Chapitre 34
Chapitre 34
Je restai figé sur place.
Tout mon corps était tendu.
Je n’osais plus bouger le moindre muscle.
Je retenais ma respiration au point que ça en devenait presque douloureux, me forçant à ne produire absolument aucun son.
Chaque seconde semblait s’étirer.
Cette étrange présence que j’avais ressentie quelques instants plus tôt…
Cette sensation froide et indistincte qui avait immédiatement déclenché mon instinct d’alerte…
disparaissait progressivement.
Elle s’éloignait.
Ou se dissipait.
Je n’en savais rien.
Mais elle n’était plus là.
Je restai malgré tout sur mes gardes pendant un long moment, les yeux plissés dans la pénombre, l’ouïe tendue au maximum.
Le bateau grinçait faiblement sous mes pieds.
Comme s’il respirait.
Puis, lentement, je réalisai que ma Clairvoyance ne réagissait plus.
Plus de frisson dans ma nuque.
Plus de pression derrière les yeux.
Plus d’avertissement.
Le silence était redevenu normal.
J’attendis encore quelques secondes.
Puis je repris le contrôle.
Rester figé davantage ne servirait à rien.
Mon regard revint vers la fille allongée sur le sol.
Son visage était pâle.
Presque translucide sous la faible lumière.
Je m’approchai légèrement et examinai sa blessure.
Ce n’était pas un accident.
La coupure était beaucoup trop nette.
Trop profonde.
Une griffe.
Ou une arme tranchante.
Quelqu’un…
ou quelque chose…
l’avait délibérément attaquée.
Cette pensée me serra la gorge.
Je m’agenouillai à côté d’elle.
Puis je posai délicatement les doigts sur ses paupières et les refermai.
Elle semblait plus paisible ainsi.
Dans la pièce voisine, qui se révéla être une petite cabine, je trouvai une couverture pliée sur un lit défait.
Alors que je la récupérais, mon regard tomba sur le mur près de la porte.
De longues marques parallèles y étaient profondément gravées.
Des traces de griffes.
Larges.
Beaucoup trop grandes pour être humaines.
Est-ce que c’est ça qui l’a tuée ?
Je mémorisai immédiatement l’information.
Puis je revins auprès du corps.
Je déployai lentement la couverture sur elle jusqu’à ce qu’elle dissimule complètement son visage.
C’était tout ce que je pouvais faire.
Ce n’était pas grand-chose.
Mais la laisser là, les yeux ouverts dans le vide…
ça me semblait déplacé.
Lorsque je me relevai, une certitude lourde s’installa en moi.
Une chose était désormais claire.
Je n’étais pas le seul à avoir été téléporté ici.
Cette fille en était la preuve.
D’autres personnes avaient été envoyées sur ce bateau.
Peut-être qu’elles étaient encore vivantes.
Peut-être pas.
Mes pensées se tournèrent immédiatement vers Zohar.
J’espérais qu’il s’en sortait.
Qu’il ne se ferait pas tuer facilement.
Après tout…
c’était le protagoniste principal.
Il devrait pouvoir tenir le coup.
Mais malgré ça, je voulais le retrouver.
Juste au cas où.
Malheureusement, je n’avais aucun moyen de contacter les autres.
Pas de téléphone.
Pas de signal.
Rien.
Seulement le silence du navire et le bruit étouffé de la mer contre la coque.
J’étais isolé.
Je jetai un dernier regard à la silhouette enveloppée dans la couverture.
Puis je me redressai, pris une profonde inspiration et repris le chemin des escaliers.
Chaque pas était mesuré.
Je restais vigilant, même si ma Clairvoyance s’était tue.
Parce que maintenant…
je savais que je n’étais plus seul à bord.
Je finis par atteindre le haut de l’escalier.
La porte se trouvait juste devant moi.
J’écoutai quelques secondes.
Puis je l’ouvris sans précipitation.
Ce qui se trouvait derrière n’avait absolument rien à voir avec le pont traditionnel d’un navire.
L’espace était immense.
Des plafonds très hauts.
Des vitrines.
Des enseignes au néon encore allumées.
De larges allées.
Ça ressemblait à l’intérieur d’un centre commercial.
Les néons fonctionnaient toujours.
Certains logos clignotaient faiblement.
Le sol était propre.
Trop propre.
Aucun bruit de pas.
Aucune voix.
Pas même un courant d’air inhabituel.
Mais il fait quelle taille, ce bateau ?
Je restai dans l’encadrement de la porte et observai les environs.
Personne.
Pas le moindre mouvement.
Pas même une ombre qui bougeait.
Certaines boutiques étaient ouvertes.
D’autres à moitié fermées.
On distinguait les étagères à l’intérieur…
mais elles étaient vides.
C’était comme si tout le monde avait disparu d’un seul coup.
En laissant les lumières allumées.
Je fis un pas à l’intérieur.
Puis un deuxième.
Le silence était beaucoup trop complet.
Un paquebot normal devrait avoir du personnel.
Des passagers.
Ou, au minimum, un bruit de fond.
Ici…
rien.
Seulement l’électricité qui continuait de fonctionner toute seule.
L’hypothèse la plus simple me vint à l’esprit.
Un bateau fantôme.
Ou, au moins…
un navire dont l’équipage et les passagers avaient disparu en laissant derrière eux une carcasse encore alimentée en énergie.
Ça expliquerait le calme.
Les lumières.
Et le cadavre en bas.
Ce n’était pas une conclusion définitive.
Simplement celle qui correspondait le mieux à ce que j’avais vu jusqu’ici.
Je restai sur mes gardes.
Les allées étaient longues.
N’importe laquelle pouvait dissimuler quelque chose.
Mais pour l’instant…
l’endroit était vide.
Je continuai d’avancer lentement, mémorisant les sorties et les angles morts.
Où sont passés les autres ?
Je comprends qu’on ait pu être téléportés à des endroits différents, mais quand même…
Comme pour se moquer de ma réflexion…
une silhouette apparut soudain.
Une jeune fille.
Cheveux noirs courts.
Des yeux dorés qui semblaient presque briller dans l’obscurité.
Nos regards se croisèrent.
Elle me fixa pendant une seconde.
Puis son expression changea immédiatement.
D’abord de la surprise.
Puis une satisfaction évidente.
Elle murmura deux mots, comme pour confirmer ce qu’elle voyait.
« Roi Démon. »
Je compris aussitôt.
Une participante au test.
Elle avait été téléportée ici elle aussi.
Mais elle appartenait à l’équipe adverse.
Les Anges.
Seulement…
elle ne semblait pas avoir compris que nous avions quitté la zone normale du test.
Ni remarqué les dangers présents sur ce bateau.
Et elle venait de m’identifier comme sa cible.
Elle ne perdit pas une seconde.
Ravie d’avoir trouvé sa proie…
elle chargea.
Aucune discussion.
Aucune hésitation.
Une attaque directe.
Je fis un pas de côté au dernier moment, juste assez pour éviter son premier coup.
Ses mouvements étaient rapides.
Maîtrisés.
Elle savait exactement ce qu’elle faisait.
Et je sentis sa main libre se tendre vers mon badge.
Elle essayait de me l’arracher.