Chapitre 1 183
Lex comprit immédiatement le problème. Son manque d'intérêt pour le trésor lui avait fait croire qu'il mentait.
« Sais-tu que le flux temporel s'écoule différemment pour chacun ? » demanda Lex. « L'anomalie pourrait se déclencher à tout instant. Nous devrions vraiment nous hâter. »
« Oui, je sais », répondit-elle. « Dépêchons-nous de descendre, alors. »
Elle n'attendit pas Lex et sauta la première dans le trou. S'engouffrer en premier était risqué, car nul ne savait quels dangers l'attendaient, mais elle affichait une grande assurance.
« As-tu finalement réussi à retrouver ces enfants ? » demanda Lex en sautant à son tour dans l'ouverture. La dernière fois qu'il avait vu Giselle, c'était sur Polebitvy. Ils s'étaient séparés car elle cherchait à protéger des enfants sous sa garde, tandis qu'il tentait de faire battre en retraite toute l'armée vers l'Auberge afin d'éviter des pertes inutiles.
Après tout, non seulement une guerre faisait rage contre des insectes extraterrestres, mais tout le monde avait été empoisonné par une substance si puissante qu'il était presque impossible de la soigner.
« Oui, je les ai sortis de là à temps », répondit Giselle, laissant paraître un bref instant de douceur. « Mais trop d'autres enfants sont morts sur Polebitvy. Je n'ai rien pu faire pour eux. »
« Il est impossible de sauver tout le monde. C'est la nature même de l'univers. »
« Je sais », répondit-elle, avec une pointe de tristesse.
Lex se tut après cela, commençant à se demander s'il était vraiment un aussi bon causeur qu'il le pensait.
Comme Lex s'y attendait, la structure interne de la pyramide se composait de divers couloirs, corridors et salles, agencés en un labyrinthe truffé de pièges. Ces derniers étaient largement insignifiants, non seulement pour Lex, mais aussi pour Giselle.
Ce qui représentait un danger, c'était ce que Mary avait évoqué plus tôt : les fractures temporelles. Certains couloirs et certaines pièces se dissolvaient soudainement dans le néant, et le plus périlleux était que ce « néant » était littéralement imperceptible.
La première fracture temporelle sur laquelle ils tombèrent barrait leur chemin, interrompant brusquement le passage. Aucune obscurité ne remplaçait l'endroit où le sentier existait auparavant ; il n'y avait pas de fin à la route, pas de coupure ou de faille pour indiquer qu'une partie manquait.
C'était littéralement le vide, et même en le fixant, Lex ne pouvait ni le voir, ni le sentir d'aucune manière. Son cerveau était incapable de traiter cette information, alors il remplaçait ce néant par ce qu'il s'attendait à voir : la suite du chemin.
Ce ne fut que lorsqu'ils furent sur le point de toucher ce vide qu'ils sentirent enfin que quelque chose clochait.
Même alors, tout ce que Lex ressentit fut une réaction anormale de son affinité temporelle. Il ne parvenait pas à comprendre de quoi il s'agissait. Giselle, en revanche, ne ressentit rien. À la place, une montre qu'elle portait déclencha une alarme.
Lex, qui s'apprêtait à faire un pas dans le néant, s'immobilisa et fixa la montre ! Il l'avait manquée plus tôt !
Il ne l'avait ni vue, ni sentie ! Comment était-ce possible ?
« Recule d'un pas ! » s'exclama Giselle en bondissant elle-même en arrière, le visage livide. « Il y a une fracture temporelle ici ! »
Lex n'hésita pas à reculer. Même s'il n'avait rien perçu par sa propre affinité, le simple fait que Giselle prenne la chose aussi au sérieux aurait suffi à le faire battre en retraite.
En toute autre circonstance, Lex aurait été prêt à tester ses défenses. Mais lorsqu'il était question de temps, il ne voulait prendre aucun risque.
« Qu'est-ce qu'une fracture temporelle ? » demanda-t-il en regardant à nouveau le couloir. Il ne sentait rien.
Mais à mesure que Giselle expliquait, l'expression de Lex devint plus grave.
« Le temps soutient l'existence de toute chose ; là où il y a une fracture, rien ne peut exister. Comme nos cerveaux ne peuvent concevoir le "néant", ils comblent automatiquement les vides. »
Lex étudia le hall devant lui, utilisant même la capacité de son œil gauche pour analyser les lois et divers glyphes, mais il n'obtint aucun retour.
« C'est une montre bien pratique », finit par dire Lex.
« C'est une montre d'Eden. Elles sont… très coûteuses, alors elles ont beaucoup de fonctionnalités. » Giselle ne mentait pas, mais il était évident qu'elle ne jouait pas totalement franc-jeu. Non pas que Lex lui en tienne rigueur, puisqu'il connaissait, ou du moins soupçonnait, l'origine de cette montre.
Grâce à deux captifs très coopératifs, il avait beaucoup appris sur l'univers en général au cours des quinze dernières années.
Bien que le royaume d'Origine fût encore en développement, de nombreux royaumes avaient déjà atteint leur pleine maturité. Il était extrêmement rare qu'un royaume totalement mature appartienne entièrement à une seule entité ou puissance ; la norme était plutôt qu'ils soient contrôlés par un groupe de puissances coopérantes.
La corporation Eden était l'une de ces puissances partageant le contrôle d'un royaume mature. Puisqu'il s'agissait d'une corporation, il n'était pas surprenant qu'ils aient des produits, et que ceux-ci soient phénoménaux. Ce qui était surprenant, c'était que Giselle ait pu mettre la main sur un tel objet.
Après tout, d'après ce qu'il savait des Henali, ils ne permettraient pas facilement à d'autres forces puissantes de pénétrer dans le royaume d'Origine. Leur ambition était de revendiquer le contrôle total de ce domaine. Il était facile d'inviter les autres à entrer, mais moins aisé de les faire sortir.
Quoi qu'il en soit, Lex comprit que Giselle n'était certainement pas aussi simple qu'elle en avait l'air. Mais là n'était pas le problème. Le problème était que son instinct lui dictait d'emprunter ce couloir, alors qu'ils ne pouvaient détecter la fracture temporelle. Cela signifiait qu'il ne pouvait plus se fier à son instinct pour le guider.
« Je peux sentir que l'anomalie se trouve directement dans cette direction. Penses-tu pouvoir trouver un moyen de contourner la fracture ? » demanda Lex.
Cette fois… ce fut au tour de Giselle d'être stupéfaite. Il pouvait sentir l'anomalie ? Même sa montre d'Eden ne pouvait pas faire cela !
« Je veux dire, c'est assez simple », dit-elle, avant de percer un trou dans le mur et de passer à travers.
« La fracture ne devrait pas être trop étendue. Nous pouvons probablement la contourner. »