Chapitre 2 499
Lex marqua une pause, pris de court par la véhémence de Mary. Heureusement, il n’eut même pas besoin de demander : elle s’empressa de lui expliquer son raisonnement.
« La boîte de chocolats vient du Monarque des Primordiaux. Il serait le Primordial le plus puissant. En t’envoyant cette boîte, il reconnaît tes capacités et les services que tu as rendus à l’univers ; c’est un immense honneur. Mais si tu acceptes cette reconnaissance sans posséder réellement le pouvoir qui va avec, autant dire que tu signes ton arrêt de mort !
— Tu vois, le Monarque des Primordiaux a une fille dont le titre même est Elizabeth la Courroucée. Même moi, je ne sais pas ce qu’elle a fait pour le mériter, mais presque toutes les organisations puissantes l’évitent comme la peste, et personne n’ose s’opposer à elle. Si tu acceptes les chocolats et que le Monarque te reconnaît, tu te retrouves automatiquement sur la liste des prétendants susceptibles d’épouser Elizabeth.
— Tôt ou tard, elle viendra voir qui son père juge digne d’elle et… eh bien, de ce que je me rappelle, tout le monde s’est tacitement mis d’accord pour refuser ces chocolats. En les interceptant, le Gouverneur t’a rendu un fier service. Tu devrais t’en souvenir. »
Lex haussa un sourcil — même si, bien sûr, l’Aubergiste, face à la délégation, conserva son expression initiale sans en changer d’un iota.
« J’imagine qu’on échappe difficilement aux parents qui veulent organiser des rendez-vous arrangés pour leurs enfants, quelle que soit leur race ou leur niveau de cultivation, commenta Lex en riant. Y a-t-il autre chose que je devrais savoir au sujet des chocolats ? »
Mary secoua la tête.
« C’est tout ce que je sais — ou tout ce dont je me souviens. Tu peux les ignorer sans problème ; c’est ce que tout le monde fait. »
De retour dans son bureau, l’Aubergiste répondit à la délégation.
« Remerciez votre ancêtre d’avoir gardé les chocolats pour moi, dit poliment l’Aubergiste. Il n’est pas nécessaire de me les faire parvenir exprès ; votre ancêtre a déjà bien assez à faire ces temps-ci. Je trouverai un moment pour aller les récupérer moi-même — quand les choses se seront calmées, bien sûr. »
La délégation n’avait aucune idée de ce qui se tramait avec ces chocolats. Elle savait seulement qu’il s’agissait d’un sujet très sensible. Ses membres veillèrent donc à mémoriser les paroles de l’Aubergiste pour pouvoir les lui rapporter exactement.
Mais ni la délégation, ni Lex, ni même Mary ne savaient pourquoi Hiran avait gardé les chocolats : ce n’était pas pour protéger l’Aubergiste. Il le prenait plutôt pour l’amant, le fiancé, voire le mari de la Reine Primordiale. Envoyer une sorte de demande en mariage à quelqu’un comme lui, et qui plus est de la part du Monarque des Primordiaux, revenait à déclencher une immense guerre à l’échelle de l’univers !
Compte tenu de la situation délicate, Hiran avait gardé ces chocolats parce qu’il estimait que c’était comme sauver tout ce fichu univers !
S’il avait eu le courage de provoquer ainsi le Monarque, il aurait détruit les chocolats sur-le-champ.
« Nous transmettrons votre message dans les plus brefs délais », dit Adana en s’inclinant de nouveau.
L’Aubergiste hocha la tête et les laissa partir.
Aussi courte qu’elle fût, cette lettre donna beaucoup à réfléchir à Lex. Mille ans pour se développer, c’était déjà formidable, mais elle confirmait surtout à quel écoulement du temps ces mille ans correspondaient.
Le temps s’écoulait le plus lentement dans les Royaumes majeurs. Dans le royaume d’Origine, il passait trois fois plus vite que dans un Royaume majeur, et au Midnight Inn, trois fois plus vite que dans le royaume d’Origine.
Ainsi, mille ans dans un Royaume majeur équivalaient à neuf mille ans dans le royaume de Minuit ! Du moins, c’était le cas auparavant.
La vitesse d’écoulement du temps d’un Royaume dépendait de son degré de maturité. Plus un Royaume était vaste et complexe, plus le temps y passait lentement. Le royaume d’Origine, qui évoluait actuellement pour devenir un Royaume majeur, voyait son temps ralentir ; une fois parvenu à maturité, il finirait probablement par atteindre la même vitesse d’écoulement qu’un Royaume majeur ordinaire.
Lex soupçonnait ce Royaume d’avoir quelque chose de particulier. Si c’était le cas, qui sait ce qui pourrait arriver ?
Le royaume de Minuit, quant à lui, avait déjà atteint le stade où il pouvait naturellement accueillir des Immortels Célestes, et continuait de croître rapidement. Même s’il ne pouvait en aucun cas atteindre le statut de Royaume majeur, il s’était agrandi.
Cela avait modifié la vitesse d’écoulement du temps, qui continuait de changer. Voilà pourquoi il était difficile de savoir quand elle se stabiliserait.
Mais même en supposant qu’elle se stabilise au niveau qu’avait autrefois le royaume d’Origine, Lex pourrait disposer de trois mille ans sans avoir à s’inquiéter. L’échéance finale dépendrait de la vitesse d’écoulement du temps dans l’Arch-Ciel.
Mais, pour l’instant, le plus important était la décennie qui lui avait été accordée. On ignorait combien de temps cela représenterait réellement pour eux, mais ils devaient régler toutes les affaires extérieures dans ce délai.
« Mary, tu as bien entendu ? Nous avons dix ans pour ramener tout le monde. Ne perdons pas de temps. Organise tout de ton côté, et je vais voir si je peux modifier les capacités de téléportation de mon côté, afin que nous n’ayons plus à dépendre des tavernes. Ça nous limite vraiment. »
Au même moment, il transmit mentalement un calendrier à Fenrir. S’il ne pouvait pas régler ses affaires avant la date butoir, Lex le ferait revenir de force.
Ainsi, tandis que Lex ouvrait son système pour voir s’il pouvait modifier les règles de téléportation, Mary communiqua le même calendrier à Velma et à Moon. Toutes les femmes admissibles figurant sur la liste qu’elle avait fournie devaient se trouver au Midnight Inn avant la fin du délai. Quant à la façon de les retrouver et de les ramener… Mary était certaine que Velma saurait s’en charger, aussi n’y réfléchit-elle pas davantage.