Chapitre 1 585
« Daoïste Burhan, je regrette que ce soit la dernière fois que nous nous rencontrons », déclara Jotun, ignorant le sang qui coulait de son front jusque dans ses yeux. C'était là sa seule blessure physique ; le reste de ses maux touchait ses principes et son âme.
Il était loin d'être aussi indemne qu'il en avait l'air. Pourtant, comparé au Mammouth Ardent étalé sur le sol devant lui, il se portait bien mieux.
« Tu ne peux pas être humain », lâcha Burhan d'une voix rauque, un sentiment d'horreur tardif s'emparant de tout son être. Il était regrettable qu'il ne commence à ressentir la peur qu'à cet instant précis. S'il avait eu la moindre idée du monstre qu'était Jotun, il n'aurait jamais accepté cette guerre.
« Oh, mais je le suis, Burhan. Je suis bel et bien humain. C'est simplement que l'univers a oublié ce dont un humain est réellement capable. Après tout, nous sommes l'une des races les plus adaptables de cet univers. »
Jotun fit un pas vers le corps imposant de Burhan, paraissant tel une fourmi face à un éléphant. Pourtant, les apparences signifiaient peu de chose, car dans cette situation, c'était la fourmi qui sortait victorieuse.
Il posa un pied sur le corps de Burhan, puis se pencha pour y appuyer également sa main.
« Adieu, Burhan, et merci pour ce cadeau », murmura-t-il, avant d'activer Trou Noir !
Le corps du Mammouth Ardent ne bougea pas. Il ne rétrécit pas, et rien ne sembla changer, si ce n'est que le feu qui recouvrait sa dépouille était aspiré par la main de Jotun !
Jotun ferma les yeux, comme plongé dans une transe, et continua d'utiliser son pouvoir jusqu'à ce que tout le feu fût consumé, et que Burhan s'effondrât, inerte, provoquant un séisme.
Curieusement, la secousse se propagea au-delà de l'arène du Match à Mort et pénétra dans le Royaume de Minuit. Un coup de tonnerre furieux retentit à travers le royaume, menaçant de tout détruire par la seule force de son fracas, tandis que le ciel virait à un rouge profond, imitant presque Abaddon.
Jotun ouvrit lentement les yeux, ses pupilles encore vagues, comme s'il émergeait d'une brume.
Il leva doucement la main et murmura : « Braise. »
Une petite flamme orange apparut dans sa paume, bien loin du rugissant Feu Stellaire qu'il avait absorbé de Burhan. Pourtant, cette flamme orange était bien plus dévastatrice, car elle représentait l'une des huit lois régissant l'univers : la Braise !
Grâce à cela, Jotun maîtrisait désormais trois des huit lois fondamentales, et était donc prêt à atteindre le quatrième niveau du royaume de l'Immortel Céleste.
Avec une tribulation qui l'attendait, Jotun ne se souciait plus du cadavre de Burhan, ni de la guerre entre les galaxies, ni de quoi que ce soit d'autre. Il quitta le Royaume de Minuit. Lorsqu'il reviendrait, il serait encore plus puissant.
Le Royaume de Minuit, autrefois silencieux, était désormais en proie à un tumulte assourdissant. Ce n'étaient pas les habitants du royaume qui causaient ce vacarme, mais le royaume lui-même. La mort d'un Immortel Céleste n'était en aucun cas un événement insignifiant.
Leur existence était liée aux lois les plus profondes et les plus fondamentales de l'univers. Ils pouvaient influencer tout ce qui se trouvait sous le Dao et, par conséquent, ils servaient également de réceptacles aux lois les plus puissantes de l'univers.
Un Immortel, qu'il fût de Terre, de Ciel ou Céleste, ne tirait pas son immortalité de lui-même, mais de l'univers. Techniquement, ils n'étaient pas immortels ; c'était simplement que leur vie durait aussi longtemps que celle de l'univers, ce qui revenait au même.
Cela tenait au fait qu'en devenant assez puissants pour toucher aux lois et à certains secrets du royaume, ils agissaient également comme des ancres pour la stabilité de l'univers. C'étaient là des secrets que peu connaissaient, car cela importait peu.
Le fait était, cependant, que la réserve de puissance contenue dans un Immortel Céleste était libérée à sa mort. Pourtant, le Royaume de Minuit était d'un niveau trop bas pour contenir la puissance des huit lois fondamentales libérées par le trépas de Burhan.
Bien que, pour une raison inconnue, la quantité d'énergie libérée fût bien moindre que prévu. Peu importait, au demeurant.
Contrairement à un royaume ordinaire, qui se serait tendu et aurait même pu se fracturer sous la pression d'une telle puissance, le Royaume de Minuit était renforcé par le Système et stabilisé par les actions de la Tortue Souveraine Galactique.
Le Royaume de Minuit possédait lui-même une loi spéciale permettant à un Arbre Céleste de contrôler l'énergie du royaume, mais cette loi était incomplète ; ainsi, alors que le royaume subissait des tensions, les lois commencèrent à évoluer rapidement.
Au lieu qu'un seul arbre gère l'énergie du royaume, la loi s'adapta pour permettre à tout arbre mythique ou suffisamment puissant d'accomplir les actions nécessaires.
Les Séquoias de Stabilisation du Vide que la tortue avait plantés à travers le royaume maintenaient son espace stable, ne permettant pas la moindre fissure de se former.
Le jeune plant d'arbre Bodhi, qu'il avait peut-être dérobé lorsqu'il transforma Zuri en arbre Bodhi, commença à croître en absorbant les lois fondamentales. L'arbre Bodhi pouvait accorder l'illumination même aux immortels, et à mesure qu'il grandissait, il offrit cette illumination au Lotus qui avait fusionné avec Menara, le continent sur lequel l'Auberge de Minuit était bâtie.
Alors que le Lotus entrait en illumination, il commença lui aussi à absorber une partie de ces énergies supplémentaires qui se déchaînaient dans le royaume.
Le pêcher de l'Immortalité, dont les graines avaient été prises à quelque singe malicieux, commença soudainement à germer.
Bien que la tortue n'eût pas réussi à mettre la main sur les jeunes pousses des autres Arbres du Ciel, elle avait créé les conditions parfaites pour que ces graines se forment spontanément ; ainsi... un jeune plant d'Yggdrasil apparut soudainement, engendré par le royaume en pleine croissance.
Pourtant, ces changements ne durèrent que quelques secondes, car l'énergie provenant du corps Céleste était trop faible pour que le royaume entier puisse l'absorber, la majeure partie ayant disparu.
Aucun des clients ne remarqua ces changements. Tout au plus sentirent-ils que les lois du royaume étaient devenues un peu plus vigoureuses.