrant.
« Bref, on passe au Plan B. »
« On attaque avec le même schéma... juste la version améliorée. »
Il pointa légèrement Ardyn du doigt.
« Je vais intercepter l'épée. »
« Vous deux, vous enchaînez. »
Puis, après une courte pause, il ajouta :
« Et essayez de ne pas crier votre attaque cette fois. »
La capacité d'Ardyn ne l'avait pas surpris. Sa vitesse était monstrueuse, sa force indéniable. Il faisait deux fois le poids et la puissance de Ruvian, et pourtant...
Il ne portait pas un seul coup.
La vitesse brute d'Ardyn était listée comme étant presque le double de leur base, un écart assez large pour rendre toute tentative de le surpasser en manœuvres risible.
Mais les valeurs brutes ne se traduisaient pas toujours clairement dans la pratique. En vérité, le trait le plus fort d'Ardyn était la vitesse. Mais son obsession pour les attaques lourdes et dominantes freinait cette vitesse.
Et par conséquent, Ruvian trouva l'ouverture dont il avait besoin.
Malgré tout son jeu de jambes sophistiqué et ses réflexes étonnamment corrects, Ardyn avait un problème très évident.
Il adorait les grands mouvements dramatiques.
Chaque attaque semblait toujours lourde. Tout son corps bougeait à chaque coup, comme s'il essayait personnellement de couper l'arène entière en deux au lieu de simplement frapper un seul gars.
Bien sûr, cela rendait ses attaques ridiculement puissantes...
...mais aussi ridiculement lentes.
Parce que, étonnamment, quand on fait tournoyer un morceau de métal géant en utilisant tout le poids de son corps, on ne peut pas s'arrêter net.
Peu importe la vitesse à laquelle le mouvement commence, il a toujours besoin de temps pour se terminer. Et plus le mouvement est ample, plus il faut de temps pour récupérer ensuite.
Et dans un vrai combat, même une fraction de seconde peut devenir une ouverture. Cette brève pause après le coup, ce léger délai avant qu'il ne puisse se repositionner, était suffisant pour que Ruvian puisse esquiver.
Maintenant, ils se tenaient à nouveau face à lui, formant la même formation. Ruvian était devant. Griffer et Noelle étaient juste derrière, restant sur ses flancs.
Ardyn resserra sa poigne sur son épée longue. Ses lèvres se retroussèrent de colère.
« Encore ça, eh bien, faites de votre mieux. »
Dit-il, en les invitant.
Les trois s'élancèrent en même temps, se déplaçant à l'unisson. Le léger espace dans leur formation, entre Ruvian et les autres, était intentionnel.
Le regard d'Ardyn se rétrécit, ne fixant que Ruvian.
Et puis, quand Ruvian franchit la ligne invisible, la portée où la lame d'Ardyn pouvait l'atteindre.
Ardyn ne perdit pas de temps et lança son sort sur son épée longue.
[Chute de Tonnerre]
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[Chapitre 75 : Contre-attaque]