Chapitre 63
Chapitre n°63 – Parties
Traducteur/Checker : SP76
« Ves, mon gars, j'ai reçu tes fichiers. Honnêtement, je suis pas hyper satisfait par ton taf. La cape est fragile et a du mal à voler au vent, et les éclairages sur la surface ne sont pas du tout impressionnants. La seule chose que j'ai trouvée sympa, c’était les lumières rouges installées sous l'armure. »
Ves craignait cela. Ne pas satisfaire son client signifiait que ses récompenses pour la mission pourraient être réduites. « J'ai fait mes choix de conception en gardant à l'esprit l’endurance. Une cape fragile sera la première chose qui disparaîtra, aux premiers signes de dégâts. Il vaut mieux garder une apparence propre qui soit belle à la fois lorsqu'elle est intacte et lorsqu'elle a survécu à une bataille. »
L'excuse fut suffisante pour que Vincent fasse une pause dans sa tirade. Il fronça les sourcils et réfléchit à ses paroles. « D'accord, mais je consulte un artiste pour les éclairages. Pour être honnête, ils sont un peu basiques. Hé, pourquoi j’ai pas fait ça ? T’es pas un artiste. »
« Si vous n'êtes pas satisfait de mes dessins, n'hésitez pas à vous adresser à quelqu'un d'autre. » Bien que le Système n’allait pas aimer ça, Ves était d'accord avec le choix de Vincent. « Assurez-vous simplement que l'artiste sache que les Méchas sont des machines de guerre destinées au front. »
« Ouais, ouais, si tu veux. Pour ce qui est des autorisations et des matériaux, je laisserai mon assistant s'occuper des détails. »
« Ce serait appréciable. » Bien qu'il puisse acheter les matériaux supplémentaires lui-même, il risquerait de se faire arnaquer. « Quoi qu'il en soit, j'en suis encore en train de plancher sur votre... troisième demande. »
« J'attends une proposition demain. J'ai besoin que tu commences à construire mon Mécha au plus vite, je le veux dans 2 semaines. »
Voilà qui perturba Ves. C'était la première fois qu'il entendait parler d'un délai. « C'est très urgent que je vous livre votre Mécha dans ce délai ? »
« Oui, c'est super urgent ! J'ai déjà un pari. Je vais montrer à ce fumier que je n'ai pas peur ! Je ne suis PAS un lâche ! »
« Oui, oui, vous êtes très courageux ! » dit Ves rapidement, essayant d'éviter de se faire lyncher. « Vincent, j’y retourne, et j'aurai un modèle potentiel à vous présenter demain. »
« Y a intérêt ! »
Le signal se coupa brusquement, ce qui fit soupirer Ves de soulagement. Il avait été un peu négligent dans ses devoirs. Il pensait avoir tout le temps nécessaire pour examiner toutes les options et perfectionner pas à pas le Mécha de rêve de Vincent. L'échéance soudaine de deux semaines mit un terme à ses vacances tranquilles à Bentheim.
Il emmena Lucky avec lui et quitta l'arène et ses fans en liesse. Il prit une navette qui le ramena directement à l’ACM. Après avoir passé plusieurs contrôles, il se retrouva dans un studio semblable au précédent. Il était prêt à se remettre au travail.
« Hm, une paire, hein ? » Ves réfléchit en convoquant l'image de son Mécha, désormais doté d'une cape, et d'un système d'éclairage basique. À ses yeux, le Mécha avait déjà une allure assez masculine, un peu comme un chevalier en armure. L'ajout d'une masse à l'avant de la taille gâcherait l'aspect général du Mécha.
« Les hommes qui portaient des armures à l'époque n'exposaient jamais leurs parties intimes à un quelconque danger. C'est l'un des points faibles les plus vulnérables du corps humain. »
Il en allait de même pour les Méchas. Sa position centrale, juste au-dessus des jambes gourmandes en mécanique en faisait un emplacement de choix pour les moteurs. La taille et la partie inférieure du torse d'un Mécha étaient donc déjà bien blindées. Il serait très difficile de rajouter de la masse sans nuire à la maniabilité du Mécha, d'une manière ou d'une autre.
À moins d'y coller quelque chose à angle droit. Mais dans ce cas, ça ruinerait sa réputation, et Vincent se ferait arrêter pour indécence.
« Je ne devrais pas être le seul à être confronté à ce problème. »
Le Mécha était une imitation des humains. Pourtant, les créateurs se contentaient de minimiser autant que possible toute protubérance à ce niveau, au nom de l'efficacité. Vincent avait peut-être raison de dire que l'absence d'expression de genre dans un Mécha constituait un obstacle à l'adhésion totale de ce dernier. Si Ves y mettait simplement quelque chose de subtil, cela pourrait même améliorer le Facteur-X du Mécha.
« Mais que se passe-t-il si le pilote est d'un autre sexe ? »
Ves ne pouvait qu’imaginer un schisme entre le Mécha et le pilote, mais pas trop. De nombreuses pilotes ont réussi à réaliser des performances fantastiques dans des Méchas très masculins. Et même si c’était moins courant, son propre variant féminin du Fantasia démontrait bien que les femmes pilotes étaient parfois meilleures que les hommes.
Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser que le sexe avait son importance. C'était peut-être le grand mur qui l'empêchait d'obtenir plus qu'un E, en termes de Facteur-X. Le fait qu'il ait obtenu un C du système devait être attribué à d'autres facteurs. Il aurait même pu obtenir un score plus élevé si Ves avait fait attention au sexe de son Mécha dès le départ.
« Est-ce le secret pour obtenir un Facteur X plus élevé ? » se demanda Ves, et avec les connaissances qu'il avait acquises, il se dit que c'était une voie viable à suivre.
Il se souvint alors des quelques compétences et sous-compétences étranges, dans l'arbre de compétences du système. Il s'agissait principalement de remplacer les pièces d'un Mécha mécanique par des équivalents biologiques. Ainsi, au lieu d'utiliser des muscles artificiels faits d'alliages et de polymères, des chercheurs cultivaient des tissus musculaires vivants ayant la même forme et la même fonction.
Un Mécha est l’imitation du corps humain.
« Il y a des gens dans la galaxie qui croient en cette phrase un peu plus littéralement que d'autres. »
Ves pensait avoir touché du doigt l'un des grands secrets de l'élite de l'humanité. Il s’était rendu compte que la révélation involontaire par le Système de ce que d'autres chercheurs poursuivaient dans leurs laboratoires sombres et cachés était un secret dangereux. C'était tellement au-dessus de son niveau que s'il révélait ses soupçons, il risquait d'attirer sur lui toute une flotte de guerre d'un super-État de premier rang.
« Je ferais mieux de garder toutes ces pensées sous clé pour le moment. » conclut-il rapidement, avant de reporter son attention sur la question de la représentation de l’anatomie masculine.
Il consulta à nouveau le réseau et jeta un coup d'œil sur la façon dont les civilisations antérieures au premier vol spatial traitaient la question du blindage de l'entrejambe.
De nombreuses images ridicules apparurent. D'anciens armuriers avaient littéralement façonné une armure qui semblait pouvoir épouser la forme du membre. De nos jours, si Ves installait une telle chose sur son Mécha, il serait littéralement chassé de sa profession.
Les pièces légèrement plus grandes et plus subtiles n'étaient pas beaucoup mieux. Elles étaient toujours aussi imposantes, et ne manquaient jamais d'attirer le regard d'un observateur sur la taille de la personne. Certes, elles offraient une bonne protection, mais la façon dont elles attiraient le regard les faisait ressembler à des paons qui s'exhibaient.
« Mais bon, ce n'est pas comme si Vincent était différent. »
Ves chercha tout de même un exemple plus décent. Il trouva quelques images intéressantes. Certaines armures évitaient ce problème en ajoutant une cotte de mailles ou une jupe plaquée. Si cela convenait parfaitement à certains Méchas, cela ne manquerait pas d'attirer les foudres de Vincent. Un homme ne porte jamais de jupe, après tout, et son client voulait afficher sa masculinité, pas la cacher.
Il finit par repérer des pièces maîtresses qui semblaient un peu plus adaptées aux temps modernes. Ces pièces s’écartaient des formes arrondies, et utilisaient plutôt des angles vifs dans une combinaison de formes triangulaires et rectangulaires. Ces exemples suggéraient qu'elles étaient là pour protéger l'entrejambe sans attirer l'attention.
L'aspect était net, moderne et, surtout, ne dépassait pas les limites de l'indécence. Ves aimait beaucoup le concept et lança immédiatement le programme de création du studio pour concrétiser ses inspirations.
Il rencontra quelques difficultés, en cours de route. Le Marc-Antoine était basé sur l'Auguste César, lourdement armé. Les deux Méchas étaient dans le haut de la catégorie des poids moyens. Comme les jambes et la taille faisaient partie des zones les plus lourdement blindées de tous les Méchas, il était très inhabituel d'ajouter des couches supplémentaires.
Ves devait tenir compte de l'amplitude de mouvement des jambes. Des contorsions extrêmes pouvaient très bien heurter le Mécha et écraser tout obstacle rigide sur son chemin. Il doutait que Vincent veuille que tout le monde le voie détruire son fac-similé de virilité à l'intérieur du cockpit. Façonner la coiffe en forme triangulaire de manière à minimiser sa partie inférieure ne pouvait pas aller plus loin.
« Si je ne peux pas éviter les collisions, il faut qu'il y ait un peu de jeu. »
Il repensa à la journée d'hier, et se remémora sa conversation avec Vincent. Il avait mentionné avec désinvolture l'utilisation d'un matériau semblable à une éponge pour construire l’ensemble. Une telle méthode pourrait permettre à Ves d'éviter de laisser son Mécha détruire son propre sexe.
Il lui fallut une heure pour concevoir cette pièce simple. Il prit d'abord un matériau composite élastique du marché, et lui donna une forme grossièrement triangulaire qui dépassait suffisamment du bas de la taille. Il la sous-dimensionna, afin de laisser suffisamment d'espace pour que des plaques blindées recouvrent le composite souple et flexible. Il ne voulait pas avoir recours à un matériau différent, et choisit donc de s'en tenir au HRF.
En prenant du recul, il examina le Mécha dans son ensemble. Le Marc-Antoine était toujours aussi impressionnant, et prêt à combattre. L’ajout triangulaire attirait néanmoins l'attention, mais son design était suffisamment différent des exemples les plus obscènes de l'histoire. Il avait l'air... de bon goût, même si Ves ne l'admettrait jamais. Il espérait tout de même que Vincent accepterait cet ajout.
Son variant du Marc-Antoine semblait en quelque sorte plus complet, avec cet ajout. Personnellement, Ves préférait qu'elle soit plus petite, et qu'elle attirerait moins l'attention. Néanmoins, maintenant qu'il se demandait si cela faisait une différence que les Méchas aient un sexe, cela semblait plus approprié.
Lorsque Ves contacta Vincent dans la matinée, il montra au fêtard en gueule de bois la projection de son travail.
Même Vincent adopta une expression perplexe. Sa mâchoire se décrocha pratiquement lorsqu'il admira la forme augmentée. « C'est génial ! C'est exactement ce que je voulais ! C'est un peu plus classe que ce que je préfère, mais absolument personne ne se moquera de moi pour avoir caché mon paquet plus longtemps ! »
Ves se demanda qui, au juste, n'avait pas le sens de critiquer l'exclusion d'un Méchas d’ajouts inutiles. Mais il se tut, ne voulant pas dénigrer de puissants héritiers et marcher sur les plates-bandes de Vincent par la même occasion.
Après avoir déblatéré pendant plusieurs minutes sur le génie du paquet, Vincent donna finalement le feu vert à Ves. « Je veux que tu retournes chez toi et que tu produises mon Mécha exactement comme ça ! Assure-toi de te coordonner avec mon assistant, si tu as besoin de quelque chose. Ne me rappelle pas tant que le Mécha n’est pas livrable. »
Son assistant personnel prit le relais. Ves s'enquit de l'état d'avancement de l'approvisionnement en matériaux pour la cape, le système d'éclairage, et aussi l’ajout, et obtint une réponse rassurante.
« Notre service logistique a accéléré les livraisons à votre atelier, sur Cumulonimbia. Elles arriveront bien avant vous. »
Ves demanda ensuite à l’assistant de contacter son courtier pour signer un contrat de commission. Marcella était bien plus à même de s'occuper de la partie vente de la négociation. Une fois qu'il aurait reçu son acompte, il pourrait expédier tous les autres matériaux dont il avait besoin à son atelier.
Alors que Ves rangeait ses maigres bagages et ramenait son chat au spatioport, il se demandait comment il allait bien pouvoir construire son Mécha. Le produit de Vincent devait être entre ses mains dans environ treize jours, ce qui semblait beaucoup, mais la certification et l'expédition prenaient beaucoup de temps, tout comme l’acclimatation au Mécha. Il ne pouvait pas s'attendre à ce que Vincent le maîtrise en un jour.
La première fois qu'il avait fabriqué le Marc-Antoine, il lui avait fallu plus d'une semaine, et c'était lorsqu'il travaillait avec le plus grand soin. Maintenant qu'il était un peu plus familier avec le processus de fabrication, il pouvait se passer de la plupart des précautions excessives, et travailler un peu plus rapidement.
« Idéalement, la fabrication ne devrait pas prendre plus d'une semaine, y compris les pièces supplémentaires. Si c'est plus long, on se demande pourquoi je me donne la peine de fabriquer le Mécha personnellement. »
Il pouvait tout à fait imaginer embaucher un fabricant à plein temps pour s'occuper de sa production, mais ce n'était pas le moment. Il s'excusa mentalement auprès de Carlos pour avoir mis de côté son offre d'emploi. Une fois que la demande serait plus importante, il pourrait revenir sur cette question.