Chapitre 28
Chapitre 28
Rosalyn s’avança d’un pas mesuré, le menton légèrement relevé, puis désigna les différentes salles d’un élégant geste de la main.
« Suivez-moi. Les salles de classe sont évidemment séparées selon les rôles. On ne mélange pas les niveaux, ce serait… indécent. »
Elle marqua une courte pause, promena son regard sur le groupe, puis ajouta d’une voix douce, mais tranchante :
« Quant aux malchanceux parmi vous… les Éclaireurs… vous aurez le privilège douteux de suivre vos cours avec moi. Essayez de ne pas trop me ralentir. Je n’ai aucune intention de m’abaisser à votre niveau. »
Ceux qui avaient tiré le mauvais numéro semblaient dévastés par la nouvelle.
Zohar se tourna vers moi.
« C’est ici qu’on se sépare. »
Il m’adressa un signe de la main avant de se diriger vers la salle réservée aux Tireurs.
Alors que je me dirigeais vers la mienne, j’aperçus Tiana entrer dans celle des Attaquants.
Une Attaquante, hein ?
Je finis par atteindre la salle réservée aux Polyvalents.
J’ouvris la porte…
et m’arrêtai net.
Tout était blanc.
Un blanc froid.
Brut.
Presque clinique.
Les murs étaient parfaitement lisses, le sol poli réfléchissait légèrement la lumière, et il n’y avait ni décoration ni la moindre aspérité.
Au fond de la pièce, une estrade légèrement surélevée, semblable à celle d’un amphithéâtre universitaire, dominait trois rangées de bureaux parfaitement alignés.
L’air était silencieux.
Trop silencieux.
Et un seul siège était occupé.
J’avançai lentement.
L’autre élève était déjà assis.
Un garçon aux cheveux noirs soigneusement coiffés vers l’arrière et aux yeux d’un violet profond, presque irréel.
Il leva à peine les yeux dans ma direction.
Il m’accorda une seconde d’attention indifférente…
puis détourna le regard comme si j’avais cessé d’exister.
Je m’installai loin de lui.
Peu après, une fille aux longs cheveux rouges et aux yeux gris nous rejoignit.
Elle aussi choisit une place éloignée de nous.
Un claquement sec déchira soudainement l’air.
L’espace devant l’estrade se déforma.
Deux cornes noires apparurent en premier.
Puis une silhouette élancée émergea de la distorsion.
Des cheveux rouge sang.
Des yeux de la même couleur, brillant d’une froide malveillance.
Un démon.
Il atterrit silencieusement sur l’estrade, les mains jointes derrière le dos, un sourire bien trop large pour être rassurant.
« Bienvenue. »
Sa voix était basse, presque caressante, mais elle traversa parfaitement le silence de la salle.
« Je suis votre professeur, Barn Willfor. »
Son regard passa lentement sur nous.
« Les Polyvalents. Moins d’un pour cent des grimpeurs. Vous êtes… une rareté. »
Il fit un pas en avant.
Ses talons claquèrent sèchement contre l’estrade.
« Un Polyvalent ne se contente pas d’un seul rôle. Il contrôle le cours du combat. Il est partout et nulle part à la fois. Il peut soutenir ses alliés depuis l’arrière comme un Soutien, recueillir et transmettre des informations comme un Éclaireur, frapper à distance et couvrir un Attaquant comme un Tireur… »
Il écarta légèrement les bras.
« …ou simplement foncer en première ligne lorsque la situation l’exige. »
Le démon s’arrêta au bord de l’estrade et posa ses yeux rouges sur nous.
Tous les trois.
« Bien sûr, si vous gravissez la Tour seuls, les rôles n’ont pas vraiment d’importance. Mais certaines sections des étages nécessitent une coopération. Des épreuves spécialement conçues pour les équipes. Ceux qui s’obstinent à progresser seuls finissent souvent bloqués… »
Son sourire s’élargit, révélant des dents beaucoup trop pointues.
« …ou morts. »
Il laissa planer un court silence.
« Voilà pourquoi une bonne équipe est indispensable. »
Son regard se fit légèrement plus amusé.
« Et les Polyvalents sont particulièrement… recherchés. Vous avez le luxe de pouvoir choisir vos coéquipiers. Profitez-en. La plupart des grimpeurs n’auront jamais ce privilège. »
Le démon s’étira quelques secondes sur l’estrade, comme s’il s’ennuyait déjà de sa propre explication.
« Assez parlé des Polyvalents. Au bout du compte, si vous ne savez pas utiliser correctement vos Dons ou vos capacités… et donc votre mana… vous ne valez pas mieux que les autres. »
Il leva deux doigts.
Une série de runes rougeâtres s’illumina derrière lui, formant une échelle verticale.
« Les rangs des Dons sont les suivants : Commun, Peu commun, Rare, Épique, Unique, Légendaire… et Mythique. »
Je fronçai légèrement les sourcils.
Dévoreur… Rang EX.
Il existe quelque chose au-dessus de Mythique ?
Ou alors…
la Tour refuse simplement de classer quelque chose qu’elle ne comprend pas ?
Je connaissais déjà les différents rangs des Dons.
Mais j’avais espéré qu’ils sauraient quelque chose au sujet du rang EX.
Le démon continua, parfaitement inconscient de mes pensées.
« Une nouvelle compétence se débloque à chaque niveau de votre noyau de mana. Et lorsque vous atteindrez un certain seuil… vous pourrez ouvrir un Domaine. »
Il fit vaguement tourner une main.
« Vous comprendrez quand vous en serez là. »
Les runes changèrent derrière lui.
« Quant au mana, il est créé par la Tour elle-même. Il rend énormément de choses possibles. Il ralentit le vieillissement. Il augmente l’espérance de vie. Il est invisible à l’œil nu… jusqu’à ce que vous l’utilisiez. »
Il leva lentement une main.
« À cet instant, il prend une couleur, devient visible et se lie à vos techniques, à vos Dons et à vos capacités. »
Une faible lueur rougeâtre sembla onduler autour de ses doigts.
« Vous pouvez en envelopper votre corps pour vous protéger… »
La lueur s’intensifia.
« …ou créer une aura suffisamment puissante pour simplement écraser ceux qui sont plus faibles que vous. »
Son sourire s’élargit.
Et, pour la première fois, ses yeux rouges se posèrent véritablement sur moi.
Puis sur les deux autres.
« Par exemple… »
La température de la pièce sembla chuter.
« Je pourrais tuer chacun d’entre vous ici en une seule seconde, si j’en avais envie. »
Un frisson me parcourut malgré moi.
Ce n’était pas une menace.
C’était un constat.
« Le talent compte. Tous les grimpeurs peuvent utiliser le mana. Mais le talent… »
Il tapota légèrement sa tempe.
« …c’est ce qui vous distingue. Ce qui détermine qui survivra suffisamment longtemps pour devenir intéressant… »
Son sourire se fit cruel.
« …et qui finira comme chair à canon au fond d’un étage oublié. »
Il croisa de nouveau les bras derrière son dos et attendit.
Presque amusé.
Je restai silencieux, les yeux fixés sur les runes encore suspendues dans les airs.
Le démon laissa le silence s’installer, comme s’il savait déjà ce qui me traversait l’esprit.
« Les humains… »
Il prononça ce mot avec une pointe de mépris à peine dissimulée.
« Votre talent est naturellement inférieur à celui des autres races. Elles naissent avec une affinité innée pour le mana. Vous, non. »
Il fit lentement glisser son regard sur nous.
« Vous devez tout apprendre. Tout forcer. Tout arracher. »
Ses yeux rouges passèrent du garçon aux cheveux noirs à la fille aux cheveux rouges, avant de revenir sur moi.
« Et pour ne rien arranger, vous êtes la dernière race à être entrée dans la Tour. Les autres avaient déjà plusieurs siècles d’avance. »
Il leva une main.
« Des lignées. »
Un doigt.
« Des techniques. »
Un deuxième.
« Des Domaines transmis de génération en génération. »
Puis il désigna vaguement notre groupe.
« Vous ? Vous êtes arrivés en retard. Encore une fois. »
Il inclina légèrement la tête, un sourire cruel aux lèvres.
« Alors, même parmi les Polyvalents… un humain reste un humain. Gardez ça en tête. Ça vous évitera peut-être de mourir stupidement. »
Les runes derrière lui s’éteignirent une à une.
Puis le démon claqua des doigts.
« Maintenant que les bases sont couvertes… passons à la pratique. »
Il descendit de l’estrade.
Ses cornes projetaient de longues ombres sur le sol blanc.
« Vous allez manifester le mana contenu dans votre corps. »
Son regard rouge s’attarda sur moi.
Puis sur les deux autres.
« Pas de technique. »
Un pas.
« Pas de Don. »
Un autre.
« Seulement votre mana. »
Il s’arrêta devant nous.
« Faites-le sortir. Rendez-le visible. Montrez-moi sa couleur… »
Son sourire impatient réapparut.
« …et surtout, montrez-moi si vous êtes capables de le contrôler ne serait-ce qu’une seconde sans le laisser vous échapper. »
Il croisa les bras.
« Allez. »
Ses yeux brillèrent.
« Commencez. »