Chapitre 184
Trois semaines plus tard, une très longue file de cadets avançait péniblement à travers un marais brumeux. L'environnement était empreint d'une teinte verdâtre lugubre, et le sol n'était qu'un bourbier traître et instable de boue noire et épaisse sous l'herbe verte.
La longue file de cadets ressemblait à une procession de fantômes épuisés. Presque tout le monde était couvert de sang séché, et l'expression sur leurs visages reflétait parfaitement l'atmosphère ambiante.
C'était prévisible, car les trois dernières semaines avaient été un cauchemar sanglant sans fin, marqué par d'innombrables horreurs et batailles qui avaient laissé des traces indélébiles sur chacun d'eux. Les combats incessants avaient consumé leur énergie juvénile, ne laissant derrière eux qu'un regard vide et hagard, en harmonie avec le brouillard trouble qui les entourait.
Bien sûr, ils ne combattaient plus les êtres de grade un auxquels ils étaient habitués ces derniers mois, mais des horreurs de grade deux. Et comme ils l'avaient appris à leurs dépens, les créatures de grade deux appartenaient à une tout autre catégorie de danger. Alors que celles de grade un étaient pour la plupart dépourvues d'esprit et faciles à anticiper, ces horreurs de grade deux étaient plus rapides, plus intelligentes, plus fortes, et beaucoup possédaient même d'étranges capacités qui transformaient une simple marche en une lutte désespérée pour la survie.
Tristement, certains cadets avaient perdu la vie en chemin, tandis que beaucoup d'autres, blessés, devaient avancer avec des bandages de fortune enroulés autour de plaies purulentes.
La bonne nouvelle était qu'ils se trouvaient désormais dans un territoire où ils ne rencontreraient aucune créature avant d'atteindre la demeure des Sculptés. Ainsi, de temps à autre, et plus souvent qu'à l'accoutumée, toute la colonne s'arrêtait pour se reposer et soigner ses blessures sans la peur immédiate d'une embuscade.
Avec le recul, les itinéraires et les stratégies d'Aurora les avaient vraiment aidés à survivre jusqu'ici. En suivant ses directives, ils avaient contourné les zones de nidification profondes des horreurs de grade deux les plus agressives, préférant s'en tenir aux zones frontalières. Il y eut même un moment où ils durent faire le tour d'un territoire entier, et un autre où ils durent se faufiler silencieusement autour de grappes entières de monstres endormis.
Ils ne combattaient que lorsqu'il n'y avait absolument aucune autre issue.
Le territoire juste avant celui-ci était les Terres Désolées de Pierre, et il possédait le terrain le plus impitoyable et les prédateurs les plus agressifs qu'ils aient affrontés jusqu'à présent.
Les créatures qui y vivaient semblaient tout droit sorties d'un film d'horreur et étaient si terrifiantes que leur simple vue suffisait à glacer le sang des cadets. Elles possédaient toutes des torses humanoïdes mais, au lieu de jambes, elles avaient de nombreuses mains pâles et allongées qui leur servaient de moyen de locomotion.
Leurs têtes étaient le pire aspect. Chacune de ces créatures possédait une tête à trois visages. L'un ressemblait à celui d'un enfant, le deuxième à celui d'une personne d'âge mûr, tandis que le dernier rappelait celui d'une personne âgée, et tous présentaient des difformités.
C'était presque comme si ce territoire était le terrain de jeu d'un dieu malade et pervers.
Lorsque les cadets étaient arrivés sur ce territoire, le plan était d'utiliser les zones frontalières des Terres Désolées pour éviter les zones de nidification centrales, mais malheureusement, un glissement de terrain massif avait bloqué les chemins extérieurs. Cela avait forcé la file épuisée de cadets à traverser directement une section du territoire principal. Ce qui devait être un détour tranquille s'était transformé en une lutte désespérée de plusieurs jours contre des horreurs de grade deux qui les traquaient à travers les rochers. Lorsqu'ils avaient enfin réussi à percer de l'autre côté et à atteindre la sécurité relative de ce marais, ils étaient à bout de forces.
Soupir.
Quelle expérience misérable cela avait été.
Cela dit, il semblait que les créatures ne s'aventuraient pas dans ce marais brumeux, car toutes craignaient la région des Sculptés.
Ainsi, les cadets ne se précipitèrent pas pour s'enfoncer plus profondément dans la brume et prirent tout leur temps pour récupérer. Ils savaient que c'était probablement le dernier moment de répit qu'ils obtiendraient.
***
Alors que beaucoup de cadets cherchaient de gros rochers surélevés pour s'asseoir à cause de la boue au sol, Cedric sortit simplement des caisses de son inventaire pour que son groupe puisse s'en servir de tabourets.
Bien qu'ils soient relativement en sécurité ici, beaucoup de cadets ne se parlaient pas du tout. Le silence pesant qui régnait parmi eux n'était rompu que par le bruit des bandages humides que l'on resserrait, les cadets qui mangeaient ou ceux qui marchaient dans la boue.
Tout le monde était trop épuisé, et personne n'avait l'énergie pour discuter.
Cedric, lui aussi, ne parla pas au début et resta assis seul avec Aika, fixant son écran de statut.
~~~~~~~~ Profil de personnage ~~~~~~~~
Nom du personnage : [Cedric Anele Martini]
Âge : [18]
Niveau : [19]
Grade : [2]
Élément : [Ténèbres]
Classe exclusive : [Gamer]
Attribut de classe exclusif : [Privilèges de joueur]
Nom du Lien : [Aika Soryu]
Capacité liée : [Chrysalis]
Compétence exclusive : [Flammes de décomposition - Niv9], [Un avec les corbeaux - Niv6]
EXP : [6 740 / 10 000]
Points de Karma : [N2 180 / P310]
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« Ça s'annonce bien », pensa-t-il en faisant jouer ses doigts pour dissiper les raideurs.
Bien qu'il n'ait pas pu tuer beaucoup de créatures au cours des trois dernières semaines, en raison de la discrétion des cadets et de leur nombre, il avait tout de même réussi à atteindre le niveau 19. Il avait également réussi à faire monter Flammes de décomposition d'un niveau. D'après ce qu'il pouvait constater, le coût d'utilisation des flammes avait diminué et leur puissance destructrice avait considérablement augmenté.
C'était une excellente chose.
Quant aux points de Karma, il en avait gagné cent positifs en sauvant Dion de la mort, tandis que les points négatifs provenaient de son habitude de mentir depuis qu'ils avaient quitté le bosquet.
Cedric soupira, et soudain, une expression d'insatisfaction traversa son visage.
Aika, qui était assise à côté de lui sur l'une des caisses, remarqua le changement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-elle.
Cedric se tourna vers elle et grommela : « Je suis juste agacé qu'on n'ait pas pu tuer ces deux sœurs qui ont tué Audrey. Elles ont fini par mourir pendant la guerre avant qu'on puisse les atteindre. »
Aika sourit et secoua la tête. « Wow. Tu as vraiment changé. »
Elle tendit alors la main et lui donna une pichenette sur le front. « Regarde-toi, parler de tuer des gens si naturellement maintenant. Tu deviens un vrai problème. »
Cedric leva les yeux au ciel. « Quel est l'intérêt de transmigrer sans développement de personnage, hein ? »
Aika cligna des yeux. « Fais attention. Plutôt qu'un bon personnage, je pense que tu te diriges vers le rôle de méchant de troisième zone. »
Elle ajouta ensuite avec un visage impassible : « Si ton développement signifie devenir une peste assoiffée de sang, alors je crois que je préférais l'ancienne version. »
[Vous avez acquis 5 points de Karma.]
[Points de Karma disponibles : N2 185 / P310]
Cedric claqua la langue. « Tsk. C'est l'hôpital qui se moque de la charité. Tu as tué quelqu'un devant moi lors de ma première nuit après ma transmigration. »
Aika pencha la tête avec une expression vide. « C'est vrai ? »
À cet instant, le globe-chuchoteur que Cedric tenait à la main brilla soudainement, et la voix d'Aurora résonna, interrompant leur conversation.
« Très bien tout le monde. Préparez-vous, il est temps d'y aller. »