Chapitre 360
Quand la calèche franchit enfin les grilles de l’Académie, Ruvian avait depuis longtemps perdu le compte des fois où il avait failli s’assoupir en chemin.
Le trajet lui avait paru bien plus long que deux heures.
C’était peut-être simplement parce qu’il n’avait pas encore récupéré de la fatigue accumulée ces derniers jours.
Dehors, les ténèbres avaient presque entièrement englouti le domaine de l’Académie. Seule la lueur blafarde des lampes à mana qui bordaient les routes et les entrées des bâtiments alentours éclairait les lieux.
L’air nocturne était glacial, lui aussi.
À peine Ruvian descendit-il de la calèche qu’un froid mordant lui griffa le visage avant de s’infiltrer sous ses vêtements.
Mais plus encore que le froid, c’était la somnolence accablante qui lui alourdissait peu à peu les paupières qui le gênait.
Épuisé, il bâilla.
« Bon sang… Je suis crevé… »
À cet instant, il ne voulait rien d’autre que regagner sa chambre, s’effondrer sur un lit confortable et dormir.
Vu l’heure, ils n’avaient pas grand-chose d’autre à faire ce soir-là.
La plupart des érudits se contentèrent de ramasser leurs affaires et de regagner péniblement leurs dortoirs respectifs, trop épuisés pour s’attarder plus que nécessaire.
« Ah… Ça fait vraiment, vraiment du bien d’être rentré. »
Peu après, son escouade arriva à l’endroit où leurs chemins devaient se séparer.
Comme leurs chambres se trouvaient dans différentes ailes des résidences, les cinq échangèrent de brefs adieux avant de prendre peu à peu des directions différentes.
Ruvian regarda un instant leurs silhouettes s’éloigner dans les allées faiblement éclairées, puis prit enfin la direction de sa résidence.
Et c’est ainsi que l’escouade 69 se dispersa.
Aucun d’eux ne pouvait vraiment savoir s’ils combattraient un jour de nouveau côte à côte.
Mais même si cela n’arrivait pas, les jours qu’ils avaient passés ensemble lors de l’Épreuve de l’Île avaient déjà tissé entre eux un lien qui ne disparaîtrait pas simplement avec la fin de l’examen.
Après tout, ils étaient toujours amis.
Pour l’heure, toutefois, Ruvian n’avait qu’une destination en tête.
Sa chambre.
Et plus précisément, son lit.
*****
Ruvian referma mollement la porte derrière lui et ne prit même pas la peine de regarder autour de lui avant de se traîner jusqu’au lit.
À peine l’eut-il atteint qu’il se laissa tomber dessus de tout son long.
Boum.
Son visage s’enfonça directement dans l’oreiller. Il resta parfaitement immobile pendant plusieurs secondes.
Puis, lentement, il enlaça l’oreiller des deux bras, comme s’il venait de retrouver un être cher après une séparation interminable.
« … Mon beau lit. Tu m’as tellement manqué. »
Un bref silence accueillit ses paroles.
Puis, du plus profond de son âme, la voix exaspérée de Morvayne se fit entendre.
[Mon enfant, change au moins de vêtements avant de dormir. Et enlève tes chaussures. Tu portes ces vêtements depuis que tu as quitté le Léviathan. Au moins, lave-toi d’abord.]
« … Mhm. »
[Ne me réponds pas par un “mhm”.]
Ruvian tourna mollement la tête sur le côté, dévoilant un œil mi-clos.
« Je ne dors pas encore… »
[Hmm… Je peux littéralement sentir que tu t’endors.]
« Non, je suis juste allongé… »
Ses paupières retombèrent lentement.
« … juste cinq minutes. »
[Ce ne seront pas cinq minutes, mon enfant.]
« Et qui dit ça ? »
[Moi.]
Ruvian enfouit davantage son visage dans l’oreiller.
« Ne t’inquiète pas, Morvayne… Je vais me relever, je le fais toujours. »
Contrairement à ce qu’il avait assuré, les cinq minutes passèrent sans que Ruvian remue le moindrement.
Il était désormais évident qu’il ne se relèverait pas. Il dormait paisiblement en travers du lit, dans une position sans doute aussi peu élégante que possible.
Seule la moitié supérieure de son corps avait réussi à atteindre le matelas, tandis que ses deux jambes pendaient maladroitement dans le vide, bottes aux pieds.
Au plus profond de son âme, Morvayne resta silencieuse plusieurs secondes avant de pousser un soupir las.
[Haa… Je te l’avais dit, mon enfant.]
Morvayne l’observa en silence depuis son âme pendant quelques instants, puis finit par apparaître au chevet du lit.
Des volutes de mana noir s’échappèrent et se rassemblèrent pour former une femme. Elles se solidifièrent peu à peu jusqu’à ce que Morvayne apparaisse sous sa forme physique.
Ses longs cheveux noirs retombèrent sur ses épaules tandis qu’elle baissait les yeux vers Ruvian.
Elle se pencha, souleva délicatement ses jambes pour les poser sur le matelas, puis remonta le reste de son corps sur le lit. Ruvian réagit à peine et laissa seulement échapper un faible murmure.
Morvayne le contempla un instant, puis se tourna vers l’armoire.
Elle l’ouvrit et parcourut brièvement les vêtements avant d’en sortir une chemise ample et un pantalon confortable.
De retour au chevet, elle les tint d’une main. Puis, d’un geste désinvolte du doigt, elle lança un sort.
L’instant d’après, les vêtements qu’il portait avaient été remplacés par ceux que Morvayne avait choisis.
Morvayne secoua simplement la tête.
Ensuite, elle le couvrit d’une couverture et l’ajusta pour qu’elle lui recouvre correctement le corps jusqu’aux épaules.
« Dors bien, mon enfant. »
*****
Heureusement, Ruvian ne fit pas la grasse matinée.
Malgré l’épuisement de la veille, il réussit à se lever tôt.
Après tout, il lui restait plusieurs affaires à régler avant de pouvoir enfin quitter l’Académie et rentrer chez lui.
Il commença par aller retrouver Ophelia, comme ils en étaient convenus.
Leur discussion porta principalement sur le plan de l’Académie visant à démasquer discrètement les démons qui se cachaient encore parmi les érudits et le personnel.
Pour cela, Ruvian suggéra à Ophelia de recourir à la bénédiction de Vanessa.
Il lui expliqua aussi brièvement que Vanessa n’avait pas vraiment d’endroit où retourner pendant les vacances, ni de raison particulière de passer les deux semaines loin de l’Académie.
Mais ce n’était pas la seule raison pour laquelle il l’avait mentionnée. Ruvian formula une autre demande : il voulait qu’Ophelia guide personnellement Vanessa dans l’apprentissage de la magie.
Après tout, elles partageaient la même affinité psionique, et rares étaient sans doute les personnes à l’Académie mieux qualifiées qu’Ophelia pour lui apprendre à la développer comme il se devait.
Naturellement, Ophelia refusa d’abord.
Quelles que soient les circonstances de Vanessa, elle estimait que la jeune fille méritait de se reposer après tout ce qui s’était passé lors de l’Épreuve de l’Île.
Elle voulait au moins que Vanessa profite d’une partie des vacances prolongées, sans être aussitôt entraînée dans d’autres affaires de l’Académie.
Malheureusement pour elle, Ruvian avait déjà abordé cette possibilité avec Vanessa.
Il restait encore plusieurs dispositions à prendre.
Ruvian devait d’abord prévenir Vanessa que certains de leurs projets avaient changé et lui demander de se rendre d’abord à la guilde de Silvena.
Cela lui convenait parfaitement, puisqu’il envisageait déjà d’intégrer Vanessa à la guilde.
Ensuite, Ruvian avait encore une autre affaire à régler.
Il devait envoyer une lettre à Silvena, Calyra, Julian et Rosalin.
Cette lettre contiendrait tout ce qui concernait la suite de leurs opérations, notamment la prochaine étape du développement de la guilde et l’expédition dans un donjon qu’ils préparaient pour les deux semaines de vacances.
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[Chapitre 360 : De retour à l’Académie (2)]