Chapitre 372
[Du point de vue de Calyra]
« Hmm… Je pensais qu’il allait m’en vouloir, mais pas du tout. »
Cette pensée tournait sans relâche dans la tête de Calyra tandis qu’elle attendait devant la maison de Ruvian.
La calèche qui devait les emmener vers les confins du nord d’Averenthia attendait déjà au bord de la route. Leur destination finale était Valcavein, la ville gouvernée par la Maison Arcanis.
Ruvian se trouvait à l’intérieur, en train de rassembler les affaires qu’il comptait emporter. Il échangeait sans doute quelques derniers mots avec ses parents avant de partir.
Calyra se tenait tranquillement à l’ombre d’un arbre voisin, jetant de temps à autre un regard vers la porte d’entrée dans l’attente de le voir sortir.
Pour une raison ou une autre, elle avait commencé à remarquer avec une acuité étrange à quel point son cœur battait fort dans sa poitrine.
En fait, un peu plus tôt, avant même d’avoir trouvé le courage de frapper à la porte de Ruvian, Calyra s’était déjà sentie inhabituellement nerveuse à l’idée de toute cette situation.
Depuis quand rencontrer les parents de quelqu’un était-il devenu aussi intimidant, bon sang ?
Et pourtant, la simple idée de se retrouver soudain face aux parents de Ruvian l’avait bien plus troublée qu’elle ne l’aurait jamais admis.
Alors même qu’au bout du compte, elle s’était retrouvée à leur table, à déjeuner avec eux.
Quelle surprise.
La nourriture était bonne, cela dit.
Et maintenant…
Le fait que Ruvian ait accepté de l’accompagner jusqu’au Domaine Arcanis, où il rencontrerait forcément ses propres parents, rendait toute cette situation bien plus intimidante.
Rien que d’y penser, Calyra se mordit brièvement l’intérieur de la joue.
« Était-ce vraiment une bonne idée ? »
Elle se surprit à se poser de nouveau la question en silence.
Peu après, Ruvian finit par sortir de la maison. Sa famille était restée près de l’entrée et le regarda s’avancer vers elle.
Enfin, puisque l’idée venait de Ruvian…
Elle décida de se laisser porter et de voir où cela les mènerait.
*****
[Du point de vue de Ruvian]
Après cela, ils prirent la route du Domaine Arcanis, à Valcavein.
Dans la calèche, Ruvian regardait tranquillement par la fenêtre le ciel de fin d’après-midi qui s’assombrissait. Au vu de la distance considérable entre la ville de Natoris et Valcavein, il estima qu’il ferait nuit noire lorsqu’ils arriveraient enfin.
Cependant, il comptait faire un petit détour une fois à Valcavein. Il serait peut-être plus judicieux de passer la nuit dans une auberge avant de se rendre au Domaine Arcanis le lendemain matin.
Ils auraient ainsi le temps de se remettre du long voyage, au lieu de se traîner jusqu’au domaine, épuisés, en pleine nuit.
Et bien sûr, chacun dans sa chambre.
Après tout, débarquer si tard dans une demeure noble sans prévenir était plutôt inconvenant, d’autant qu’il rendait techniquement visite à Calyra.
Il serait bien plus convenable de se présenter comme il se devait le lendemain matin que de se pointer sur le pas de leur porte à une heure impossible, l’air éreinté par le voyage.
De plus, Ruvian comptait acheter quelques tenues convenables avant de s’y rendre.
Comme il s’apprêtait à pénétrer dans le domaine de l’une des familles nobles les plus en vue d’Averenthia, il n’était guère approprié de se présenter dans les mêmes vêtements décontractés qu’il avait portés tout au long du voyage.
La plupart de ses projets immédiats étant déjà réglés dans son esprit, il n’avait plus grand-chose à envisager. La calèche retomba bientôt dans un silence paisible.
Calyra, assise en face de lui, fut la première à rompre le silence après avoir savouré un moment le calme.
« Tu as dit que tu convaincrais mes parents, dit-elle sans rien perdre de son calme habituel. Je me demande ce que tu comptes leur dire, exactement. »
Ruvian se tourna vers elle et marqua une pause avant de répondre.
« Je vais essayer de régler ça à l’ancienne. »
Calyra plissa légèrement les yeux.
« À l’ancienne ? »
Ruvian hocha la tête.
« Mais tu devras aussi jouer ton rôle. Ça ne marchera pas si je suis le seul à parler. Après tout, ce sera bien plus convaincant si c’est leur fille qui se tient devant eux pour leur dire ce qu’elle veut vraiment. »
Calyra le considéra de son air détaché habituel, un sourcil levé.
« Et quel rôle, exactement, est-ce que je dois jouer ? »
Ruvian eut un sourire entendu.
« C’est simple. Tu n’as qu’à jouer la fille rebelle qui en a enfin assez d’être bridée par ses parents et qui veut être libre de décider comment mener sa vie. »
Voyant que Calyra ne saisissait pas encore tout à fait ce qu’il voulait dire, Ruvian lui exposa le plan plus en détail, en lui indiquant soigneusement ce qu’elle devait dire et la façon dont ils aborderaient ses parents le moment venu.
Une fois ce point réglé, une autre question commença à tarauder Calyra.
Elle avait déjà appris quelques détails sur ce qui était arrivé à la famille de Ruvian, notamment qu’une petite guilde locale l’avait menacée. Elle ne pouvait donc s’empêcher de se demander s’il était vraiment raisonnable de les laisser seuls.
Après tout, la famille de Ruvian était composée de gens ordinaires. Aucun d’eux ne savait se battre, encore moins manier la magie ou se défendre si la guilde revenait avec des moyens plus redoutables.
À vrai dire, prétendre que Ruvian ne s’était pas inquiété de la même chose aurait été un mensonge.
Mais…
« Tout ira bien, dit Ruvian. J’ai déjà expliqué ma situation à Silvena, notamment que je quittais la maison quelque temps pour t’accompagner chez tes parents. Elle a dit qu’elle prendrait des dispositions pour protéger ma famille. »
De plus, Morvayne restait sur place pour veiller sur la maison.
Et surtout, avant de partir, Ruvian avait déjà utilisé [Préfiguration] sur sa famille. Le résultat qu’il avait obtenu était assez clair.
Pour le moment, ils étaient en sécurité.
Il pouvait donc au moins se permettre d’être un peu rassuré.
*****
Un peu de temps passa et, bientôt, les dernières lueurs du soir disparurent derrière la fenêtre de la calèche, tandis que l’obscurité s’étendait lentement sur la route.
Le chemin devant eux devenait difficile à distinguer. Seules les lanternes de la calèche perçaient la nuit et éclairaient les quelques mètres qui s’étendaient devant eux.
Dans le silence, Ruvian entendait les roues cahoter sur la route et les sabots des chevaux marteler le sol à un rythme régulier, tandis qu’ils s’enfonçaient dans la nuit.
À présent, l’intérieur de la calèche s’était lui aussi assombri.
Une petite lampe accrochée près de la paroi éclairait juste assez le visage de la personne assise en face de Ruvian.
Ou plutôt, de la personne qui dormait en face de lui.
Calyra dormait, la tête légèrement appuyée contre la paroi de la calèche.
Même endormie, elle gardait la tenue de quelqu’un qu’on avait élevé dans l’idée de ne jamais paraître négligé : elle semblait réservée, presque irréprochablement digne, les mains soigneusement croisées sur les genoux et ses longs cheveux blancs glissant sur une épaule.
Son visage, d’ordinaire marqué par une expression distante et hautaine, s’était considérablement adouci une fois sa garde baissée.
Le vacarme régulier des roues et les cahots de la calèche ne la dérangeaient guère, comme si elle s’était coupée du reste du monde.
Ruvian la regarda quelques instants de plus qu’il ne l’avait prévu.
Pour une raison ou une autre, voir Calyra endormie fit soudain resurgir cette vision dans son esprit.
L’image d’elle, agenouillée dans cette étendue glacée, le visage déformé par le chagrin tandis que les larmes coulaient sur ses joues, lui traversa de nouveau l’esprit.
Ruvian fronça légèrement les sourcils puis, au bout d’un moment, ferma les yeux.
Il essayait encore de comprendre ce que cette vision cherchait réellement à lui annoncer.
Non, ce n’était peut-être pas tout à fait exact. Il comprenait déjà ce que la vision elle-même laissait entendre ; ce qu’il ne comprenait pas, c’était pourquoi la mère de Julian avait délibérément choisi de la lui montrer.
Essayait-elle de le prévenir de ne pas participer à l’expédition dans le donjon ? Lui annonçait-elle qu’un désastre surviendrait s’il laissait tout le monde y aller ?
Ou bien cette vision était-elle le présage d’un événement inévitable, à moins qu’il intervienne pour changer lui-même le cours des choses ?
Si c’était le cas, elle la lui avait peut-être montrée parce qu’elle s’attendait à ce qu’il empêche cet avenir de se réaliser.
Ruvian rouvrit lentement les yeux, mais la réponse lui échappait toujours. Pour l’instant, il lui manquait trop d’éléments pour tirer une conclusion définitive.
Malgré tout, il ne pouvait pas encore renoncer à l’expédition. Il avait toujours besoin qu’ils entrent tous dans ce donjon, car, aussi dangereuse que la situation puisse devenir, c’était nécessaire à ses projets.
Plus important encore, c’était aussi dans leur intérêt. Le regard de Ruvian revint lentement vers Calyra, toujours endormie en silence en face de lui, tout à fait inconsciente des pensées qui lui traversaient l’esprit.
Et surtout, des siennes.
« Ouais… quoi qu’il nous attende dans ce donjon, y aller reste… »
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[Chapitre 372 : Le meilleur choix pour Calyra]
N/A : Désolé de n’avoir publié qu’un seul chapitre aujourd’hui. J’ai été un peu occupé à faire mes cartons, alors je n’ai pas eu beaucoup de temps pour écrire. Mon vol est dans trois jours.