Chapitre 3 712
Bien qu’elle aspirât à devenir la meilleure conceptrice de méchas spécialisés dans l’épée, elle était encore loin d’avoir atteint ce niveau !
En tant que Compagnonne, son droit à la parole devant la MTA était pratiquement nul. Même ses particularités, qui la distinguaient des autres, n’étaient que des curiosités sans le moindre pouvoir réel.
Comme Joshua, Ketis éprouvait l’impuissance de qui tentait de s’opposer à l’une des organisations les plus puissantes de l’humanité. Même un dieu de l’épée ne pouvait pas trancher en deux une immense organisation transgalactique !
Elle finit par pousser un soupir résigné. « D’accord, alors. Comme tu voudras. Qu’est-ce que tu proposes ? »
« Comme je l’ai dit tout à l’heure, les pakklatons sont des obstacles qui n’apportent rien de bénéfique à l’humanité. Le seul moyen de changer cela, c’est de les rendre suffisamment utiles pour que les garder en vie soit plus avantageux pour l’humanité que de les éliminer sur-le-champ.
Nos options sont limitées, mais je pense que nous pourrions convaincre la MTA si nous proposions de les utiliser comme sujets d’expérience pour nos projets de recherche sur les percées et les avancées. Ils ne sont pas humains, mais ils partagent suffisamment de caractéristiques avec notre espèce pour que ce soit viable. »
« Et… comment comptes-tu les traiter, Ves ? »
C’était là le point délicat de cette proposition. Ves se pencha en avant sur sa chaise et prit un air grave.
« Si nous laissons les pakklatons tranquilles, ils seront considérés au mieux comme un fardeau et au pire comme une menace latente. Pour changer cette perception, nous devons en faire des atouts, et le seul moyen qui me vient à l’esprit serait de les transformer en sujets d’expérience. La bonne nouvelle, c’est que nous n’avons pas besoin de tous les soumettre à des expériences.
Nous pouvons en laisser au moins la moitié tranquilles, afin de nous en servir comme groupe témoin pour établir des comparaisons, et comme réserve si jamais nous avons besoin de davantage de sujets d’expérience. »
Ves garantissait en somme à Ketis que la moitié des pakklatons sous leur contrôle ne subirait pas d’expériences dépravées. C’était déjà un grand progrès qui la rassurait.
Sauver la moitié d’une population de réfugiés extraterrestres inoffensifs ne valait pas le salut de tous, mais, à ce stade, elle prendrait ce qu’elle pourrait obtenir. Comme Joshua, elle ne pouvait pas s’opposer ouvertement aux limites imposées par la MTA.
Ves n’avait pas encore détaillé ses expériences. En tant que conceptrice de méchas et chercheuse, Ketis savait que la marge de manœuvre était immense quant au degré de dangerosité des expériences. S’il n’y avait pas d’urgence, ils pourraient facilement étaler les études sur plusieurs décennies et réduire ainsi les risques potentiels au minimum.
Ves activa une projection qui affichait un document présentant les grandes lignes de son plan préliminaire.
« J’y travaille depuis que tu m’as “demandé” de préserver autant de pakklatons que possible. J’avais compris dès le début qu’il fallait les rendre plus utiles vivants que morts pour l’humanité. Même si nous n’avons pas le temps de rédiger des projets de recherche complets, je rêve souvent d’explorer de nouveaux phénomènes en menant différentes expériences. »
C’était l’un de ses passe-temps lorsqu’il avait un moment de libre. Il ne cessait jamais de réfléchir à de nouvelles façons d’améliorer sa philosophie de conception et la puissance de son clan.
S’il cessait de faire tout cela, il finirait inévitablement par stagner en tant que concepteur de méchas !
Ves tourna la tête et jeta un coup d’œil à son document.
« Ah, il n’est plus tout à fait à jour. Notre conversation m’a donné beaucoup de nouvelles idées. Laisse-moi le remanier. »
Il se servit de son implant pour transcrire directement ses pensées sous forme de texte et les ajouter au document. Il ne lui fallut qu’une douzaine de secondes pour rendre son plan de recherche bien plus ambitieux et complet !
« L… l’Institut T ? » Ketis haussa un sourcil.
« Oui. C’est le nom que j’ai choisi pour le groupe de recherche spécial dont je viens de parler, répondit Ves. C’est un nom banal, qui n’évoque pas grand-chose, mais c’est volontaire. Au départ, je voulais l’appeler “Institut de la Transcendance”, mais ce serait trop révélateur.
Une fois créé, il deviendra l’organisation faîtière chargée de mener toutes les recherches en cours visant à favoriser les percées et le développement des humains. Pour l’instant, j’ai imaginé quatre grands départements de recherche, chacun cherchant à découvrir de nouvelles méthodes plus efficaces pour favoriser l’évolution humaine. »
Le document remanié mentionnait quatre départements de recherche au total.
Le Département de recherche sur le guidage par les méchas regroupait tous les projets liés à l’accompagnement au moyen de méchas vivants. Les méchas comme le modèle Chiron, le Quint, le modèle Guerrier des Illuminés et même le futur modèle Pourfendeur de Monstres entraient dans cette catégorie.
C’était actuellement la piste de recherche la plus avancée et la plus concrète. Chiron et le Quint avaient déjà donné de bons résultats, tandis que les méchas Guerrier des Illuminés commençaient déjà à agir sur leurs pilotes.
Avec l’ajout du Pourfendeur de Monstres, le Département de recherche sur le guidage par les méchas pourrait établir bien davantage de comparaisons, puisque ce mécha avait été conçu par Ketis et non par Ves !
Le Département de recherche sur l’éveil regroupait toutes les méthodes non liées aux méchas qui permettaient une amélioration progressive et de petites percées.
Ce que Ketis avait récemment fait et suggéré à Ves relevait de ce département de recherche.
Ves n’avait encore mené aucune étude dans ce domaine, mais il avait déjà suffisamment d’indices pour penser qu’il s’agissait d’une piste prometteuse !
Le développement humain nécessitait toujours une longue période d’accumulation. La route vers le rang supérieur était longue et tortueuse. Le Département de recherche sur l’éveil avait pour objectif de rendre ce parcours aussi direct et fluide que possible, afin d’éviter aux gens de perdre leur temps dans des détours et des impasses.
C’était particulièrement important pour les pilotes de mécha, car ils ressemblaient à des athlètes dont la condition physique ne leur permettait de concourir que pendant une période limitée de leur vie.
En raison de la nature même de leur carrière, les pilotes de mécha devaient devenir pilotes experts avant l’âge de quatre-vingts ans s’ils voulaient espérer aller plus loin.
Plus tôt ils franchissaient le cap, mieux c’était ! C’était pourquoi il était si crucial pour les pilotes de mécha de surmonter rapidement leurs obstacles et de gagner en puissance le plus vite possible. Ils luttaient littéralement contre leur horloge biologique !
« Pourquoi créer ce Département de recherche sur l’éveil alors que tu as déjà le Département de recherche sur le guidage par les méchas ? demanda Ketis. Les deux cherchent à faire progresser les gens par des moyens similaires. »
« C’est vrai, mais l’une de ces pistes de recherche ne concerne que les pilotes de mécha, tandis que l’autre est accessible aux gens d’autres professions. Toi et moi ne pouvons pas profiter des avancées liées au pilotage de méchas. »
« Ah. Je comprends. »
Outre ces deux départements, il y avait aussi le Département de recherche sur les percées. Il regroupait toutes les recherches liées au déclenchement de l’apothéose et à l’accomplissement de percées majeures.
C’était dans ce domaine que Ves avait concentré une grande partie de ses efforts par le passé. Même si c’était de loin le département de recherche le plus dangereux et le plus extrême qu’il avait imaginé, il restait convaincu qu’il pourrait donner des résultats extraordinaires.
En définitive, Ves espérait que le Département de recherche sur les percées l’aiderait à découvrir comment provoquer artificiellement des percées à tous les rangs !
De pilote de mécha à candidat au rang de pilote expert. De candidat au rang de pilote expert à pilote expert. De pilote expert à pilote as.
S’il parvenait à percer les secrets de chacune de ces transitions, il n’aurait plus jamais à craindre de manquer de pilotes de haut rang !
Le Département de recherche sur les esprits compagnons était le quatrième et dernier de l’Institut T. Il se consacrait à la propagation et à l’amélioration des esprits compagnons.
En en ayant créé plusieurs et en les ayant vus s’épanouir dans des circonstances différentes, Ves avait acquis une grande confiance en leur valeur et en leur potentiel.
Il ne voulait plus s’en occuper seul, mais créer tout un département de recherche capable d’étudier en profondeur tous les aspects imaginables des esprits compagnons !
Malheureusement, c’était aussi de loin le département de recherche le plus exigeant, car les conditions nécessaires à la création, à la manipulation et à l’étude des esprits compagnons étaient extrêmement strictes !
Ves ne voulait pourtant pas y renoncer. Plus il y réfléchissait, plus il voyait le potentiel de ces esprits compagnons, qui conféraient de nouvelles capacités à des gens qui en étaient auparavant dépourvus !
Alexandria avait officiellement initié Gloriana à l’ingénierie spirituelle. Comme son esprit compagnon était fait d’énergie spirituelle, elle pouvait elle aussi le manipuler dans une certaine mesure, avec l’aide de la Reine Chat !
Sharpie avait permis à Ketis d’exercer une deuxième profession. Sans son esprit compagnon, Ketis n’aurait guère eu d’autre choix que de devenir une Compagnonne ordinaire, avec une spécialité relativement peu passionnante.
Ce n’étaient là que deux exemples prouvant à Ves que ses esprits compagnons pouvaient favoriser le développement humain d’une autre manière. Qu’il s’agisse d’améliorer les capacités existantes ou d’en conférer de toutes nouvelles, les humains pouvaient toujours accomplir bien davantage grâce à cet avantage !
Malgré tout, les esprits compagnons soulevaient encore bien trop de problèmes. Non seulement Ves savait à peine ce qu’il faisait, mais il trouvait aussi fastidieux d’investir autant de temps et d’efforts pour créer des esprits compagnons destinés à des individus.
C’était comme si Gloriana ne pouvait fournir des méchas sur mesure qu’à une poignée de pilotes. Elle ne pourrait jamais équiper des milliers de soldats en temps voulu !
C’était pourquoi Ves jugeait si important de créer le Département de recherche sur les esprits compagnons. Il avait besoin d’aide pour mieux les comprendre et trouver un moyen de les « produire en série » sans devoir y contribuer personnellement.
Peu importait si les esprits compagnons produits en série étaient de qualité inférieure et avaient moins de capacités et de potentiel. Tant qu’il pouvait en attribuer à des milliers de personnes à la fois, leur nombre écrasant suffirait à surpasser n’importe quel autre groupe !
Son ambition ultime était de trouver un moyen de donner un esprit compagnon à chaque membre du clan !
Grâce à cette source de puissance supplémentaire, les Larkinson deviendraient bien plus productifs et pourraient ainsi contribuer davantage au clan !
Ves avait une raison encore plus importante d’accorder tant d’importance aux esprits compagnons.
Si ses hypothèses étaient justes, le concept d’esprit compagnon pourrait lui donner la clé pour conférer un potentiel spirituel aux gens ordinaires qui en étaient dépourvus !
Ves théorisait que cela pourrait se faire de deux manières.
La première consistait à éveiller le potentiel spirituel d’une personne. Quelqu’un comme Melkor, dont le potentiel était faible et terne, pourrait être éveillé par des moyens spéciaux.
La deuxième consistait à greffer le potentiel spirituel d’une autre personne dans l’esprit du sujet. Cette procédure était bien plus précaire et dangereuse, mais Ves se rappelait avoir déjà obtenu un succès partiel en aidant William Silencieux à progresser.
S’il avait pu poursuivre sur cette lancée et mener d’autres expériences, peut-être aurait-il déjà percé le secret. Il aurait été facile de faire de Melkor quelqu’un qui pouvait espérer devenir pilote expert de son vivant !
Il secoua silencieusement la tête. En définitive, il était concepteur de méchas. Sa passion avait toujours été centrée sur les méchas. Ses recherches sur les pilotes de mécha n’étaient qu’une conséquence de sa maîtrise croissante de l’ingénierie spirituelle, mais il ne pouvait pas laisser ce domaine accaparer toute son attention.
D’où la nécessité de créer l’Institut T et de déléguer une grande partie des recherches à d’autres personnes.
Ce qui ramena finalement Ves et Ketis à la condition la plus importante pour mettre sur pied cette nouvelle institution de recherche.
« Tout cela semble très bien, Ves, mais ça ne sert à rien si tu ne trouves pas le personnel nécessaire pour faire fonctionner cet institut, fit remarquer Ketis avec sérieux. Toi et moi sommes les mieux qualifiés pour le diriger, mais nous n’avons pas le temps de surveiller des projets de recherche qui n’amélioreraient en rien notre capacité à concevoir des méchas. »
Ves grimaça. « Je sais, je sais. Mais je ne compte pas renoncer à l’Institut T. J’en ai fini avec toutes ces recherches menées en solitaire. J’ai assez avancé pour confier cette responsabilité à une organisation spécialisée. Donne-moi quelques minutes.
Je vais réfléchir à la personne que je pourrais nommer à la tête de mon nouvel institut. »