Chapitre 75
Chapitre n°75 – Pirates
Traducteur/Checker : SP76
Le pire se produit au moment où ils atteignaient enfin Leemar. Un groupe inconnu avait attaqué sans vergogne un système frontalier appartenant au puissant clan Konsu. Le Saint Hearst verrouilla immédiatement le vaisseau, et coupa toutes les communications externes, mais de nombreux passagers possédaient d'autres moyens.
« Ils ne vont pas nous attaquer, n'est-ce pas ? »
« Je reconnais l'emblème ! C'est le groupe Vermeer ! »
« Ce n'est pas un raid, c'est une flotte d'invasion ! Ils ont même amené des chars et de l'infanterie pour occuper le territoire capturé ! »
Les nouvelles devinrent sinistres, lorsqu'ils réalisèrent que le Saint Hearst était pris dans une lutte entre deux partenaires à part entière de la Coalition. Le troisième plus puissant groupe Vermeer s’était engagé à envahir le système des Tigres Jumeaux, détenu par le deuxième plus puissant clan Konsu.
« Putain, j'ai toujours pensé que ces choses-là n'arrivaient que dans les drames. Maintenant que ça se passe dans la vraie vie, je me sens vraiment mal. » cracha Dietrich, alors que son visage devenait bleu.
Grâce aux scanners longue portée, tout le monde pouvait voir des centaines de Méchas se déplacer à l'unisson. N'importe quel groupe se ferait laminer face à une telle marée irrésistible.
« La galaxie n'est jamais en paix. Nous avons été trop gâtés dans la République Brillante, où les escarmouches restent mineures. Après tout, il n'y a rien de vraiment précieux qui vaille la peine d'être combattu jusqu'à la mort. »
Le fait que le groupe Vermeer ait décidé d'investir autant d'efforts dans la conquête d'un système frontalier signifiait que cet endroit en valait le coup. Quelques autres passagers eurent la même idée, et une personne qui avait encore accès au réseau galactique trouva la raison.
« Du spiralium! Le système des tigres jumeaux possède un important gisement de spiralium ! »
Bien que cela ne signifiait rien pour Dietrich, Ves écarquilla les yeux en entendant la nouvelle. Ses compétences en métallurgie et sa connaissance approfondie de l'industrie lui permirent de comprendre la raison de la décision radicale du groupe Vermeer.
« Le spiralium peut être raffiné en une substance essentielle à la fabrication de cellules énergétiques à haute densité. On trouve des traces de spiralium dans la plupart des systèmes stellaires, mais il n'est pas rentable d'exploiter ces minuscules gisements. Si le clan Konsu a découvert un gisement important dans le système des Tigres Jumeaux, alors ce dernier est passé de système mineur à celui d'atout stratégique majeur. »
Un couple de passagers déterra des nouvelles encore plus mauvaises. Il s’avérai que le groupe Vermeer possédait déjà deux grands gisements de spiralium sur son territoire. Il cherchait à conquérir le système des Tigres Jumeaux, afin d'obtenir un monopole local sur ce précieux minerai. S'ils parvenaient à posséder les 3 sources, ils pourraient alors dicter les prix, et compenser les pertes subies lors de cette invasion.
« On dirait que l'agitation qui règne à l'extérieur s'est étendue à la Coalition. Ces partenaires sont vraiment assez impitoyables pour faire la guerre à leur propre camp. »
En réalité, il n’était pas certain que les principaux partenaires de la Coalition aient jamais été du même côté. Ils ne s’étaient réunis que pour se défendre contre la monolithique Hégémonie Hexadrique. Outre l'adoption de lois communes pour faciliter le commerce et la défense mutuelle, les différents partenaires avaient conservé leurs cultures uniques, et leur fierté individuelle.
Au fur et à mesure que le temps passa, le Saint Hearst resserra son étouffement, afin d'éviter la panique. Des membres de l'équipage ainsi que des robots armés étaient sortis de nulle part pour guider les passagers vers leurs cabines.
Une fois les derniers passagers retournés à leur place, une annonce fut diffusée à l'échelle du navire. « Ici le capitaine. Comme vous l'avez peut-être appris, le Saint Hearst est entré dans le système des Tigres Jumeaux entre deux feux. Bien que dévastateur pour la population, notre vaisseau spatial n'est lié à aucune des deux factions impliquées. Aucun des deux groupes n'a exprimé l'intention de nous poursuivre, alors que nous avons annoncé notre présence. »
Alors que Ves s'apprêtait à soupirer de soulagement, le capitaine reprit la parole.
« Ne vous méprenez pas. Nous ne sommes pas en sécurité. Même si nous sommes neutres, Konsu ou Vermeer peut changer d'avis à tout moment. Si vous avez les moyens de les convaincre de nous laisser tranquilles, n'hésitez pas à vous adresser à un membre de l'équipage. Néanmoins, je ne m'attends pas à ce qu'ils nous épargnent. Ce qui nous attend est peut-être pire. »
Dietrich prit un air grave, en analysant une projection du système stellaire. « Quand les grands se battent, il y a toujours des petits qui se précipitent pour les miettes. »
« Nous avons détecté des signes sporadiques de groupes non affiliées. Bien que la plupart d'entre eux soient des vaisseaux civils souffrant des mêmes circonstances, il y a un certain nombre de vaisseaux qui n'ont pas forcément des intentions amicales. »
En d'autres termes, des pirates. Le capitaine insistait sur l'importance de ne pas bouger et d'éviter toute panique. Ves et Dietrich n’apprirent rien de nouveau de ce discours. Au contraire, ils n’attendaient qu'une seule phrase.
« ...De plus, pour tous les pilotes actifs parmi vous, nous demandons de l'aide, surtout si vous avez amené votre Mécha. Nous sommes en train de lever les sceaux sur tous les Méchas qui se trouvent dans notre soute. »
Ves regarda Dietrich, qui acquiesça, et commença à passer de sa tenue décontractée à sa combinaison de pilote.
« Ton Harrier n'est pas à la hauteur des Méchas qui existent. Même les pirates sont mieux équipés que le Corps de Méchas de chez nous. Même dans une génération, il y a des différences de puissance de feu et de protection. »
« Je sais, mais je ne suis pas du genre à fuir les défis. J'ai passé des semaines à ne rien faire d'autre que boire. Tu m’as engagé pour te protéger, il est temps pour moi de mériter mon salaire. »
En réalité, Ves n’avait jamais payé Dietrich. Il était venu de son propre chef, mais ni l'un ni l'autre n’était d'humeur à en parler. Alors que Dietrich finissait de se changer, il ouvrit la porte d'entrée de la cabine et s’adressa à un membre de l'équipage qui se trouvait à proximité. Ce dernier acquiesça, et laissa un robot de réserve guider Dietrich jusqu’aux soutes.
Par les temps qui couraient, Ves regrettait de ne pas pouvoir participer au combat. Bien qu'il ait reçu une formation de base sur les armes à feu à l'époque où il étudiait la création de Méchas, ce n'était que pour le préparer à devenir réserviste. Même si le gouvernement l'enrôlait, tout ce qu'il pouvait faire, c'était réparer et entretenir des Méchas. Combattre l'ennemi en première ligne n'était pas ce que Ves avait en tête.
Pour se calmer, il attrapa Lucky, inconscient et enfila une combinaison de vide avant de s'asseoir sur une chaise renforcée. Chaque cabine était équipée de combinaisons de base et de chaises renforcées avec des sangles solides, en cas d'urgence. Ves s'y attacha, et s'assura que les chocs soudains du vaisseau ne délogeaient pas ses attaches.
« Ne bouge pas, Lucky. Je ne veux pas que tu flottes, au cas où la gravité artificielle s'arrêterait. »
Les combats spatiaux entre humains étaient autrefois sanglants, avant que l’ACM ne tape sur les doigts de tous le monde. De nos jours, les vaisseaux spatiaux n’étaient pas censés être armés, ce qui limitait les dégâts. Les pirates utilisaient des Méchas spatiaux, à la place, pour sécuriser les environs, et des troupes d'abordage, pour envahir l'intérieur d'un vaisseau. Si le Saint Hearst voulait survivre intact au raid des pirates, il ne pouvait pas se permettre de perdre l'une ou l'autre des batailles.
Les minutes passaient, et Ves sentit sa peau se couvrir de sueur. Le pire dans cette situation, c’était que l'équipage n'avait pas l'intention d'informer les passagers de quoi que ce soit. Dietrich avait peut-être déjà décollé. Parviendrait-il à se battre dans cet environnement difficile ? Son Mécha était-il suffisamment étanche pour éviter les fuites d'air ?
Aucun son ne se propageait, dans l'espace. Les explosions ou les tirs d'armes n'affecteraient pas le vaisseau, à moins qu'ils ne soient extrêmement proches. Bien que Ves ait vaguement perçu quelques vibrations inhabituelles, il ne pouvait en deviner la source.
Même avec la puissance du Système, Ves n'avait toujours rien entre les mains pour se défendre contre une éventuelle agression. Il regrettait d'avoir ignoré les options d'autodéfense du magasin et de l'arbre de compétences. S'il avait investi une partie des 5000 PC dedans, il ne serait peut-être pas en train de transpirer à grosses gouttes en ce moment.
Le navire trembla brusquement à plusieurs reprises. Le capitaine fit rapidement une autre annonce. « Alerte ! Les pirates ont réussi à faire entrer deux navettes d'abordage à travers nos Méchas. Ils percent les écoutilles en ce moment même. NE RÉSISTEZ PAS ET NE QUITTEZ PAS VOS CABINES ! »
Ves jura vigoureusement. Ce capitaine inutile aurait pu expliquer ce qui se passait. Qui sont les pirates ? Avaient-ils des antécédents de meurtre, ou étaient-ils simplement là pour dépouiller les passagers de leurs richesses ?
« Merde. J'ai encore plus de 24 millions de crédits d'épargne. Je ne peux pas me permettre de tout perdre. »
Pourtant, que pouvait-il faire ? Il ne se faisait pas d'illusions, en pensant qu'il pourrait sortir de sa cabine et tuer tous les intrus à mains nues. Il ne possédait même pas d'arme à feu !
Il activa rapidement le Système et ouvrit la boutique.
[Couteau à fruits de base] : 100 PC
[Pistolet à un coup] : 500 PC
« Quoi ? ! Cinq cents putain de PC pour un pistolet avec une seule balle ?! »
Ves avait envie de s'arracher les cheveux. Sans parler du pistolet, il ne pouvait même pas se permettre d'acheter le couteau le plus inoffensif du magasin, à cause de sa pénurie de PC. Il avait commis une grave erreur, en gaspillant tous ses PC d'un seul coup.
« Eh bien, j'ai retenu la leçon. La prochaine fois, j'économiserai. »
Alors que Ves s'asseyait toujours en tenant son chat, il ressentit quelques vibrations supplémentaires. Il avait du mal à en deviner l'origine, mais elles augmentaient en magnitude et en fréquence. S'il ne connaissait pas mieux, il avait l'impression qu'il s'agissait de bruits de pas lourds. Avec l'isolation phonique de la cabine, il n'avait aucun moyen de se faire une idée plus précise.
Les minutes passèrent, et la fréquence des vibrations diminua. Au moment où Ves se détendait, un dispositif d'ouverture brisa la porte de la cabine.
« MAINS EN L'AIR ! NE BOUGEZ PAS ! »
« Je ne suis pas armé, je ne suis pas armé ! » hurla Ves, en levant les bras. Lucky poussa un hurlement d'effroi, dès que deux exosquelettes menaçants pénétrèrent dans la minuscule cabine. Les représentations désordonnées d'armes et de filles légèrement vêtues montraient clairement que ces deux hommes ne faisaient pas partie du service de sécurité du navire.
Les deux hommes en armure occupaient pratiquement la moitié de l'espace de la cabine. L'un des pirates tenait un énorme fusil laser sur son épaule, tandis que le second tenait un pistolet laser fumant.
« TOI. QUEL EST TON NOM ? »
« V-V-Ves. Ves Larkinson. »
Le pirate principal s'arrêta un instant. Ves devina qu'il utilisait le HUD interne de sa combinaison pour rechercher son nom dans le manifeste des passagers.
« CRÉATEUR DE MÉCHAS. BIEN. TON COLOCATAIRE SE BAT DEHORS. PAS SI BIEN. ON T’EMBARQUE. »
« Attendez, attendez, je peux payer. J'ai des crédits ! »
« TES CRÉDITS SANS VALEUR NE NOUS INTÉRESSENT PAS. VIENS AVEC NOUS, AVANT QUE TON AMI NE FASSE QUELQUE CHOSE DE REGRETTABLE. »
Le pirate en chef dévoila un couteau? et coupa les sangles qui maintenaient Ves en place. « DEBOUT. »
Avec un pirate le menaçant avec un fusil, et un autre le pointant avec un couteau épais et mortel, Ves n'avait pas le choix. Il garda les mains en l'air et poussa lentement la chaise.
« Je ne veux pas être blessé. Je ferai ce que vous voulez. Mais ne me faites pas de mal. »
« DÉTENDS-TOI, MON PETIT. ÉCOUTE CE QUE JE DIS, ET TU POURRAS RES- »
Le pirate fut soudain interrompu par un éclair doré, qui passa au-dessus de son cou. Un léger souffle s'éleva dans l'air, et tout le monde fut surpris. L'éclair s'avéra être Lucky, qui atterrit sur une commode avec des yeux bleus brillants. Une paire de griffes énergétiques étaient sorties. Les gouttes de sang qui s'accrochaient encore à sa surface grésillaient, tandis que la chaleur évaporait le reste.
Le pirate gargouilla pendant quelques secondes, avant de s'effondrer. Son exosquelette n’avait pratiquement pas pu résister à la frappe soudaine de Lucky.
« QU'EST-CE QUE ? FREDDY ? FREDDY ! PUTAIN DE CHAT ! »
Le second pirate devint fou furieux, et appuya sur la gâchette de son fusil. Un rayon chauffé à blanc sortit et vaporisa le lit de Dietrich, avant de se diriger vers le haut de la commode.
« Lucky ! Cours ! »
Les yeux du chat étincelèrent encore plus avant, de disparaître dans un autre éclair. Une fraction de seconde plus tard, Lucky atterrit devant la porte brisée de la cabine, alors que le second pirate souffrait d'un cas identique, la moitié de son cou ayant été tranchée par une griffe. Le sol résonna, tandis que le mort s'effondrait sur son frère.
Tandis que Lucky désactivait sa griffe mortelle et se pavanait, Ves devint vert, en regardant les flaques de sang qui s'étendaient. Son repas s'échappa soudain de son estomac. Il dégueula directement dans le couvercle transparent de son casque. Sa combinaison étanche détecta automatiquement le danger et retira la vitre. Après avoir vidé son estomac, il respira profondément, et fixa Lucky comme s'il s'agissait d'un fantôme.
« Lucky, tu... tes griffes. Depuis quand tu... »
Ves se souvint alors de la boîte mystérieuse. Son contenu avait-il quelque chose à voir avec la capacité de Lucky à manifester ces griffes énergétiques ?