Chapitre 6
Il faisait froid dehors. C'est pour cela que, en plus de son costume noir habituel, Vànci avait pris une longue veste grise, une écharpe rouge et des gants noirs.
Dans sa main se trouvait un sac en tissu. À l'intérieur, il y avait du pain, du fromage et un peu de confiture.
Le meilleur moyen de se rapprocher de quelqu'un, c'est par le biais de la nourriture.
— Argh… !
Vànci soupira.
— Ça doit bien faire deux heures que je marche dans les rues et j'ai toujours pas vu cette fille !
Il donna un coup de pied dans un caillou, qui rebondit deux fois sur le sol.
Malgré le froid, le soleil rayonnait.
Vànci admira le ciel pendant un petit moment, puis remonta son écharpe avec sa main libre afin de prendre un bon bol d'air frais.
Son nez et ses joues étaient rouges à cause du froid. Vànci n'avait jamais été très résistant : dans la famille Guppont, c'était toujours lui qui tombait malade en premier durant l'hiver.
Dans une ruelle, sur sa gauche, sous un pont de pierre, il entendit des bruits.
— T'essaies de nous arnaquer, sale enfoiré !
— On va te faire payer, petit con ! Donne-nous tout ce que t'as sur toi !
Vànci passa devant la ruelle sans y prêter attention.
Laissez-moi en dehors de ça. Est-ce ma faute si quelqu'un se fait tabasser ? Je suis pas le héros de la ville. Chacun ses problèmes.
— Je suis sûr que cette Chronique ne vaut même pas cent schillings !
— Une Chronique ?!
Vànci s'arrêta net.
Il se retrouvait maintenant face à trois hommes qui étaient en train de rouer de coups de pied un enfant affalé au sol, enveloppé dans une toile de sac à patates.
Merde, le con ! J'ai dit ça à voix haute !
Vànci couina intérieurement, les joues gonflées pour se retenir de dire autre chose. Une grimace se dessinait sur son visage.
— T'as un problème, toi, du con ?!
L'un des voyous retira son pied de l'enfant et s'approcha de Vànci, les mains dans les poches. Il avait de longs cheveux bouclés et une sorte de tissu qui recouvrait le haut de sa tête.
— Ça se fait pas de frapper un enfant, même s'il a fait quelque chose de mal.
Surtout si, dans l'histoire, on peut obtenir une Chronique gratuite !
— Et qu'est-ce que tu vas faire ? Dis-moi, t'as de beaux vêtements… Tu pourrais me les filer ?
Vànci avait les yeux fermés et souriait au voyou.
— Désolé, il y a méprise. Nous appartenons au même statut social. Ce sont les seuls vêtements que je possède, et j'ai dû me priver de nourriture pendant plusieurs jours pour économiser et me les acheter !
Le bandit pointa du doigt le sac contenant la nourriture.
— Alors, c'est quoi, ça ? Me prends pas pour un co—
L'homme fut projeté en arrière et s'écrasa au sol, inconscient, à quelques mètres de là.
Au même moment, le sac de nourriture tomba par terre.
Vànci était en train de réajuster son gant, désormais recouvert de sang.
— Désolé, mais à cause de votre ami, ça va être douloureux.
Il affichait un grand sourire.
Les deux autres bandits, effrayés par le coup de Vànci, soulevèrent leur ami inconscient et s'enfuirent plus profondément dans la ruelle.
— Ça va, peti—
L'enfant attrapa soudainement la jambe de Vànci et frotta sa tête contre celle-ci.
— Merci ! Merci beaucoup, apôtre du savoir ! Je savais que tu viendrais !
— Hein ?! Attends, attends, lâche-moi ! Putain, c'est quoi ce bordel ?!
Vànci tenta de repousser l'enfant qui s'accrochait à sa jambe. Finalement, le gamin se releva et adressa un grand sourire à Vànci.
Il lui manquait quelques dents, et son visage était enflé et couvert de bleus. Il saignait également du nez, mais essuya rapidement le sang avec son doigt.
— Je me présente ! Je m'appelle Barou ! Je suis un apôtre du spectacle !
Tsss.
Et elle est où, ma récompense, sale ingrat ? Je m'en fous de savoir qui t'es !
— Et alors, comment tu me connais ?
Barou agita les bras dans tous les sens.
— Oh, c'est simple ! Le dieu du spectacle a informé Barou de ton existence et de ta future arrivée !
Trop de coïncidences pour que ce soit une coïncidence… Les dieux peuvent-ils voir le futur ?
— Très bien. Maintenant que je t'ai sauvé, je devrais peut-être avoir une récompense, non ?
Barou ouvrit grand les yeux.
— Mais oui ! Où avais-je la tête ? Je suis vraiment désolé, Barou a la tête dans les nuages en ce moment !
Il se retourna et fouilla dans une sorte de boîte en bois à moitié cassée. En cherchant à l'intérieur, il en jeta plusieurs Chroniques.
— Trouvé !
Il sortit une Chronique poussiéreuse.
— Voici un cadeau de ma part. Pour une future bataille en retraite, tu ne pourras pas trouver mieux !
J'y crois pas… Je me suis battu pour une Chronique de voyage…
J'aurais dû laisser ce gosse se faire tabasser !
— Allons, du calme. T'es vraiment un être répugnant, malgré ta gueule d'ange, Vànci !
Ta gueule ! T'as pas ton mot à dire, toi, la Chronique qui parle !
— Merci pour la Chronique. Et une dernière chose : aurais-tu vu passer une fille avec une immense épée ?
Hmm…
Le gamin posa ses doigts sur son menton et se mit à réfléchir.
Même si, du point de vue de Vànci, il n'avait pas l'air d'être un grand penseur.
— Bon, tu te grouilles ?
— C'est bon ! C'est bon ! Je sais ! J'ai essayé de lui vendre une Chronique tout à l'heure ! Elle n'a pas aimé le prix et a tranché la Chronique en deux… La dernière fois que Barou l'a vue, elle se trouvait dans le district Est !
— Et j'ai un dernier petit conseil à te donner concernant la Chronique que je viens de t'offrir. Ne l'ouvre pas si tu es seul. Tu risquerais de finir seul pour de vrai…
Il fait flipper, ce gosse…
— Bon, désolé, gamin, mais je peux pas rester discuter. J'ai des choses de prévues.
L'enfant leva la main pour faire signe à Vànci.
— Ne vous inquiétez pas ! Vànci et Barou se retrouveront un jour ! Nos scènes ensemble ne sont pas terminées !
Vànci marchait déjà vers la sortie de la ruelle.
— Ouais, ouais, c'est ça…
Quelques heures plus tard, sans compter les pauses, Vànci était arrivé dans le district Est.
Autour de lui, les rues étaient sales et les individus peu recommandables se déplaçaient en masse. L'air était lourd.
Lui qui avait grandi dans une petite vie de bourgeois n'était pas habitué à ce genre d'endroit. On aurait dit deux mondes complètement différents !
Soudain, au bout de la rue, il aperçut quelque chose d'intéressant : une fille qui semblait avoir environ douze ans et portait une épée très large.
L'épée était plus grande que la petite fille qui la portait ! La lame brillait de mille feux, signe qu'elle avait été entretenue récemment.
Vànci se mit à la suivre discrètement.
Un sac était accroché au manche de l'épée, probablement rempli de nourriture.
La petite fille était blonde, avec de grands yeux bleu clair et un serre-tête de la même couleur. Elle portait un haut blanc suffisamment long pour lui servir de robe.
Et ses chaussures ?
Elle n'en avait tout simplement pas.
Après quelques minutes de marche, Vànci commença à réfléchir.
Cette fille est bien trop frêle pour être capable de manier cette épée.
Elle a déjà du mal à marcher avec et, en plus, elle n'est pas aussi nonchalante que le dieu du savoir me l'avait décrite. Elle ne fait que sourire. Je peux lire son visage comme une Chronique.
Au bout d'un moment, la petite fille s'arrêta et entra dans une grange isolée du reste des habitations.
Vànci s'approcha sans faire de bruit et observa l'intérieur depuis l'entrée.
La petite fille était en train de parler à quelqu'un…
Mais à qui ?
Vànci devait s'approcher s'il voulait le découvrir.
Valeurs nulles !
Vànci disparut.
Il avait utilisé une Chronique qui transférait son existence dans une dimension depuis laquelle il pouvait observer le monde sans être observé en retour. En résumé, il venait de créer une poche dimensionnelle.
Il entra discrètement dans la grange et avança vers la fille, qui avait allumé une lanterne pour éclairer les lieux.
Elle parlait à quelqu'un qui se cachait derrière la paille.
Plus Vànci avançait, plus il était nerveux.
Finalement, il arriva derrière la petite fille.
Elle était en train de parler à une femme d'une vingtaine d'années.
Cette dernière était blessée et portait des bandages. Elle mangeait tout en écoutant la petite fille parler.
Si cette épée appartient à quelqu'un, c'est forcément à elle !
— J'ai fait tout ce que tu m'avais demandé ! Ton épée est enfin réparée !
La petite fille s'adressait à la femme, mais celle-ci n'en avait que faire. Elle se contentait de manger sans même la regarder.
Lorsqu'elle eut fini, elle sourit et regarda la petite fille.
— Dis-moi, Sara, veux-tu bien me donner mon épée ?
Sara obéit immédiatement et lui tendit l'arme par le manche.
Soudain, la femme fronça les sourcils et tenta de trancher dans la direction de Vànci.
D'un bond rapide, Vànci recula, révélant sa présence aux deux filles.
Sa joue avait été entaillée. Une petite coupure laissait couler un filet de sang.
Il transpirait à grosses gouttes, essayant désespérément de trouver un plan pour calmer les deux filles.
Eh bah bravo ! Une mission rondement menée pour l'apôtre du savoir ! Fait chier… Comment je vais la rallier à ma cause, maintenant ?!
— T'es qui, toi ? Réponds vite, sinon je te bute !