Chapitre 63
Depuis le début du combat contre son clone, Ruvian était incapable de discerner ce qui lui manquait.
Chaque possibilité qu'il envisageait ne parvenait pas à toucher la vérité, et plus il observait, plus il lui semblait que son adversaire lui cachait délibérément la réponse.
Au début, il avait soupçonné que sa lacune résidait dans la taille de son réservoir, mais cette théorie s'était rapidement effondrée lorsqu'il avait vu que le clone ne cherchait jamais à le submerger par une plus grande puissance de mana.
Il s'était ensuite demandé si le défaut n'était pas un manque de créativité, puisque le double se battait avec un flux constant de surprises et de manœuvres imprévisibles.
Pourtant, même cette explication sonnait creux, car ces mêmes tactiques étaient largement à la portée de Ruvian.
Il avait déjà pensé à cette option.
Cependant, s'il les comprenait et pouvait les reproduire, alors pourquoi n'avait-il pas été celui qui agissait en premier ? Pourquoi l'initiative appartenait-elle toujours à l'autre ?
Alors que l'échange se poursuivait et qu'il étudiait chaque mouvement avec plus d'attention, une réalisation plus calme commença à faire surface.
La réponse n'était ni physique, ni magique, ni technique. C'était quelque chose de bien moins tangible, mais de bien plus décisif.
Ce qui lui manquait était lié à son aspect mental.
L'agressivité.
Ruvian laissa échapper un léger rire.
Par nature et par habitude, Ruvian avait toujours été prudent, réservé et réactif. Il privilégiait la patience parce qu'elle lui semblait sûre et lui accordait plus de temps pour juger de la meilleure ligne de conduite à adopter.
En vérité, il n'avait jamais considéré cette disposition comme un défaut. En fait, il en avait tiré une certaine fierté, car elle l'avait protégé d'innombrables fois et lui avait épargné des erreurs inconsidérées.
Pourtant, si cette épreuve existait pour révéler une vérité sur lui-même, alors il ne pouvait plus l'écarter. Quelque chose dans cette confrontation essayait de lui enseigner une leçon, et il ne devait pas l'ignorer.
Pour cette raison, il commença à sentir que le moment était peut-être venu pour lui d'abandonner sa retenue habituelle et de s'autoriser, ne serait-ce que pour cette fois, à agir avec une certaine agressivité dans son approche.
Enveloppant son corps de [Renforcement corporel], Ruvian se projeta vers son clone.
Presque aussitôt, le clone répondit de la même manière, se précipitant à sa rencontre comme s'il était poussé par la même impulsion.
Un sourire sournois se dessina sur les lèvres de la copie alors que la distance se réduisait.
« Eh bien, dis donc. Un changement de tempérament. Tu essaies un style différent ? Ou l'original est-il enfin en train de copier son clone ? »
Le regard de Ruvian restait stable, l'hésitation qui y persistait autrefois remplacée par quelque chose de plus ferme, de plus déterminé.
« Rien d'aussi compliqué. Je te rends simplement la monnaie de ta pièce. Voilà ce que ça faisait d'être copié. »
« Maintenant, essaie d'encaisser ça. »
Leurs mains s'entrechoquèrent à nouveau, mais cette fois, le rythme était différent.
Ruvian ne s'installa pas dans sa cadence défensive habituelle. Dès que le contact fut établi, son poing partit en avant dans un arc net.
Le clone leva un bras pour parer, mais avant que le blocage ne soit complet, l'autre main de Ruvian était déjà là, glissant au-delà de la garde et visant les côtes.
Les coups s'enchaînèrent de manière mesurée.
Pendant quelques instants, l'échange resta équilibré.
Deux combattants identiques échangeant force contre force.
Le sourire du clone persistait, confiant, certain que le schéma reviendrait au tempo familier de la réaction et de la contre-attaque.
Mais quelque chose avait indéniablement changé.
Ruvian continuait de mettre la pression.
Son coup suivant arriva plus tôt que prévu.
Puis un autre.
Il n'y avait aucune pause entre eux.
Ses poings n'attendaient plus les erreurs. Ils les créaient. Un crochet pivotant força le double à reculer. Une poussée vive vers le sternum atterrit avant que le clone ne puisse retrouver son équilibre.
Le changement était subtil au début, presque invisible, pourtant l'élan avait commencé à basculer.
Les sourcils du clone se froncèrent lorsqu'il réalisa que le timing sur lequel il s'appuyait lui échappait.
Pour la première fois depuis le début de la bataille, c'était lui qui réagissait.
Finalement, un coup de poing atterrit en plein visage du clone avec un craquement sec et retentissant.
Pan !
L'impact fit basculer la tête du double en arrière et le déséquilibra, son corps fut projeté dans les airs avant de s'écraser au sol quelques pas plus loin.
Le silence suivit pendant un souffle avant que le clone ne le brise par un rire bas et sinistre.
« Oui. C'est ça. C'est ce que tu aurais dû montrer dès le début ! »
Lentement, le double se redressa.
Du sang coulait de son nez, et il l'essuya du revers de la main, étudiant la tache rouge avec une légère satisfaction avant de relever les yeux.
« C'est qui tu es vraiment, Ruvian... »
« Non, ce nom n'est pas le bon. »
Un sourire sournois s'étala sur son visage.
« Yuzuki Nozomi te va mieux. »
« Et qui es-tu pour décider ça pour moi, espèce de fraude ? » demanda Ruvian, son expression s'assombrissant alors qu'une ombre passait sur ses traits.
« Qui d'autre pourrais-je être ? » répondit le double avec un rire doux et entendu.
« Je suis ton imitation la plus loyale et la plus fidèle, celle qui te comprend plus profondément que tu n'oses te comprendre toi-même. Je connais tes secrets, ton passé et chaque chose fragile que tu chéris. Il n'y a rien en toi qui échappe à ma vue. »
Les yeux de Ruvian se plissèrent, bien que sa voix soit restée stable.
« Dis ce que tu veux, mais au final, tu n'es rien de plus qu'une imitation, juste une autre voix errante qui résonne dans ma tête. »
Le rire du clone monta, riche de dérision et de plaisir.
« Oh, celle-là est bonne. »
« Je pourrais l'utiliser un jour. Mais en parlant d'imitation... N'es-tu pas le même genre de contrefaçon ? »
Le clone fit un pas en avant.
« Tu n'es pas différent. »
« Tu es un imposteur qui a volé la vie de Ruvian Castelor, puis qui a apaisé sa propre conscience en prétendant qu'un tel vol était acceptable. »
« Tu fuis l'affection de sa famille parce que tu sais, au fond de toi, qu'elle n'a jamais été destinée à toi. Que tu ne mérites pas un tel amour ! Cependant, ton moi intérieur le réclame plus férocement que tout ce que tu as jamais désiré. »
'...'
Le clone continua.
« Après tout, n'est-ce pas merveilleux d'avoir une mère qui t'aime et te chérit si complètement, contrairement à un certain quelqu'un qui n'a jamais ressenti une telle chaleur ! »
Serrant les dents, Ruvian contint sa fureur, même si elle palpitait, chaude et violente, sous sa peau.
« Tu as vraiment dépassé les bornes, l'ami. »
Après avoir laissé le sourire subsister un instant de plus, le clone l'effaça, cracha la dernière goutte de sang et observa Ruvian en silence.
« Oups, désolé, ouais, ça m'a fait mal aussi. J'aurais pas dû dire ça. »
« Enfin bref, parlons franchement pour une fois. Tu devrais être reconnaissant que je ne sois pas comme les autres clones. Tout comme ce protagoniste naïf, son clone avait sa propre conscience. Et moi aussi. »
« Alors, il y a quelque chose que tu dois vraiment savoir. »
Ruvian l'observa calmement.
« Dis-le. »
Le clone sourit.
« D'abord, arrête de te retenir et abandonne cette habitude de passivité, tu veux ? Si tu souhaites survivre dans ce monde qui penche déjà vers la ruine, alors tu dois agir avec plus de force, et certainement, avec plus de volonté. »
« Tu continues de faire semblant d'être un figurant, te convainquant que soutenir les autres assurera d'une manière ou d'une autre ta propre survie. Tu investis tes efforts à renforcer des personnages secondaires, mais qu'est-ce que cela t'a apporté jusqu'ici ? »
« Dis-moi. Est-ce qu'un seul d'entre eux s'est vraiment élevé grâce à toi ? Non. C'est le résultat de ton hésitation. Tu es assez naïf pour croire que tu survivras au-delà du troisième volume, alors qu'en vérité, tu es plus proche de la mort que n'importe lequel d'entre eux. Et quand tu tomberas, les autres suivront. »
« Plus que ça, as-tu même remarqué que ce protagoniste bon à rien sur lequel tu veux compter n'est plus là ? »
« Bien sûr que je l'ai remarqué, quelle genre de question stupide est-ce là ? »
« Ha. Bien. Parce que je pensais devoir te le rappeler... »
Le clone fit une pause.
Finalement, il parla en lui tendant la main.
« Deviens le protagoniste toi-même, Yuzuki. »
« Et laisse tomber cette obsession de rester un personnage secondaire. »
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[Chapitre 63 : Épreuves de confrontation (6)]