Chapitre 268
Deux jours plus tard...
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Le voyage de la Demeure des Sculptés jusqu’à Bhujanga-Dwipa fut monotone, à travers ce qui ressemblait à un désert très calme. Il n’y avait rien d’autre que des ténèbres, des ombres et le craquement incessant du sable sous leurs pas.
De temps à autre, un éclair fendait le ciel, illuminant la terre désolée, et dans ce bref instant, les cadets pouvaient voir qu’il n’y avait rien sur le sable, hormis quelques os blanchis. Après l’éclair, les ténèbres revenaient, plus lourdes qu’auparavant.
Cela n’aidait guère à améliorer l’humeur du groupe.
Mais malgré tout, les cadets avançaient sans relâche. Durant le périple, ils s’arrêtèrent deux fois pour se reposer et se remplir l’estomac. Ceux qui avaient la capacité d’absorber du mana le firent lors de ces pauses.
À la fin du deuxième jour et au matin du troisième, ils jaillirent soudainement du mur de ténèbres pour déboucher sur un rivage magnifique qui les laissa sans voix, saisis d’admiration.
Au-delà du mur de ténèbres, le soleil brillait intensément sur un lac bleu cristallin qui semblait s’étendre à l’infini.
Bien qu’il s’agisse d’un lac, il ne commençait pas progressivement depuis le rivage. Au contraire, il plongeait dans un abîme sans fond dès le bord de l’eau. Il n’y avait pas de bas-fonds ; faire un pas hors du sable signifiait tomber dans un vide bleu profond et presque infini. Le pire, c’est que peu importe la clarté de l’eau, on ne pouvait pas voir grand-chose sous la surface.
Il y avait cependant un pont massif et incroyablement large qui menait aussi loin que l’œil pouvait voir, jusqu’à l’horizon.
Le pont semblait être au ras de l’eau, seule la surface pavée et lisse étant visible à quelques centimètres au-dessus des flots. Il paraissait également s’élargir à mesure qu’il s’éloignait, comme s’il s’étirait pour embrasser sa destination.
Lorsque les cadets arrivèrent, ils s’arrêtèrent et commencèrent à murmurer entre eux, saisis d’effroi. Maintenant qu’ils savaient que ce pont était une structure bâtie sur la queue d’un serpent massif, ils hésitaient à le traverser.
Les Hollow Ones furent les premiers à poser le pied sur le pont, suivis par leurs statues. Après cela, Aurora et les membres de son groupe, ainsi que celui de Cedric, leur emboîtèrent le pas. Lorsque les autres cadets virent cela, ils mirent timidement leur peur de côté et, un par un, entamèrent la longue marche vers l’horizon.
« Je n’arrive pas à croire que c’est vraiment la queue d’un serpent », pensa Cedric en scrutant l’immensité. Il essaya d’imaginer l’échelle réelle de la bête, Bhujanga-Dwipa, mais sa magnitude dépassait son entendement. Si ce n’était que la queue, la créature elle-même tenait moins de l’animal que du continent.
« Je me demande quel est le grade d’une telle bête ? » songea-t-il. « Peut-être un Grade Six ? »
Il secoua la tête et un frisson glacial lui parcourut l’échine. « Non. Ça doit être bien plus élevé. Peut-être même un Sept. »
Au moment où cette pensée lui traversa l’esprit, il entendit la voix d’Alicia :
« Je n’aurais jamais cru qu’un jour, des Dominants de première année partiraient en raid contre le Paradis du Roi. »
Cedric leva la tête et regarda sur sa droite pour voir Alicia parler à Leon. Elle montait un cheval, tout comme Cedric et les membres de son groupe. Quelques autres membres de l’équipe d’Aurora avaient reçu des chevaux et ils chevauchaient tous derrière les Hollow Ones, en tant qu’avant-garde des cadets.
Leon sourit et soupira, les yeux fixés sur l’horizon. « Ça change des livres d’histoire, n’est-ce pas ? Même si je me sentirais beaucoup mieux si le "sol" sur lequel nous chevauchons n’avait pas d’écailles. »
« Ouais. Moi aussi. »
« ... »
Alors que leur conversation se poursuivait, Cedric décrocha et détourna le regard vers le côté, là où il pouvait entendre des bruits sourds, lourds et rythmés.
À quelques mètres devant lui, sur le côté, se trouvait une créature massive qui ressemblait à un tigre des glaces. Elle possédait deux défenses massives qui s’incurvaient depuis les côtés de sa gueule comme des stalactites déchiquetées, et sa peau ressemblait à un manteau d’armure gelée et scintillante.
Cette bête effrayante, qui émettait une brume glaciale constante par ses narines, était l’invocation d’Aurora. Selon elle, il s’agissait d’un Tigre à crocs de givre.
Sur le dos du prédateur, Aurora siégeait impérieusement, le regard fixé sur le lointain, telle une reine menant son armée au combat.
Détournant les yeux de la princesse et de sa bête, Cedric regarda sur sa gauche où il put voir sa sœur marmonner quelque chose dans son coin, à quelques mètres de là. Sa tête tressaillait par petits mouvements saccadés, secouée d’avant en arrière comme si elle essayait physiquement de chasser une voix... ou des voix qu’elle seule pouvait entendre.
Marchant silencieusement à ses côtés avec une présence froide et imposante, se trouvait un démon masculin. Il avait la peau gris cendré et son corps sculpté était marqué de rayures d’obsidienne acérée. Deux cornes noires et lisses se projetaient en arrière depuis ses tempes comme des faux sombres, et une épée massive à deux mains, crantée et assez lourde pour trancher un cheval en deux, était sanglée sur son large dos.
Les autres cadets l’évitaient, restant à au moins cinq mètres de lui car il semblait mépriser les Dominants. Il avait même failli attaquer Evelyn une fois, lors de sa première invocation, pour s’être approchée trop près de Celeste.
Cependant, malgré son apparence létale, il berçait un petit furet blanc dans ses grandes mains, tenant la créature avec la plus grande douceur tandis qu’elle dormait contre son torse.
Lorsqu’il sentit le regard de Cedric, il lui lança un regard de pur dédain. C’était le genre de regard qu’un être orgueilleux porte sur un être inférieur.
« Que regardes-tu, mortel ? » ricana-t-il d’une voix résonnante.
Au moment où il parla, Celeste sortit de ses pensées et lui lança un regard froid. « Tu feras attention à la façon dont tu parles à mon frère, Asmodeus ! »
Les yeux d’Asmodeus devinrent encore plus méprisants. Mais après quelques secondes, il ricana et détourna le regard en marmonnant dans sa barbe : « Pardonnez-moi, ma reine. »
« Quel type bipolaire », pensa Cedric en détournant les yeux. « Est-ce que tous les démons sont comme ça ? »
Il avait regardé quelques animes dans sa vie précédente et, dans la majorité d’entre eux, les démons n’entretenaient aucune relation cordiale avec les humains.
L’intrigue consistait toujours soit à voir le héros rusher une quête pour supprimer le roi démon, soit à voir les démons essayer de transformer toute la race humaine en buffet. Quelque chose comme ça.
« On dirait que leur rancœur envers les humains est à un niveau multiversel », songea Cedric en secouant la tête.
Cela dit, quelques êtres volaient au-dessus, projetant des ombres sur le pont. Pour commencer, il y avait plus de vingt corbeaux qui tournaient à différentes hauteurs et distances, jusqu’à l’arrière du pont.
Outre les corbeaux, juste au-dessus de lui et de Leon se trouvaient Athena et Goldie. Athena avait un air de détermination gravé sur le visage, tandis que celui de Goldie manquait de toute émotion, aussi vide que celui d’une poupée de porcelaine.
Volant quelques mètres derrière les deux créatures d’un autre monde, Audrey grignotait comme à son habitude de petits morceaux de viande séchée. Elle continuait de parler à Toki, qui volait à ses côtés, pour briser la tension qu’elle ressentait.
Quelques autres cadets étaient également dans les airs. Il semblait qu’Audrey n’était pas la seule à posséder une capacité de vol. Cedric en compta au moins treize autres derrière elle, et la majorité d’entre eux avaient subi des transformations corporelles, comme des ailes.
Cedric continua d’observer les cadets tendus autour de lui jusqu’à ce qu’il sente quelqu’un s’installer derrière lui, suivi de bras qui se glissèrent autour de sa taille pour le serrer contre elle.
Il sourit, se penchant vers ce contact. « Ça va, Aika ? »
« Mm ? » La voix d’Aika était étouffée contre son dos. « Pourquoi tu demandes ? »
Cedric resta silencieux un moment, observant les corbeaux tournoyer au-dessus avant de répondre enfin. « C’est juste que... tu as été particulièrement silencieuse ces derniers temps. Je sais que c’est dans ta nature, mais j’ai l’impression que quelque chose te pèse. S’il y a quoi que ce soit qui t’inquiète, tu sais que tu peux m’en parler. »
Le silence s’installa après ses paroles. Même après une minute, Aika ne dit rien.
Un froncement de sourcils profond marqua son front. Après une minute, il soupira et posa une main sur la sienne.
Le voyage se poursuivit dans le silence. Alors que Cedric devenait de plus en plus nerveux à chaque seconde, il commença à compter de un à cent, comme il le faisait d’habitude pour calmer son anxiété.
Une heure passa, puis une autre... et soudain, l’horizon brumeux commença à se préciser. L’extrémité du pont atteignit enfin son but alors que le rivage blanc d’Ophidia apparut.
Et pour quelqu’un comme Cedric, dont le corbeau se trouvait déjà en avant de l’avant-garde, il put voir le cauchemar : plus d’un millier de créatures horribles les attendaient, non loin du rivage.