Chapitre 136
Chapitre n°136 – Service de Convoi
Traducteur/Checker : SP76
Lorsque Ves eut enfin des nouvelles de Marcella, il se tourna vers Lucky, qui se reposait sur le canapé.
« Tu peux répéter ? »
Lucky lui donna un coup de patte, pour l'avoir dérangé pendant sa sieste. Le chat paresseux ne prit pas la peine de donner son avis. Tant que les minéraux continuaient à affluer, l'animal était satisfait.
Sa banque lui envoya une notification quelques minutes plus tard. Ves devait vraiment admettre que sa courtière tenait ses promesses. Son premier Méchas avait été vendu aux enchères pour la somme incroyable de 42 millions de crédits. Cela représentait un bénéfice brut de 15,6 millions. Un tel profit sur une seule vente était vraiment incroyable.
Il reçut rapidement la confirmation du Système, qui déposa 42 DP dans son compte stagnant. C'était une goutte d'eau dans l'océan, par rapport aux gains de son dernier Mécha virtuel, mais chaque petit geste comptait.
Ce qui étonna encore plus Ves, c'est que Marcella réussit à obtenir 8 commandes supplémentaires pour le même événement. En raison d'un manque de capital, il exigea de ses clients de verser un acompte, afin de pouvoir se permettre les ressources nécessaires à la fabrication. Malgré cette exigence, Marcella réussit tout de même à convaincre 8 personnes différentes de mettre la main au portefeuille.
Ves jeta un coup d'œil à la liste des clients. 6 d'entre eux étaient enregistrés comme mercenaires, tandis que seuls 2 semblaient être des collectionneurs. Cela signifiait que ses Méchas allaient certainement être utilisés au combat. Son passé suffisait à augmenter la valeur de son Mark II.
Une fois son excitation retombée, Ves prépara sa plus grosse commande à ce jour. Il devait d'abord se procurer pour environ 144 millions de crédits de matières premières. Si quelque chose arrivait à cette énorme quantité de ressources, il pourrait tout aussi bien déclarer faillite.
« Je vais devoir commencer à chercher une assurance. » décida-t-il rapidement.
Une recherche rapide lui révéla que Sanyal-Ablin était l'un des principaux assureurs de la planète. Non seulement ils assuraient les transports en vrac, mais ils proposaient également un service de convoi armé pour les cargaisons particulièrement précieuses. Quiconque souscrivait à ce service bénéficiait naturellement d'un devis d'assurance généreux.
Comme il avait déjà fait appel à SASS pour sécuriser son atelier, il pouvait tout aussi bien se renseigner sur leurs politiques d'assurance. Ves appela Robyn. Elle répondit après deux minutes d'attente.
« Je suis désolée, M. Larkinson, je devais finaliser un contrat. En quoi puis-je vous aider ? »
« Je suis sur le point de recevoir une importante livraison de matériaux. » commença-t-il, avant d'expliquer son programme.
Mlle Robyn comprit rapidement la situation. « Je vois. Vous avez bien fait d’appeler. Laissez-moi vous parler de nos différents contrats. »
SASS proposait différentes politiques d'assurance. La politique la moins chère n'assurait qu'un nombre fixe d'expéditions, ce qui était idéal pour les entreprises à court terme. Elle représentait également une somme conséquente, si elle était renouvelée.
Ceux qui souhaitaient assurer leurs expéditions interstellaires sur le long terme prenaient des contrats annuels. Ves préférait ce type de service, car il ne devait payer qu'un montant fixe par an pour un certain nombre d'expéditions. Si le montant ou la valeur dépassait un certain seuil, la police d'assurance ajustait automatiquement son taux. Cela permettait de prévoir des dépenses pratiques et prévisibles.
« Nous vous recommandons vivement de combiner notre assurance annuelle avec notre service de convoi. » ajouta la femme. « Les expéditions à travers la République subissent une augmentation marquée des attaques de pirates. Les expéditions de Méchas sont devenues leurs cibles privilégiées. »
Il fronça les sourcils. Cela semblait être une très mauvaise nouvelle pour Ves, d'autant plus qu'il expédiait fréquemment ses marchandises dans les deux sens.
« Qu’est-ce que vous allez faire, et combien ça va coûter ? »
« Notre société de sécurité gère un réseau de convois armés dans toute la République. En combinaison avec une assurance annuelle, votre entreprise pourra bénéficier de notre service à un tarif préférentiel de 10 millions de crédits par an. Ce tarif ne s'appliquera que tant que la valeur marchande totale de vos expéditions sera inférieure à un milliard de crédits par an. »
Ves effectua une recherche rapide, sur le net. Les prix pour ce genre de services variaient considérablement, mais SASS jouissait d'une bonne réputation. Leurs tarifs étaient deux fois plus élevés, et les coûts augmentaient plus rapidement si le volume des échanges augmentait, mais leur bilan irréprochable en matière de sécurité témoignait du sérieux avec lequel ils traitaient les expéditions.
« Notre service de convoi régulier entre Cumulonimbia et Bentheim fonctionne selon un horaire fixe de huit jours par circuit. Parmi nos clients figurent les célèbres consortiums Raleigh et Luvon. Ils confient leurs précieuses cargaisons de riz des nuages, et d'autres cultures de luxe à nos convois sécurisés. Nous n'avons jamais perdu aucune de leurs cargaisons. »
« Mes cargaisons rejoindront leur convoi si je m'inscris ? »
« Ce sera probablement le cas. » Robyn acquiesça. « Compte tenu de la nature de votre activité, il suffira d'ajouter une navette supplémentaire au convoi chaque fois que vous envoyez ou recevez un grand nombre de marchandises. Les expéditions plus petites, comme par exemple un seul Mécha, peuvent être glissées dans la soute d'un transport de céréales régulier. »
Après une série de discussions, Ves décida de souscrire à leur offre combinée d'assurance et de service de convoi. Il dut débourser 10 millions de crédits supplémentaires, en échange d'une certaine tranquillité d'esprit. Robyn le félicita d'avoir souscrit avant que la société n'augmente ses prix, en raison de la fréquence croissante des attaques de pirates.
Pour être honnête, Ves ne craignait pas les attaques de pirates. Cumulonimbia n'était qu'à quelques sauts de Bentheim, et tombait donc en quelque sorte sous la sphère d'influence du système. Tout capitaine qui déciderait de détourner un transport dans cette zone pourrait tout aussi bien se suicider.
Il voulait plutôt se protéger contre d’éventuels sabotages. Les récents problèmes avec les politiciens locaux et la dynastie Gauge l'avaient averti qu'il valait mieux se défendre. Même si le service de convoi lui coûtait deux fois plus que ses intérêts annuels, Ves estimait que cela en valait la peine, s'il pouvait rejeter toute la responsabilité sur Sanyal-Ablin.
« Une cargaison détruite ne me causera pas beaucoup de tort. La SASS me remboursera toutes les pertes subies par leur convoi. »
Ses frais généraux avaient encore augmenté, mais Ves considérait qu'ils étaient tous nécessaires, à cette époque.
Une fois le contrat signé, et les documents nécessaires fournis, SASS lui accorda l'accès à un site virtuel qui lui permit d'enregistrer ses expéditions.
Ves utilisa immédiatement ce service pour commander 144 millions de crédits de matières premières, et les acheminer via le calendrier fixe des convois de Sanyal-Ablin. La prochaine vague de convois partit environ 2 jours plus tard, laissant à Ves environ 5 jours pour se préparer.
« Carlos ! » l'appela-t-il après avoir terminé ses préparatifs.
« Oui, patron ? »
« Quel est ton taux de réussite pour le Mark II ? »
« Je suis encore bloqué sur quelques points délicats. J'ai fait des progrès, mais je ne serai pas en mesure de maîtriser le processus avant la fin du mois. »
En tant que créateur du Mark II, Ves savait où Carlos avait du mal. Son employé avait provisoirement maîtrisé l’impression, ce qui l'avait beaucoup impressionné.
Ves avait même envisagé de laisser Carlos prendre en charge l'imprimante 3D, mais il avait rapidement écarté cette idée. Un Mécha de Label Or méritait toute son attention, afin de renforcer autant que possible son Facteur X.
« Écoute. J'ai reçu un nombre important de commandes pour le Mark II. Dans 5 jours, je vais commencer à en fabriquer 8 à la suite. Tu pourras m'accompagner, quand je commencerai à travailler, mais tu ne pourras que regarder et poser des questions. Ça te va ? »
La chance de voir Ves en action devrait être une occasion en or pour Carlos. Son employé acquiesça avec enthousiasme. « Merci ! C'est exactement ce dont j'ai besoin ! Je ne te dérangerai pas ! »
Pendant ce temps, Ves prépara son atelier pour les fabrications à la chaîne. Il préconfigura ses machines d'assemblage avec des optimisations qui accéléraient leurs processus et réduisaient les facteurs de risque.
Il échangea également avec Calsie, au sujet du projet de loi sur la réforme fiscale, et de toute autre menace éventuelle. Selon l'étudiante, les Verts avaient retiré leur soutien à son adoption immédiate. Les Colombes avaient été contraintes de suivre le mouvement. Pour l'instant, l'Assemblée planétaire renvoyait le projet de loi à une commission, qui avait l'intention de soumettre une version modifiée du projet de loi au début de la prochaine année standard.
« On dirait que le départ précipité de la dynastie Gauge a semé la confusion, au sein des puissances. » remarqua Ves avec jubilation. Il se tourna vers Calsie. « As-tu fait des progrès dans ton plan pour faire échouer ce projet de loi ? »
« Je poursuis plusieurs pistes potentielles. Je suis actuellement en pourparlers avec plusieurs groupes. Une fois que j'aurai obtenu leur accord, je vous dévoilerai mon plan. »
Cela semblait assez vague, mais Ves décida de donner une chance à la femme. « Très bien, prends ton temps, mais il faudra quelque chose de concret. »
Une fois l'appel terminé, il consulta son agenda. Si Ves voulait assister à la célébration du Nouvel An avec les Larkinson, il devait accélérer la fabrication.
« Je ne peux me permettre de passer que 4 jours pour terminer chaque Mécha. » Il fit le calcul, après avoir examiné les chiffres. « Je dois également tenir compte du temps de trajet. »
Il pourrait gagner beaucoup de temps, s'il réparait le Barracuda. Cependant, Ves avait déjà dépensé une grande partie de ses économies. Ses fonds restants ne suffisaient toujours pas à couvrir le coût des réparations. Il haussa les épaules et retourna à ses préparatifs.
Cinq jours plus tard, le convoi du SASS atterrit au spatioport de Cumulonimbia. Une nuée de petites navettes cargo transféra plus de 2000 tonnes de marchandises vers son atelier. Ves se félicita d'avoir agrandi la superficie de son atelier. Sans sa prévoyance, il aurait pu manquer d'espace.
Malheureusement, son entrepôt sécurisé n'était pas assez grand pour accueillir toute la cargaison. Ves n'y stockait que les objets exotiques les plus précieux, laissant le reste dans leurs conteneurs d'origine.
Une fois que ses robots transporteurs eurent apporté le premier lot de matériaux à son imprimante 3D, Ves appela Carlos à ses côtés. « Ça y est, Carlos. Je vais te montrer comment je travailles. Si tu ne parviens pas à trouver comment résoudre les problèmes que tu as mentionnés, tu pourras retourner à Bentheim. »
« Ne t’inquiètes pas, patron, je vais être très attentif. Je peux enregistrer ton travail ? »
« Je préfèrerais que non. » répondit Ves sur le champ. Bien que le SASS le surveillait constamment grâce à ses systèmes de sécurité, il souhaitait minimiser le risque d'exposer son atout. « Observe avec ton esprit, pas avec tes yeux. N'essaye pas de mémoriser mes routines, en apprenant par cœur les étapes. Tu vas passer un sale quart d'heure, si tu ne comprends pas les raisons derrière mes actions. »
Carlos acquiesça, semblant comprendre le message. « Je devrais donc plutôt poser des questions ? »
« C'est ça, mais ne me dérange pas pendant que je travaille. Je détesterais gâcher un lot valant des millions de crédits si tu me sortais de ma zone de confort. »
Comme Ves avait l'intention de se concentrer à nouveau sur trois images différentes à la fois, il trouva rapidement une excuse. « Quand je fabrique, je me laisse facilement absorber par mon travail. Ce n'est pas grave, tant que tu ne me déranges pas. Je ferai des pauses régulières, entre des sessions d'une heure. N'hésite pas à me poser tes questions pendant ces pauses. »
« Compris. Avant de commencer, peux-tu me dire si tu comptes fabriquer les Méchas un par un ou par lots ? »
Ves improvisa rapidement une excuse, afin de dissimuler le fait qu'il devait les fabriquer un par un, pour de maximiser leur Facteur X. « Chaque Mécha de Label Or est une création unique. Ils méritent d'être traités comme des entités individuelles, plutôt que comme des produits issus d'une chaîne de montage. Bien que cette méthode ne soit pas aussi efficace, elle garantit que chaque Mécha convienne parfaitement à mes clients. »
« Serai-je obligé de faire de même, si je commence à exercer mon métier ? »
« Tu n’as pas à suivre cette approche. » répondit Ves, après avoir réfléchi au nombre de Méchas que Carlos pourrait fabriquer un jour. « Cela dit, à long terme, je pense que cela améliorera considérablement tes résultats, si tu apprends à adopter le même état d'esprit. »
Une fois que Carlos eut fini de poser ses questions, Ves commença à se concentrer. Il fit appel à ses trois sources d'inspiration, et les affina pour en faire une intention commune. Il réussit à former l'empreinte mentale unique qui était intrinsèque à son Mark II.
« Commençons. »