Chapitre 65
Vous osez amener une Calamité ici ?
Du côté de la combinaison de protection jaune, on ne semblait pas les considérer comme des partenaires commerciaux. À moins qu’ils se moquent tout simplement de l’être ou non.
Il était fort probable que ce soit la deuxième option.
Il fit jouer les deux billes dans sa poche.
Un bref coup d’œil dehors lui révéla de longues ombres et une atmosphère devenue profondément inquiétante.
Une Calamité était arrivée. Juste là, dehors.
« Ça faisait longtemps. »
Jino accueillit la combinaison de protection jaune, les bras grands ouverts.
« Pourquoi ne pas nous asseoir pour discuter ? »
Pshht… pshht…
La combinaison de protection jaune traversa l’allée centrale de l’église et s’immobilisa. Il n’avait pas l’air d’avoir la moindre intention de s’asseoir.
« Alors, je serai le seul assis. »
Jino s’installa au bord d’un long banc et croisa les jambes.
S’ils n’avaient pas immédiatement lancé la Calamité à leurs trousses et avaient pris la peine de venir le voir, c’était qu’ils voulaient discuter.
« J’ai entendu dire que vous cherchiez quelque chose appelé un “héritage” ? »
Il hocha la tête.
La combinaison de protection jaune hocha la tête.
« Mes hommes n’ont rien de tel. »
« … »
« Au fait, pourquoi avez-vous décidé que c’était nous qui l’avions ? »
« … »
Pshht… pshht…
Le silence s’installa.
… En gros, il n’avait pas besoin de le savoir. Jino claqua la langue contre son palais.
« Réfléchissons un peu. Comment aurions-nous pu être au courant de cet héritage, ou peu importe comment vous l’appelez — quelque chose que même vous n’avez pas réussi à obtenir — et nous mettre à sa recherche ? »
« … »
« Moi, je pense à ceci : quelqu’un aurait-il essayé de semer la discorde entre nous ? »
Pshht… pshht…
La combinaison de protection jaune l’écouta en silence, comme si elle pesait ses paroles.
« Un homme déjà peu bavard l’est encore moins. »
À cet instant, la combinaison de protection jaune prit la parole.
« Je me demande bien. Qui ferait une chose pareille ? »
Sa voix était plus grave que d’habitude.
Est-ce que l’homme à l’intérieur de la combinaison avait changé ? C’était pour ça qu’il se comportait de façon encore plus étrange que le responsable précédent ?
« Eh bien, nous non plus, on n’en sait rien. »
Jino pencha la tête, puis fronça soudain les sourcils.
« Quelqu’un d’autre… »
Avec les combinaisons de protection jaunes, impossible de savoir qui se trouvait à l’intérieur. Jino s’en rendit compte et sa voix se fit plus sèche.
« Notre seul objectif, c’est l’argent. Les artefacts extraterrestres et tout le reste, ça ne nous intéresse pas le moins du monde. »
« Allez droit au but. »
À cette réponse laconique, Jino haussa les épaules et poursuivit.
« Dès qu’on met la main sur quelque chose de ce genre, on a tout intérêt à vous le révéler et à conclure un marché. Comme avec l’objet de la dernière fois. »
« … »
Un silence s’étira.
La combinaison de protection jaune tarda à répondre à cette remarque insistante, ce qui ne fit que renforcer les soupçons de Jino.
Jino resserrait justement sa prise sur ses armes en forme de billes, prêt à activer une compétence au moindre signe.
La réponse vint de la combinaison de protection jaune.
« Comme ce flingue que vous avez perdu pendant les négociations ? »
« … »
Il s’était sans doute inquiété pour rien.
Jino esquissa un sourire et hocha la tête.
« Puisque vous vous en souvenez, la discussion devrait bien se passer… »
« Je veux moi aussi en finir au plus vite avec cette conversation fastidieuse. »
« Alors, épargnons-nous les banalités et allons droit au but. Voilà ce que je prévois : ceux qui détiennent l’héritage ne tarderont pas à venir ici. »
La combinaison de protection jaune, qui contemplait la statue sacrée, se figea et tourna la tête.
« Pourquoi pensez-vous ça ? »
Il avait mordu à l’hameçon. Amusé, Jino prit la parole.
« Celui qui cherche à semer la discorde doit bien avoir un objectif. Il suffit de réfléchir à ce qui arrangerait quelqu’un qui veut nous voir disparaître. »
« Hmm. »
Jino reporta son regard sur la statue, croisa les bras et poursuivit.
« Est-ce qu’ils ont besoin des pierres magiques que nous possédons ? Ou est-ce qu’ils veulent simplement nous voir crever ? Peu importe. S’ils ont besoin des pierres magiques, ils viendront forcément ici. Et s’ils veulent nous voir crever, ils viendront vérifier que nous sommes bien morts. À moins d’avoir les yeux d’un dieu, ils ne peuvent pas savoir si nous sommes morts ou vivants ; ils voudront donc le constater de leurs propres yeux. »
La combinaison de protection jaune hocha la tête à plusieurs reprises.
« Ça se tient. Et ensuite ? »
« Rien de compliqué : je propose qu’on mette en scène un petit spectacle. On fait semblant de nous chasser avec la Calamité. »
« D’accord. Qu’est-ce que vous voulez en échange ? »
Jino applaudit.
« Haha ! Comme prévu, vous ne dites que des choses qui me plaisent. À partir de maintenant, nous vendrons les pierres magiques trois fois plus cher. C’est loin d’être une compensation suffisante pour avoir détruit notre deuxième base et tué tous mes hommes, mais nous ferons un geste pour notre partenaire commercial. »
« … »
Jino haussa les épaules en voyant la combinaison de protection jaune garder le silence.
« Il suffit de considérer ça comme le prix à payer pour la vie de mes hommes, non ? »
Jino se doutait que les négociations resteraient difficiles malgré ses paroles.
Même à présent, des sommes astronomiques s’échangeaient entre eux.
Le triple du prix représenterait un énorme fardeau.
Je devrais peut-être négocier pour descendre à une fois et demie le prix.
C’est ce qu’il se disait, mais…
La combinaison de protection jaune hocha bientôt la tête sans hésiter.
« D’accord. Nous n’avons pas le temps, alors j’aimerais que vous vous retiriez rapidement. »
Sur ces mots, la combinaison de protection jaune se retourna.
« … ? »
Jino fronça les sourcils. Aussi facilement ?
La réponse était bien trop éloignée de ses attentes. Comme s’il y avait une autre raison.
À cause de la Calamité ?
« Y a-t-il une restriction qui vous empêche de maîtriser cette Calamité ? »
À la question de Jino, la combinaison de protection jaune tourna la tête.
« En quoi ça vous regarde ? »
Oups. Jino leva les deux bras.
« Après tout, ça ne me regarde pas. »
Trois fois le prix ? C’était même une bonne affaire.
Satisfait, il suivit la combinaison de protection jaune dehors. Puis, il cria aux Charognards.
« Repli ! Repli ! Emmenez tout le monde et repliez-vous ! »
« On se replie ? »
« Arrête de discuter et emmène les gars avec toi. Si vous ne voulez pas crever, rejoignez la base de secours sans laisser un seul homme derrière ! »
Sur l’ordre de Jino, les Charognards s’activèrent.
C’est alors que…
Wouuuuuuu…
Le long cri d’une Calamité retentit.
La combinaison de protection jaune avait levé la main, comme si elle maîtrisait la Calamité.
Il semblait vouloir déjà déplacer la Calamité.
« Je suis vraiment curieux de savoir comment vous déplacez cette Calamité. »
À ces mots, la combinaison de protection jaune rit.
Ou plutôt, un petit ricanement espiègle retentit dans son écouteur.
Wouuuuuuu…
Un instant plus tard, une baleine gigantesque emplit le ciel. Sa puissance destructrice était telle que la simple regarder semblait suffire à faire grimper le niveau de contamination.
Crac !
Des éclairs jaillirent du corps de la baleine.
Jino contempla la baleine, puis se retourna.
« Alors, bonne chance. »
La combinaison de protection jaune répondit :
« J’en aurai besoin. »
Dès que la Calamité se mit en mouvement, les Charognards accélérèrent le pas.
La Calamité les poussait dans la direction voulue, comme pour les chasser.
Tandis qu’il regardait les Charognards s’éloigner, la combinaison de protection jaune parla dans son écouteur.
« Retrait des Charognards confirmé. Opération réussie. »
Kilikilik, un rire extraterrestre retentit de nouveau.
— Beau travail, capitaine Gong Juwon.